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  Utiliser son réseau
Téléphone arabe
par Anne-Marie Trudel

Si le mot réseautage ne figure pas encore au dictionnaire, il est sur bien des lèvres. Méconnue des uns, boudée par les autres, cette pratique se révèle pourtant fort utile, particulièrement en période de recherche d'emploi. Compliqué ou ennuyant, le réseautage? Pas du tout…


Votre voisin fait partie de votre réseau. Votre grand-mère aussi, de même que votre ex - si vous vous êtes laissés en bons termes, évidemment! En fait, toutes vos connaissances tissent les liens de votre réseau : parents, amis, collègues, gardienne, coiffeur... Certaines seront plus susceptibles de vous donner un coup de pouce au moment opportun, alors que d'autres pourront vous aider à établir de nouveaux contacts.

Les inconditionnels diront que le réseautage est un mode de vie. C'est vrai dans la mesure où l'on apprend à tirer parti de toutes les occasions et rencontres qui s'offrent à nous. Mais la recette est plus simple qu'on ne le pense : nul besoin de s'exhiber dans tous les 5 à 7 de la ville! Une conversation téléphonique avec un ami, un travail d'équipe entre étudiants ou un souper de famille peut devenir le catalyseur de fructueuses rencontres ou d'occasions d'affaires. Le truc, c'est de rester alerte et d'être attentif à son entourage, en toute occasion.


Bouche à oreille
«Le réseau est plus que jamais le meilleur moyen de trouver un emploi, affirme Johanne Tremblay, réseauteuse avertie, journaliste et coauteure du livre Réseautage d'affaires : mode d'emploi (Les Éditions de la Fondation de l'entrepreneurship, 2000). Un employeur est toujours plus disposé à rencontrer quelqu'un qui lui a été recommandé qu'une personne qu'il ne connaît pas du tout, même si elle affiche un très bon curriculum vitæ.»

Car le CV, ce n'est pas tout. André, responsable du service à la population dans un centre communautaire de loisirs à Montréal, en sait quelque chose. Tant pendant qu'après ses études, il a trouvé des emplois dans les domaines de la construction, de la vente au détail, de l'animation, de la sécurité, de l'entretien et du loisir, et ce, sans jamais utiliser son CV. «À ce jour, j'ai obtenu tous mes emplois grâce à mes contacts : ma famille, mes amis, mes collègues de travail, des clients des centres de plein air où j'ai travaillé, mes anciens patrons. Mon CV est à jour, mais je n'ai jamais eu besoin de le présenter!» Natif de Saint-Côme, dans Lanaudière, André a principalement forgé son réseau dans le milieu communautaire et de loisirs de sa région. À 29 ans, établi à Montréal depuis moins de deux ans, il reconnaît que son entregent naturel lui a facilité la vie. «J'aime parler aux gens, pendant ou en dehors de mes heures de travail; c'est en partie de cette façon que j'ai établi la plupart de mes contacts.» Aujourd'hui, son réseau familial, personnel et professionnel étend ses tentacules dans Lanaudière, les Laurentides et la région métropolitaine.

Idem pour Nathalie, coordonnatrice à la production et infographiste dans le milieu de l'édition. Tous les emplois qu'elle a occupés dans les domaines de la protection de l'environnement, du transport, du graphisme et de l'édition sont le résultat d'un contact avec un ami, un collègue de travail ou un patron. «J'ai rarement utilisé mon CV. Il m'est même arrivé de le donner à un employeur six ans après qu'il m'eut embauchée : il venait de se rendre compte que mon CV était absent de mon dossier d'employée!»

Environ 80 % des nouveaux emplois sont obtenus grâce au réseautage, apprend-on dans un ouvrage de Lise Cardinal, intitulé Comment bâtir un réseau de contacts solide (Les Éditions de la Fondation de l'entrepreneurship, 1998). Mieux vaut prévenir que guérir : un réseau se constitue plus facilement lorsque l'on est actif sur le marché qu'au moment où l'on se retrouve seul dans sa cuisine à éplucher les offres d'emploi des quotidiens. «Un réseau, c'est comme une marge de crédit, compare Johanne Tremblay. Ce n'est pas quand on en a besoin qu'il faut commencer à chercher. On le bâtit quand ça va bien, quand on est à l'aise dans les rencontres et plus confiant parce qu'on a déjà un travail.»


Donnant, donnant
Le réseau, c'est d'abord son entourage. C'est ensuite une foule de personnes rencontrées au gré de nos activités personnelles, familiales ou professionnelles. «On a l'impression que l'on n'a pas de réseau, soutient Nathalie. Mais ce n'est pas vrai. C'est plutôt l'idée que l'on se fait du réseautage qui est fausse. On pense qu'il s'agit de quelque chose de très structuré, mais ce n'est pas toujours le cas. Moi, je suis allergique aux associations professionnelles ou aux chambres de commerce! J'en ai déjà fait partie, mais je trouve qu'avant de développer des relations vraiment intéressantes avec ces gens-là, il faut consacrer beaucoup de temps.»

