Envoyer 75 fois le même CV n'est peut-être pas la meilleure
méthode pour décrocher son premier emploi après les
études. Des experts dévoilent leurs stratégies et
leurs règles d'or pour obtenir le job de ses rêves.
Quitter le statut d'étudiant pour faire sa place dans la jungle
du marché de l'emploi est certes stressant, surtout si l'on a étudié
dans un domaine où les offres d'emploi se font rares. Mais ce n'est
pas une raison pour se décourager dès le départ :
«Le pire est de se sous-estimer et de demeurer inactif. Il faut
foncer», dit Maryse Paquette, responsable du Service de placement
au Cégep de Trois-Rivières. Foncer intelligemment, il va
sans dire.
La règle d'or de Micheline Paquin, conseillère au Service
de placement et carrière de l'Université McGill, est simple
: «Commencez tôt! Plusieurs personnes attendent la fin de
leurs études pour se décider à chercher un travail»,
déplore-t-elle. «Pourtant, il y a beaucoup d'occasions à
saisir pendant la formation. Et ça passe vite!» La période
des études est le moment idéal pour obtenir stages, petits
contrats à l'étranger et expériences bénévoles.
Une question de relations
Avant même de songer à se lancer dans la course à
la recherche d'emploi, il est essentiel d'avoir suffisamment défini
son objectif professionnel : quel type d'emploi souhaite-t-on occuper
exactement, en tenant compte de ce que notre formation et nos habiletés
nous permettent de faire? Ce qui nécessite de bien se connaître,
de savoir ce que l'on veut et ce que l'on vaut. Autre étape obligatoire
: s'informer à l'avance à propos du marché de l'emploi
dans son domaine. «Par exemple, on serait mal vu d'offrir ses services
comme employé permanent dans un secteur où on n'embauche
que des pigistes», souligne Andrée Desroches, responsable
du Service universitaire de l'emploi de l'Université de Montréal.
Dès le début de ses études, il faut aussi penser
à se bâtir un réseau de connaissances. «Mais
cela déplaît beaucoup aux étudiants, note Micheline
Paquin, de l'Université McGill. Ils ont l'impression de quémander
quelque chose en tentant de créer des relations.»
Pour contrer cette désagréable impression, Micheline Paquin
conseille aux chercheurs de commencer là où ils sont à
l'aise - dans leur famille, par exemple. «Appelez votre oncle si
vous croyez qu'il peut connaître des gens dans votre domaine.»
De plus, en s'inscrivant à des colloques, en siégeant à
des comités étudiants ou en devenant membre de l'ordre de
leur future profession, les étudiants peuvent élargir tout
naturellement leur réseau.
Les spécialistes en placement suggèrent de ne pas attendre
à la dernière session d'études pour participer aux
journées carrière organisées par l'établissement
de formation. «On s'y fait des contacts, on augmente notre confiance
en soi et on cible les employeurs qui nous intéressent», résume
Micheline Paquin. «Je vois très souvent des recruteurs noter
le nom des étudiants qui se présentent aux journées
carrière», renchérit Andrée Desroches.
Un CV ciblé
«Il vaut mieux faire moins de démarches, mais les faire bien»,
souligne Andrée Desroches. Lorsqu'on a ciblé les entreprises
qui nous intéressent, il faut préparer son outil de promotion
: le CV. «Vous êtes peut-être 90 diplômés
dans le même domaine. Vous devez démontrer ce que vous avez
de particulier», ajoute-t-elle.
Maryse Paquette, du Cégep de Trois-Rivières, privilégie
le CV «complet», sur deux ou trois pages, au lieu du CV résumé
qui sert plutôt d'approche. «Devant un employé qui
n'a pas d'expérience, le recruteur recherche un potentiel. Si vous
postulez pour un travail en métallurgie et que vous avez fait les
foins et cueilli des fraises pendant plusieurs étés, l'employeur
sait que vous serez capable de supporter la chaleur et la poussière
de l'usine.»
Andrée Desroches prône aussi le CV complet. «Toutes
vos expériences sont là, mais vous devez faire ressortir
celles qui sont pertinentes par rapport à l'objectif professionnel.»
