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[Hors
piste]
Aux feux!par Sandra O'Connor
Allumée : Artificière de niveau 1, je suis responsable du montage et de l'allumage de feux d'artifice chez Royal Pyrotechnie, une entreprise montérégienne. Chaque année, entre juin et septembre, on me confie entre 5 et 10 feux extérieurs. Feu sacré : Pour devenir artificier, on doit obtenir une carte d'apprenti en participant à une journée de formation sur la sécurité et les règlements relatifs aux explosifs, offerte par Ressources naturelles Canada*. On apprend le reste en assistant les artificiers chevronnés. Avec l'expérience, on accède au niveau 1, qui nous permet de faire le montage et la mise à feu sans supervision. Le niveau 2 donne ensuite le droit de manipuler des bombes dépassant 15 centimètres de diamètre. Coup de foudre : Toute petite, j'adorais les feux d'artifice... c'était magique! En 1997, j'étais pompière volontaire et j'ai aidé à l'organisation du feu d'artifice de la Saint-Jean dans une petite localité près de Granby. Mon copain Benoît, qui travaillait pour Royal Pyrotechnie, a passé la journée à m'expliquer les bases du métier. Ça m'a fascinée. J'ai ensuite suivi l'équipe de Royal pour un autre feu et j'ai décidé de me lancer. Benoît m'a tout enseigné. Jours de fête : La période de la Saint-Jean-Baptiste est la plus occupée de l'année; c'est comme le Noël des artificiers! On fait aussi appel à nous pour des occasions variées et parfois inusitées. Par exemple, en 1999, la Ville de Granby a commandé un feu d'artifice monstre pour célébrer... l'élimination de sa dette! Et que ça saute! : L'emploi est exigeant. On transporte du matériel lourd comme les mortiers - les réceptacles dans lesquels on glisse les bombes pyrotechniques -, les consoles d'allumage, le câblage Les journées sont longues : il faut installer le matériel, couvrir les bombes pour les protéger de l'humidité et vérifier l'ensemble une dernière fois avant l'allumage. Le feu terminé, il faut tout démonter. On peut parfois se coucher à trois heures du matin et repartir vers un autre feu à sept heures! Étincelles de génie : Chaque feu est un travail de création. Je dois souvent déterminer l'ordre d'allumage, agencer des couleurs, décider de l'emplacement et de l'angle des mortiers, synchroniser explosions et musique... J'adore ça! Ce qui est triste, c'est que je ne vois presque jamais le résultat. Le nez collé à la console d'allumage, protégée par une boîte de métal ou par des toiles qui bloquent la vue, je dois me fier au son des explosions pour m'assurer que tout se déroule comme prévu. Le grand soir : Un artificier, comme un acteur, doit présenter une performance. J'ai souvent le trac! Par exemple, Royal Pyrotechnie fait depuis quelques années le feu de clôture aux Grands Feux Molson du Canada à Sherbrooke. Pour donner une idée de l'envergure de l'événement, il suffit de dire que le montage demande une journée complète de travail à 25 employés. Disons que le niveau de stress est élevé... Au courant : Comme je suis spécialiste des feux sur radeau, j'emploie très souvent l'allumage électrique, où des fils relient les bombes à une console comportant des déclencheurs à distance. L'allumage à la main serait impossible : je risquerais de tout faire tomber à l'eau! Haute tension : Manipuler des matières explosives comporte des dangers, il ne faut pas se le cacher. Une bombe où de l'électricité statique s'est accumulée peut exploser si elle reçoit un choc. Il faut aussi toujours s'assurer que les tisons n'incendieront pas les maisons ou les champs avoisinants. On élimine presque tous les risques en respectant les réglementations prescrites. Personnellement, je n'ai jamais eu d'accident , mais j'ai perdu mon ami Benoît il y a quatre ans lorsqu'une bombe a explosé dans l'entrepôt où il travaillait. Son anniversaire était le 24 juin et pas une Saint-Jean ne se passe sans que je ne pense à lui. Poussée d'adrénaline : Je suis artificière à temps partiel l'été, en plus d'être ambulancière. J'ai aussi été pompière volontaire et je crois qu'il y a un certain lien entre ces jobs. Que je me lance dans une maison en flammes, que je file en ambulance pour sauver une vie ou que je fasse sauter des bombes pyrotechniques, je ressens toujours un sentiment d'urgence, d'intensité. Je ne joue pas avec le danger, mais disons que... oui, en fait, je joue avec le danger! * Pour plus de renseignements, prenez contact avec la Division de la réglementation des explosifs de Ressources naturelles Canada : (450) 652-3999 ou nrcan.gc.ca/mms/explosif |
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