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  [Le secteur de la chimie et de la pétrochimie]
Explosif!

par Jean-Benoît Legault

Voilà une industrie qui ne manque pas de carburant! Les perspectives d'emploi dans les domaines de la chimie et de la pétrochimie sont excellentes, et ce, autant à court qu'à moyen terme. Au Québec, les débouchés sont nombreux et diversifiés : chimistes, ingénieurs, techniciens et mécaniciens d'entretien sont activement recherchés au sein de ce secteur en pleine expansion.


Adhésifs, engrais, peinture, explosifs, produits de nettoyage, additifs alimentaires : très diversifiée, l'industrie chimique québécoise fabrique des produits appartenant à une quarantaine de catégories différentes. Cette industrie, qui représente plus de 22 % du secteur de la fabrication de produits chimiques au Canada, regroupe également les entreprises qui transforment le pétrole et le gaz naturel en produits finis ou en dérivés comme l'essence, le mazout et l'huile. Ces dernières sont souvent des filiales de multinationales canadiennes, américaines et européennes telles que Shell Canada, Ultramar ou Pétromont.

Cette production diversifiée permet d'alimenter des secteurs très importants comme ceux du transport, des mines et des pâtes et papiers. Moteur de l'économie québécoise, l'industrie chimique et pétrochimique occupe le sixième rang en importance dans le secteur industriel et exporte plus de 40 % de sa production. Elle compte 15 600 employés et plus de 560 établissements. Malgré sa taille restreinte, le sous-secteur de la pétrochimie québécoise est très concurrentiel grâce à l'utilisation de technologies de pointe, la présence d'une main-d'œuvre qualifiée et l'accès au vaste marché du Nord-Est américain.

Comme c'est le cas pour plusieurs autres secteurs d'emploi, l'industrie souffrira très bientôt du vieillissement de ses travailleurs. Le Comité sectoriel de main-d'œuvre (CSMO) de la chimie, de la pétrochimie et du raffinage prévoit qu'entre 20 et 25 % des travailleurs québécois de ce domaine devront être remplacés au cours des 12 prochains mois en raison des départs à la retraite. En outre, de nouveaux débouchés devraient voir le jour grâce à la croissance de l'industrie en tant que telle. Les différents intervenants du domaine sont unanimes : les possibilités d'emploi dans le domaine sont légion!


Des besoins explosifs
À l'Institut de chimie et de pétrochimie du Collège de Maisonneuve, à Montréal, le seul établissement québécois spécialisé dans le domaine, le taux de placement des diplômés avoisine les 100 %. L'établissement offre un diplôme d'études collégiales (DEC) en techniques de procédés chimiques, et ses diplômés sont très recherchés. «Nous prévoyons une pénurie pour ces techniciens dès janvier 2002, affirme Chantal Gariépy, conseillère pédagogique à l'Institut. Cela s'explique essentiellement par un nombre élevé de départs à la retraite dans ce champ d'activité.»

L'établissement offre également une attestation d'études collégiales (AEC) en conduite de procédés biologiques et chimiques. Ce programme, d'une durée de seulement 10 mois, s'adresse à ceux qui détiennent déjà un diplôme d'études collégiales ou universitaires.

La demande de l'industrie pour les diplômés issus du DEC et de l'AEC est tellement forte qu'on a dû doubler le nombre d'étudiants. D'ailleurs, selon un rapport publié en octobre dernier par le CSMO, l'industrie aura 835 postes de techniciens de procédés chimiques à pourvoir au cours des cinq prochaines années. En effet, actuellement plus de 50 % des travailleurs qui occupent ces postes comptent 20 ans ou plus d'ancienneté, et environ 20 % d'entre eux ont 50 ans ou plus.

Parmi ces postes, on en dénombre 195 uniquement pour le sous-secteur du raffinage. Cette situation risque de poser un problème à l'ensemble de l'industrie chimique : les salaires étant généralement plus intéressants dans le domaine du raffinage, il y a fort à parier que les efforts massifs de recrutement des entreprises reliées à ce sous-secteur auront un effet d'attraction très important sur la main-d'œuvre spécialisée travaillant dans le reste de l'industrie.

