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  Décrocher son premier emploi
Stratégie contre l'angoisse
par Sophie Doucet

Envoyer 75 fois le même CV n'est peut-être pas la meilleure méthode pour décrocher son premier emploi après les études. Des experts dévoilent leurs stratégies et leurs règles d'or pour obtenir le job de ses rêves.

Quitter le statut d'étudiant pour faire sa place dans la jungle du marché de l'emploi est certes stressant, surtout si l'on a étudié dans un domaine où les offres d'emploi se font rares. Mais ce n'est pas une raison pour se décourager dès le départ : «Le pire est de se sous-estimer et de demeurer inactif. Il faut foncer», dit Maryse Paquette, responsable du Service de placement au Cégep de Trois-Rivières. Foncer intelligemment, il va sans dire.

La règle d'or de Micheline Paquin, conseillère au Service de placement et carrière de l'Université McGill, est simple : «Commencez tôt! Plusieurs personnes attendent la fin de leurs études pour se décider à chercher un travail», déplore-t-elle. «Pourtant, il y a beaucoup d'occasions à saisir pendant la formation. Et ça passe vite!» La période des études est le moment idéal pour obtenir stages, petits contrats à l'étranger et expériences bénévoles.


Une question de relations
Avant même de songer à se lancer dans la course à la recherche d'emploi, il est essentiel d'avoir suffisamment défini son objectif professionnel : quel type d'emploi souhaite-t-on occuper exactement, en tenant compte de ce que notre formation et nos habiletés nous permettent de faire? Ce qui nécessite de bien se connaître, de savoir ce que l'on veut et ce que l'on vaut. Autre étape obligatoire : s'informer à l'avance à propos du marché de l'emploi dans son domaine. «Par exemple, on serait mal vu d'offrir ses services comme employé permanent dans un secteur où on n'embauche que des pigistes», souligne Andrée Desroches, responsable du Service universitaire de l'emploi de l'Université de Montréal.

Dès le début de ses études, il faut aussi penser à se bâtir un réseau de connaissances. «Mais cela déplaît beaucoup aux étudiants, note Micheline Paquin, de l'Université McGill. Ils ont l'impression de quémander quelque chose en tentant de créer des relations.»

Pour contrer cette désagréable impression, Micheline Paquin conseille aux chercheurs de commencer là où ils sont à l'aise - dans leur famille, par exemple. «Appelez votre oncle si vous croyez qu'il peut connaître des gens dans votre domaine.» De plus, en s'inscrivant à des colloques, en siégeant à des comités étudiants ou en devenant membre de l'ordre de leur future profession, les étudiants peuvent élargir tout naturellement leur réseau.

Les spécialistes en placement suggèrent de ne pas attendre à la dernière session d'études pour participer aux journées carrière organisées par l'établissement de formation. «On s'y fait des contacts, on augmente notre confiance en soi et on cible les employeurs qui nous intéressent», résume Micheline Paquin. «Je vois très souvent des recruteurs noter le nom des étudiants qui se présentent aux journées carrière», renchérit Andrée Desroches.

Un CV ciblé
«Il vaut mieux faire moins de démarches, mais les faire bien», souligne Andrée Desroches. Lorsqu'on a ciblé les entreprises qui nous intéressent, il faut préparer son outil de promotion : le CV. «Vous êtes peut-être 90 diplômés dans le même domaine. Vous devez démontrer ce que vous avez de particulier», ajoute-t-elle.

Maryse Paquette, du Cégep de Trois-Rivières, privilégie le CV «complet», sur deux ou trois pages, au lieu du CV résumé qui sert plutôt d'approche. «Devant un employé qui n'a pas d'expérience, le recruteur recherche un potentiel. Si vous postulez pour un travail en métallurgie et que vous avez fait les foins et cueilli des fraises pendant plusieurs étés, l'employeur sait que vous serez capable de supporter la chaleur et la poussière de l'usine.»

Andrée Desroches prône aussi le CV complet. «Toutes vos expériences sont là, mais vous devez faire ressortir celles qui sont pertinentes par rapport à l'objectif professionnel.» Elle insiste sur l'aspect visuel du CV : «Il faut vraiment faire un effort. Sinon, on transmet déjà un message : on montre qu'on maîtrise mal les nouvelles technologies!»

