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  [Carrière]
Où vont les vacances?
par Alexandre Robillard

Les vagues fondent paresseusement sur la plage. Allongé sous le soleil, yeux fermés, vous vous laissez bercer par la torpeur. Cette scène vous semble surréaliste? Vous êtes sans doute du nombre croissant des Québécois qui ne prennent pas de vacances.


Le Québec, c'est les vacances? Pas pour tous! Depuis 1970, les chercheurs du département d'études urbaines et touristiques de l'Université du Québec à Montréal (UQAM) constatent une diminution importante de l'accessibilité aux vacances. En 1995, leurs conclusions étaient consternantes : environ la moitié des Québécois ne réussissent pas à partir en vacances au moins une fois l'an!


Définie comme «une période d'au moins quatre jours ouvrables consécutifs passés hors du domicile habituel», l'évasion annuelle était prisée par plus de 60 % de la population en 1970. Vingt-cinq ans plus tard, près d'un Québécois sur deux n'a pas de congés annuels. Parmi les «privilégiés» qui connaissent la signification du mot vacances, la majorité change de décor… alors que 20 % demeurent à Balconville.

«L'obstacle majeur pour les gens incapables de prendre des vacances ou de partir est évidemment une question d'ordre économique», explique Louis Jolin, professeur au Département d'études urbaines et touristiques de l'Université du Québec à Montréal (UQAM). Mais il croit que la précarité de l'emploi - boulots contractuels, travail à temps partiel ou sur appel - constitue aussi un facteur de plus en plus déterminant dans l'accessibilité aux vacances. La réactualisation de l'étude de l'UQAM, qui doit être complétée cette année, pourrait confirmer cette hypothèse.

Légalement, un travailleur doit avoir terminé une année de service continu chez le même employeur pour avoir droit au minimum de deux semaines de congé prévues par la Loi sur les normes du travail. Pour toucher trois semaines de vacances payées, il doit avoir travaillé au même endroit pendant cinq ans! Ces conditions ne sont plus adaptées au marché du travail actuel, constate Louis Jolin, car les gens changent d'emploi beaucoup plus souvent qu'auparavant - et pas nécessairement par choix. «Pour certains, les emplois qui durent moins d'un an s'enchaînent.» Pas facile de partir en vacances quand on sait qu'aucun chèque de paye ne nous attend au retour!

Le nombre grandissant de travailleurs autonomes contribue aussi à grossir les rangs des personnes qui se voient incapables de prendre du repos. Souvent, ceux-ci ne connaissent le répit que lorsqu'il n'y a pas de contrat en vue. «Ce ne sont pas des vacances voulues et encore moins payées», dit le chercheur.

Une société des loisirs?
Jean Stafford, également professeur au département d'études urbaines et touristiques de l'UQAM, est encore plus pessimiste. «La société de loisirs, c'est foutu! Il y a 20 ans, on pensait que le nombre de départs en vacances atteindrait 80 % en 2000, alors qu'il est passé de 75 % en 1970 à 46,8 % en 1995…»

Selon lui, les Québécois sont beaucoup plus préoccupés par le rendement que par les vacances. «En Amérique du Nord, les gens préfèrent le fric aux loisirs. Nous sommes plus individualistes qu'en Europe, où les gens ont davantage de congés. Ici, les vacances ne font pas partie des mœurs», affirme-t-il, relevant l'influence des États-Unis, où il n'existe pas de minimum légal en ce qui a trait aux jours de vacances alloués aux employés.

En France, le pays le plus généreux quant à la durée des vacances et à leur accessibilité (voir encadré), la lutte pour l'obtention des congés payés fait partie de la tradition ouvrière, souligne Jean Stafford. «Au Québec, ce serait très mal perçu que des travailleurs fassent la grève uniquement pour avoir plus de vacances.» Le chercheur rappelle aussi que la culture du temps libre est un concept récent au Québec. «Il y a trois générations, tout le monde ou presque était agriculteur et personne ne prenait de journées de congé.»