Toujours selon le CSMO, 125 postes de mécaniciens d'entretien devront aussi être pourvus durant la même période, et il est très probable que les établissements d'enseignement éprouveront de vives difficultés à fournir le nombre demandé de diplômés. L'industrie aura également de 30 à 35 postes d'ingénieurs de procédés à pourvoir au cours des cinq prochaines années.

L'industrie chimique canadienne est celle qui emploie le plus de diplômés universitaires par rapport à toutes les autres industries manufacturières. L'Université Laval et l'Université de Montréal affichent respectivement des taux de placement de 80 % et de 100 % pour leurs bacheliers en chimie. Le président de l'Ordre des chimistes du Québec, Martial Boivin, souligne que la moyenne d'âge des chimistes de la province est de 42 ans et que beaucoup de départs à la retraite sont à prévoir au cours des prochaines années. «Certains chimistes sont très jeunes, explique-t-il, mais la grande majorité se situe du côté des 45 ans et plus. Notre profession devra donc faire face à la problématique démographique que connaît le Québec.»

En outre, le domaine de la chimie est frappé par le phénomène de la migration des travailleurs : de nombreux chimistes québécois choisissent d'aller pratiquer leur profession ailleurs, alors que 30 % des chimistes exerçant au Québec sont des immigrants - une proportion trois fois plus élevée que pour l'ensemble des professions, souligne-t-on dans le site Emploi-Avenir Québec de Développement des ressources humaines Canada.

L'industrie du gaz naturel se divise pour sa part en deux volets : la fabrication et la distribution. La fabrication se concentre principalement dans l'Ouest canadien. Le Québec ne produit pas de gaz, mais on retrouve cependant une usine de liquéfaction - un procédé qui permet le stockage -, à Montréal. L'usine LSR est presque entièrement automatisée et sa main-d'œuvre est surtout constituée de techniciens en gaz, issus de l'École de technologie gazière.

La compagnie Gaz Métropolitain, quant à elle, distribue 97 % du gaz consommé au Québec. Elle dessert 160 000 clients grâce à son réseau de près de 8 500 kilomètres. Gaz Métropolitain emploie principalement des ingénieurs, notamment en génie mécanique, des techniciens spécialisés en électronique, ainsi que du personnel administratif.


Le travail d'équipe avant tout
Les employeurs de l'industrie ne se contentent pas d'engager des candidats possédant des compétences techniques. Ils placent également la barre haut sur le plan des qualités personnelles. «Les entreprises sont très exigeantes, lance d'emblée Anne-Marie Girard, conseillère en ressources humaines chez Pétro-Canada. J'oserais même dire qu'elles recherchent l'impossible! Nous mettons énormément l'accent sur ce qu'on appelle les soft skills : les habitudes de travail, le leadership, les relations interpersonnelles... C'est très difficile à trouver.»

Le travail d'équipe revêt une importance capitale dans l'industrie. «C'est une question de sécurité, poursuit Anne-Marie Girard. Les jeunes ne sont généralement pas conscients de leurs lacunes sur ce plan-là. Je crois que la formation devrait être davantage axée sur le développement de ces soft skills.»

«Nous sommes bien conscients de cette réalité, rétorque Chantal Gariépy, conseillère pédagogique à l'Institut de chimie et de pétrochimie du Collège de Maisonneuve. Notre façon de dispenser la formation a été légèrement modifiée de manière à favoriser le travail d'équipe, ce qui met également l'accent sur le développement du leadership.»

Martial Boivin estime aussi qu'un bon chimiste devrait posséder une habileté à communiquer et à travailler en équipe. «La formation universitaire ne prépare pas adéquatement les jeunes à cette réalité, estime-t-il. L'Ordre envisage actuellement différents moyens pour pallier ces lacunes.»

Néanmoins, les qualités personnelles, aussi importantes soient-elles, ne suffisent habituellement pas à disqualifier un candidat prometteur. «Nous portons attention au potentiel de développement», souligne Anne-Marie Girard.


Candidats populaires
Du côté des entreprises pétrochimiques, le problème de main-d'œuvre s'explique tout simplement par le manque de candidats : «Nous recevons très peu de curriculum vitæ», avoue Anne-Marie Girard.