Le CV s'accompagne d'une lettre de présentation personnalisée, dans laquelle on exprimera deux choses : l'intérêt qu'on porte à la compagnie et ce qu'on estime pouvoir lui apporter. L'employeur doit comprendre pourquoi on l'a choisi parmi d'autres - par exemple, parce que sa compagnie utilise un appareil avec lequel on est à l'aise, ou mise sur une méthode de travail que l'on privilégie. «Il ne faut jamais que l'employeur ait l'impression qu'on a envoyé la même lettre à plusieurs endroits, en ne changeant que l'adresse», prévient Andrée Desroches.

Il est important, dans cette lettre, de faire le lien entre les particularités de l'employeur et les nôtres. «Si vous êtes chimiste et que vous postulez dans une compagnie spécialisée dans un type de recherche sur lequel, justement, vous avez travaillé durant votre bac, écrivez-le!», poursuit-elle.

Un travail scolaire particulièrement réussi ou un rapport d'évaluation de stage peuvent être ajoutés en annexe. On peut aussi diriger l'employeur vers sa page Internet personnelle. «Pour un diplômé en publicité, c'est essentiel, croit Andrée Desroches. L'employeur verra son esprit de création.»

Toutefois, selon Maryse Paquette, il n'est pas toujours nécessaire de joindre une lettre de présentation au CV. «Ça ne vaut pas la peine si vous postulez dans une très grande entreprise qui a un long processus de sélection.» Votre candidature ira dans une banque de CV, de toute façon. «Et dire à une entreprise de la taille d'Alcan, par exemple, que «je vous ai choisi parce que vous avez beaucoup d'envergure», ça n'a pas beaucoup d'impact!», lance-t-elle.

L'entrevue
Pour ne pas être rongé par la nervosité une fois assis devant le ou les recruteurs, une seule solution : avoir bien préparé ses réponses, sans oublier de les étayer par des exemples tirés de nos expériences. Si on vous demande, par exemple : «Aimez-vous travailler en équipe?», vous pourriez acquiescer en ajoutant que vous avez fait plusieurs travaux d'équipe pendant votre formation, et que vous arriviez à vous affirmer tout en étant à l'écoute des idées de vos collègues. «Entraînez-vous!», conseille Micheline Paquin.

Après l'entrevue vient le moment du bilan. On reformule, pour une prochaine fois, les réponses que l'on juge imparfaites. Si l'on n'obtient pas l'emploi convoité, Micheline Paquin suggère de rappeler l'employeur et de lui demander des conseils pour la prochaine entrevue.

Bref, on a tout à gagner à adopter une bonne stratégie de recherche d'emploi. Mais Andrée Desroches tient à rappeler que cette stratégie doit être flexible. En effet, elle variera selon l'employeur concerné, selon le type de poste visé, etc. «Il n'y a pas de règle stricte à suivre. Il faut avoir le jugement d'adapter sa stratégie à la situation.»


Les incontournables

  • S'inscrire au service de placement de son établissement de formation, une démarche simple et gratuite. On y propose généralement de l'aide à l'orientation, des techniques de rédaction de CV et d'entrevue, des offres d'emploi. De plus, les employeurs qui s'y adressent acceptent d'emblée les candidats sans expérience.
  • Se bâtir un réseau de connaissances qui nous mettront en contact avec le marché caché de l'emploi, où on peut découvrir des offres qui ne sont pas annoncées autrement.
  • Fréquenter les journées carrière, les 5 à 7, les lancements, les cocktails dans son domaine. On s'y fait des contacts et on cible les employeurs qui nous intéressent.
  • Faire partie de l'ordre de sa profession. Cela montre notre intérêt aux employeurs potentiels.
  • S'abonner à des revues spécialisées, assister à des conférences et colloques pour être à l'affût de ce qui se passe dans notre domaine.
  • Effectuer des stages et de petits contrats, ou même obtenir des expériences de travail à l'étranger.


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