Quatre semaines pour tous
Imaginez une société sans vacances : privés de répit, les travailleurs perdraient probablement la boule! L'économie en souffrirait sérieusement. «Trop souvent, on réduit la valeur des vacances à leur influence positive sur le maintien de la productivité, observe Louis Jolin. Mais c'est beaucoup plus que ça.»

Le farniente annuel est essentiel à l'équilibre de chaque être humain, ajoute-t-il, et se répercute positivement sur l'ensemble de la société. «Socialement et culturellement, c'est très important d'avoir des vacances pour passer du temps avec les autres. Prendre du temps pour jaser, pour perdre son temps. Pour ne rien faire...»

Louis Jolin suggère d'augmenter à quatre semaines le seuil minimal de vacances pour chaque Québécois. Selon lui, il faudrait aussi abolir l'exigence de service continu chez un même employeur pour définir le nombre de semaines de répit auquel un employé a droit. Le temps de service équivaudrait au nombre d'années sur le marché du travail, qu'on ait changé de patron ou pas.

Dans sa lutte pour la réforme de la Loi sur les normes du travail, l'organisme Au bas de l'échelle, qui défend les droits des travailleurs non syndiqués, revendique trois semaines consécutives de vacances annuelles pour les employés comptant entre une et trois années de service (voir entrevue en page 10). La Confédération des syndicats nationaux (CSN) appuie cette demande et en discutera lors de son congrès, à la fin de mai, précise son directeur de l'information, Yvan Sinotte. «Avec l'augmentation du salaire minimum, ça fait partie des réformes que nous voulons proposer au gouvernement dans le processus de révision de la Loi.» Touchons du bois…


[Le chèque-vacances]

Avoir des vacances, c'est bien. Pouvoir partir, c'est encore mieux! Pour permettre à des Québécois moins fortunés de prendre la route des vacances, le Conseil québécois du loisir (CQL) cherche à adapter une formule implantée en Suisse dès 1939 et en France depuis 1982 : le chèque-vacances. Émis sous la forme d'une carte plastifiée ou de coupures personnalisées - un peu comme des chèques de voyage -, il permettrait d'acquitter certaines dépenses touristiques. Il serait remboursé, émis et commercialisé par un organisme central, auprès duquel les utilisateurs déposeraient les sommes qu'ils choisissent de consacrer aux vacances. Les intérêts générés par les investissements - non imposables - permettraient la création d'un fonds pour développer des infrastructures touristiques sans but lucratif, ce qu'on appelle le tourisme social. Des discussions sont actuellement en cours avec le ministère des Finances du Québec et Tourisme Québec, précise le CQL. Le projet pourrait voir le jour vers 2004.


[L'art de partir en vacances]
Décollage en douceur

par Manon Joubert

La date de votre départ en vacances approche à grands pas et les dossiers s'empilent sur votre bureau… Pas de panique! Voici quelques conseils sur l'art de partir en vacances - et d'en revenir - qui devraient vous permettre d'avoir l'esprit tranquille.

Un travailleur reçoit en moyenne jusqu'à 50 courriels par jour au bureau. Au retour de deux semaines de vacances pleinement méritées, cela signifie 500 messages à traiter, en plus des dizaines d'autres qui attendent une réponse dans la boîte vocale. Sans parler des nombreux dossiers laissés en plan et de ceux qui se sont rajoutés entre-temps.

Selon un sondage réalisé l'an dernier par la firme en ressources humaines OfficeTeam, les gestionnaires nord-américains estiment que leurs employés mettent en moyenne une journée et demie pour retrouver leur productivité après un long congé. «À elle seule, la gestion des messages électroniques et de la boîte vocale représente une tâche qui peut se révéler longue et fastidieuse», prévient Nathalie Barrette, directrice de la division montréalaise d'OfficeTeam.

En fait, planifier ses vacances, c'est aussi planifier son retour de vacances…

Avis à tous!
«Avant de partir en vacances, je prends toujours le temps de demander à quelqu'un de s'occuper de mes dossiers.» C'est en mettant ces sages paroles en pratique que Philippe Lazzaroni, p.-d.g. de Direct Impact, une firme de développement de stratégies informatiques, arrive à s'éviter des retours de vacances chaotiques.