Elle insiste sur l'aspect visuel du CV : «Il faut vraiment faire
un effort. Sinon, on transmet déjà un message : on montre
qu'on maîtrise mal les nouvelles technologies!»
Le CV s'accompagne d'une lettre de présentation personnalisée,
dans laquelle on exprimera deux choses : l'intérêt qu'on
porte à la compagnie et ce qu'on estime pouvoir lui apporter. L'employeur
doit comprendre pourquoi on l'a choisi parmi d'autres - par exemple, parce
que sa compagnie utilise un appareil avec lequel on est à l'aise,
ou mise sur une méthode de travail que l'on privilégie.
«Il ne faut jamais que l'employeur ait l'impression qu'on a envoyé
la même lettre à plusieurs endroits, en ne changeant que
l'adresse», prévient Andrée Desroches.
Il est important, dans cette lettre, de faire le lien entre les particularités
de l'employeur et les nôtres. «Si vous êtes chimiste
et que vous postulez dans une compagnie spécialisée dans
un type de recherche sur lequel, justement, vous avez travaillé
durant votre bac, écrivez-le!», poursuit-elle.
Un travail scolaire particulièrement réussi ou un rapport
d'évaluation de stage peuvent être ajoutés en annexe.
On peut aussi diriger l'employeur vers sa page Internet personnelle. «Pour
un diplômé en publicité, c'est essentiel, croit Andrée
Desroches. L'employeur verra son esprit de création.»
Toutefois, selon Maryse Paquette, il n'est pas toujours nécessaire
de joindre une lettre de présentation au CV. «Ça ne
vaut pas la peine si vous postulez dans une très grande entreprise
qui a un long processus de sélection.» Votre candidature ira
dans une banque de CV, de toute façon. «Et dire à
une entreprise de la taille d'Alcan, par exemple, que «je vous ai
choisi parce que vous avez beaucoup d'envergure», ça n'a pas
beaucoup d'impact!», lance-t-elle.
L'entrevue
Pour ne pas être rongé par la nervosité une fois assis
devant le ou les recruteurs, une seule solution : avoir bien préparé
ses réponses, sans oublier de les étayer par des exemples
tirés de nos expériences. Si on vous demande, par exemple
: «Aimez-vous travailler en équipe?», vous pourriez
acquiescer en ajoutant que vous avez fait plusieurs travaux d'équipe
pendant votre formation, et que vous arriviez à vous affirmer tout
en étant à l'écoute des idées de vos collègues.
«Entraînez-vous!», conseille Micheline Paquin.
Après l'entrevue vient le moment du bilan. On reformule, pour
une prochaine fois, les réponses que l'on juge imparfaites. Si
l'on n'obtient pas l'emploi convoité, Micheline Paquin suggère
de rappeler l'employeur et de lui demander des conseils pour la prochaine
entrevue.
Bref, on a tout à gagner à adopter une bonne stratégie
de recherche d'emploi. Mais Andrée Desroches tient à rappeler
que cette stratégie doit être flexible. En effet, elle variera
selon l'employeur concerné, selon le type de poste visé,
etc. «Il n'y a pas de règle stricte à suivre. Il faut
avoir le jugement d'adapter sa stratégie à la situation.»
Les incontournables
- S'inscrire au service de placement de son établissement de
formation, une démarche simple et gratuite. On y propose généralement
de l'aide à l'orientation, des techniques de rédaction
de CV et d'entrevue, des offres d'emploi. De plus, les employeurs
qui s'y adressent acceptent d'emblée les candidats sans expérience.
- Se bâtir un réseau de connaissances qui nous mettront
en contact avec le marché caché de l'emploi, où
on peut découvrir des offres qui ne sont pas annoncées
autrement.
- Fréquenter les journées carrière, les 5 à
7, les lancements, les cocktails dans son domaine. On s'y fait des
contacts et on cible les employeurs qui nous intéressent.
- Faire partie de l'ordre de sa profession. Cela montre notre intérêt
aux employeurs potentiels.
- S'abonner à des revues spécialisées, assister
à des conférences et colloques pour être à
l'affût de ce qui se passe dans notre domaine.
- Effectuer des stages et de petits contrats, ou même obtenir
des expériences de travail à l'étranger.