Les salaires offerts y sont excellents - en moyenne plus de 40 000 $ par an au départ -, mais les conditions de travail peuvent être difficiles et découragent les candidats. «C'est un environnement de travail à remettre en question, poursuit Mme Girard. C'est probablement l'un des facteurs qui rend les candidats moins intéressés par le secteur. Au début, le nouvel employé doit s'attendre à travailler de nuit. Si on est en février et qu'il fait -35°C, ce ne sera évidemment pas facile…»

Les candidats qui détiennent les compétences exigées peuvent donc s'attendre à être très populaires auprès des employeurs! «Les très grandes entreprises drainent souvent la main-d'œuvre des plus petites, explique Chantal Gariépy, car elles sont en mesure d'offrir de meilleures conditions de travail.»

«Je constate que les candidats potentiels sont beaucoup plus exigeants, renchérit Anne-Marie Girard. Ils demandent de meilleures conditions de travail, des avantages sociaux, etc.» Autrement dit, c'est le moment idéal pour «magasiner» son futur employeur...


[Le défi environnemental]

L'industrie chimique et pétrochimique est aux prises avec de nombreux défis, notamment celui de la préservation de l'environnement. Les problématiques relatives à ce domaine sont nombreuses. À titre d'exemples, mentionnons : le contrôle des odeurs; le rejet des matières toxiques chimiques; les émissions de composés organiques volatiles, de gaz à effet de serre et de polluants acidifiants; les substances appauvrissant la couche d'ozone; la contamination de la terre; les accidents reliés à l'emmagasinage et à la manipulation.


[Zoom]

Chimistes : L'importance croissante accordée à l'environnement, à la qualité des eaux, au contrôle de la qualité, à la sécurité et à l'hygiène en milieu de travail devrait améliorer les perspectives d'emploi pour les chimistes. Les débouchés proviendront avant tout des départs à la retraite. Les innovations technologiques pourraient toutefois avoir un impact négatif sur la profession, notamment en permettant l'automatisation de nombreuses fonctions. Les femmes n'occupent guère plus du tiers des postes de chimistes, mais leur proportion est en hausse constante.

Ingénieurs chimistes : Dans cette profession, les débouchés proviendront en premier lieu de la création d'emplois. Plusieurs postes seront aussi libérés par des ingénieurs chimistes qui accéderont à d'autres professions, dans la vente ou l'enseignement par exemple. Le nombre d'ingénieurs chimistes devrait augmenter de façon notable au cours des prochaines années, notamment en raison de l'importance grandissante accordée aux questions environnementales et des découvertes scientifiques réalisées dans le domaine de la chimie. Plus de la moitié des ingénieurs chimistes sont employés par le secteur industriel. Les femmes occupent à peine le sixième des postes d'ingénieurs chimistes, mais représentent 40 % des nouveaux diplômés en génie chimique.

Technologues et techniciens en chimie appliquée : Le nombre de technologues et de techniciens en chimie appliquée a augmenté rapidement au cours des dernières années. On s'attend à ce que cette croissance se poursuive. Cette hausse s'explique par les effets positifs des innovations technologiques et des découvertes scientifiques, ainsi que par une sensibilisation plus importante du public à l'égard des questions environnementales. Les débouchés proviendront tout d'abord de la création d'emplois, puis des départs à la retraite. Les femmes occupent plus du tiers des emplois de technologues et de techniciens en chimie appliquée.

(Extraits tirés du site Emploi-Avenir Québec - Développement des ressources humaines Canada :
www.qc.hrdc-drhc.gc.ca/emploi-avenir)


[Essentiellement montréalaises]

Quatre-vingt pour cent des entreprises qui œuvrent dans l'industrie chimique québécoise sont situées dans la grande région montréalaise (Montréal, Laval et Montérégie). D'autres entreprises se sont aussi implantées en Mauricie à proximité des usines de pâtes et papiers, près de l'aluminerie Alcan au Saguenay et dans la région de Québec. La majorité des compagnies pétrochimiques se situent dans la région de Montréal, à proximité de l'industrie du raffinage avec laquelle elles échangent régulièrement des produits et des matières premières.


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