Selon lui, la meilleure façon de passer de vraies vacances, c'est de planifier son départ le plus minutieusement possible. «Pour que les vacances soient bénéfiques, il faut «déconnecter». Et la seule manière d'y parvenir, c'est de ne laisser aucun dossier en suspens avant de quitter et de ne rien apporter avec soi. Autrement dit, il faut faire le vide avant de partir! Pas après…»

Pour s'éviter une avalanche de courriels, il lui suffit d'en envoyer un seul : «J'envoie un courriel à tous mes clients, au moins deux semaines à l'avance, pour les aviser que je serai absent. Je leur signale qu'ils peuvent s'adresser à un collègue en cas de besoin. De plus, je change le message de ma boîte vocale en indiquant quelle personne prendra la relève en cas d'urgence.»

Question de faciliter la tâche du collègue qui nous remplacera pendant notre absence, on lui dressera une liste détaillée de nos différents projets ou dossiers, et de leur état respectif.

Coupure totale
Après maintenant quatre années d'expérience comme conseillère principale en ressources humaines au Cirque du Soleil, Lysanne Desjardins a réussi à mettre sur pied un système efficace pour bien préparer son départ.

D'abord, une règle arithmétique : la durée des vacances détermine la durée de la préparation. Par exemple, si le congé durera trois semaines, on doit commencer à planifier son absence trois semaines à l'avance, histoire de ne pas s'embourber la dernière journée. Lysanne respecte aussi la condition de ne pas prendre de nouveau dossier durant ce temps de préparation. Et elle n'a pas peur de déléguer! «Je demande à quelqu'un de faire le tri de mes courriels pendant mon absence, de jeter ce qui n'est pas important ou ce qui ne sera plus pertinent lorsque je serai de retour.»

Les vacances de Lysanne se concentrent alors sur la détente et le plaisir… ou presque. «Je laisse quand même un numéro de téléphone à l'équipe de mon département, où ils pourront me joindre en cas d'urgence. Toutefois, je m'assure que ces personnes ne le donneront pas à mes clients!»

Pour retrouver son rythme de travail plus rapidement une fois revenu, un plan de match s'impose avant le départ. «Avant de quitter, je me fais une liste pour savoir où j'en suis avec certains dossiers, poursuit Lysanne. Cette liste, je la donne à quelques personnes, celles qui sont au courant de mes projets. Au retour, je m'assois avec elles afin de vérifier l'état des dossiers. Je m'assure que les questions et les problèmes qui sont survenus ont été réglés.»

Il est essentiel de déléguer des tâches et d'établir une liste de priorités pour s'assurer un retour de vacances paisible, confirme Jacques Lafleur, psychologue spécialisé dans la gestion du stress au travail. «Cette impression d'être débordé est une bonne occasion de développer un sens des priorités plus aigu en se demandant, par exemple, qu'est-ce qui est essentiel et urgent dans nos tâches, qu'est-ce qui peut attendre, qu'est-ce qu'on peut déléguer, même si on a tendance à se croire indispensable.»

Une dernière consigne pour un retour tout en douceur : prendre de vraies vacances! «Une semaine de vacances, ce n'est pas assez pour décrocher, croit Philippe Lazzaroni. Ça prend en moyenne une semaine à notre cerveau pour vraiment changer de mode. Alors si on veut en profiter au maximum, il faut un minimum de deux semaines de congé.» Seulement deux, vraiment?


[Les vacances autour du monde]

Nombre de journées de congé prévues selon les normes minimales du travail en vigueur dans les pays suivants :

Congés annuels Congés
fériés
(en jours ouvrables)
Allemagne 24 de 9 à 13
Australie 20 8
Autriche 30 13
Canada 10 (15 après cinq ans) 11
Chine 10 7
Corée 22 18
États-Unis 0 (10 jours en pratique) 9
France 25 11
Italie 15 12
Japon de 10 à 20 14
Royaume-Uni 15 8
Suède 25 11
Suisse 20 8

(Source : Organisation mondiale du tourisme, 1999.)


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