Les départs massifs à la retraite inquiètent,
leurs suites encore plus. Et si les générations montantes n’étaient
pas capables de prendre le relais? Leurs aînés se posent ouvertement
la question.
Avril 2000, dans un hôtel de Montréal. Une centaine de cadres
du réseau de la santé et des services sociaux sont réunis
en congrès et s’inquiètent : dans moins de cinq ans, ils
auront tous pris le chemin de la retraite.
Ce n’est pas le repos mérité qui les effraie, mais leur
relève. Tour à tour, leurs interventions au micro soulèvent
le doute quant à la capacité des jeunes employés
de l’organisation à leur succéder. Ces cadres au bord
de la retraite leur reprochent de ne pas avoir de vision claire de ce
que devrait être le réseau de la santé de demain et
de ne pas comprendre la complexité de l’univers dans lequel
ils devront évoluer. Bref, on les croit mal préparés,
ignorants et démobilisés. «Nous nous sommes battus
et nous avons réussi à maintenir certains services à
la population parce que nous connaissions leur importance, dit l’un
des congressistes. Quand je regarde devant, sincèrement, je me
demande comment et qui pourra continuer à préserver les
acquis.»