À ceux qui décident de se joindre à un groupe afin de se constituer un réseau ou d'augmenter le nombre de leurs contacts, Johanne Tremblay conseille la prudence. «Il faut d'abord choisir une activité de réseautage qu'on aime, pour avoir le goût de sortir de chez soi. On peut adhérer à un petit réseau local comme un club sportif, une chorale, un comité de parents. L'idée, c'est de commencer à parler à de nouvelles personnes pour savoir ce qu'elles font et pour qu'elles sachent ce que vous faites. En fait, il faut s'intéresser aux autres, leur demander pourquoi ils sont là, poser des questions sur leur travail ou sur leur emploi du temps, bref, en apprendre plus sur eux. Ensuite, ce sont eux qui s'intéresseront à vous et la roue commencera à tourner.»

En outre, les membres de votre réseau ne peuvent deviner vos projets ou vos problèmes : exprimez-vous! Posez des questions (évitez celles qui n'attirent qu'un oui ou qu'un non comme réponse), écoutez, démontrez un intérêt : soyez présent de corps et d'esprit au moment de toutes vos rencontres. Plus encore, si vous voulez être visible dans votre réseau, il faut vous engager et respecter vos engagements, si minces soient-ils. Les gens doivent se souvenir de votre nom et y associer votre visage.

Ce qu'il faut aussi retenir, c'est qu'un réseau est vivant. Il faut l'entretenir et le soigner. C'est donnant, donnant : une simple information fournie à un ami ou à un collègue peut faire boule de neige. «Parfois, on se rend compte de l'importance de notre réseau quand une de nos connaissances nous demande une référence ou une information, souligne Nathalie. Ces dernières années, c'est incroyable le nombre de fois où j'ai pu dire : «Je connais quelqu'un qui peut faire ça…»»


Commencer tôt
Pour bâtir les fondations d'un réseau, rien de mieux que de s'y attaquer pendant ses études. Selon Johanne Tremblay, le cégep et l'université sont les plus beaux terreaux pour jeter les fondations de son réseau. «Ce sont des milieux en ébullition, les professeurs connaissent une quantité incroyable de gens, et les étudiants que vous y côtoyez seront placés un peu partout dans quelques années.»

Si la timidité constitue un obstacle pour bien des gens, on peut la vaincre en préférant un réseau qui ne porte pas directement à conséquence sur le plan professionnel. «Une association étudiante, un club d'astronomie ou un organisme communautaire local constitue déjà un bon départ, poursuit Johanne Tremblay. Peu à peu, selon ses besoins, on peut ajouter d'autres réseaux à sa collection.»

Pour élargir son réseau, il faut déterminer les moyens qui nous permettront d'entrer en contact avec les personnes susceptibles de partager nos intérêts personnels ou professionnels. En plus des rencontres familiales ou amicales, les colloques, conférences et réunions d'associations de toutes sortes peuvent constituer de bons filons. Au travail, les collègues contribuent directement à forger un réseau. Et les patrons? «Je me suis toujours appliqué à garder une bonne relation avec mes patrons, souligne André. On ne sait jamais à quel moment ils pourront nous donner un coup de pouce.» Nathalie a d'ailleurs obtenu l'un de ses emplois par un contact qui connaissait à la fois son ancien et son futur patron.

Le bénévolat constitue une autre avenue de choix. On y fait valoir son esprit d'équipe, son entregent, sa fiabilité, note Johanne Tremblay. «Il y a toujours quelqu'un qui remarquera votre travail bénévole si vous le faites bien. L'important, c'est de choisir une œuvre ou une action qui vous fait vibrer. Sinon, vous risquez de projeter une fausse image, et cela peut vous faire plus de tort que de bien.»


Garder le contact
Bâtir son réseau et y être actif n'est pas suffisant. La paresse est humaine et nous croyons candidement être inoubliable, même en négligeant d'entretenir et de fertiliser notre réseau. La priorité du bon réseauteur doit être de garder périodiquement contact avec ses connaissances au moyen d'un coup de téléphone, d'une carte de Noël, d'un courriel. C'est à cette condition que les liens garderont leur solidité au fil du temps et des événements.

L'attitude et les intentions du réseauteur comptent pour beaucoup dans le succès de ses initiatives. S'il affiche sans relâche son appétit de travail ou de contrats, il éprouvera de la difficulté à entrer vraiment en contact avec les autres réseauteurs. «J'ai eu de la difficulté à parler aux gens tant que j'ai eu derrière la tête l'idée de décrocher un contrat, témoigne Johanne Tremblay. Le jour où me je suis dit que j'allais aux rencontres pour faire de nouvelles connaissances, tout fut plus facile.»

Et même si on a parfois l'impression d'entretenir des contacts plus ou moins utiles, il n'en est rien. «C'est souvent au moment de changer de travail qu'on utilise ses contacts, souligne Nathalie. J'ai obtenu mon emploi actuel grâce à un collègue qui connaissait bien mon patron et qui lui avait assuré que j'avais le profil de l'emploi. Les jasettes dans le corridor, ça peut être payant!»


[Comment bâtir son réseau]

  • Recenser toutes ses connaissances.
  • Cerner ses besoins et ses objectifs.
  • Établir des liens entre ses objectifs et les personnes choisies.
  • Déterminer des activités intéressantes susceptibles de répondre à ses objectifs.
  • Être attentif à son entourage immédiat : famille, amis, collègues, patrons.
  • Entretenir son réseau, garder contact avec les autres.
  • Pratiquer l'échange de renseignements ou de services à l'intérieur de son réseau.
  • S'efforcer de retenir les noms des personnes rencontrées.

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