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Les yeux de la tête
par Catherine-Lune Grayson-C.

Nom :Yves Morrier
Âge : 38 ans
Occupation : Gemmologiste et évaluateur de pierres précieuses
Formation :Attestations d'études collégiales en diamants, en gemmes et en matériaux organiques; diplômé de l'Association canadienne de gemmologie et de l'International Society of Appraisers.


Les beaux cailloux : J'examine des bijoux et des pierres précieuses pour en déterminer la valeur. Ce sont surtout des diamants, puisqu'ils représentent 90 % des pierres vendues. Soixante-dix pour cent des activités d'expertise de mon entreprise, Les Gemmologistes associés, sont consacrées à la classification de pierres pour les grossistes en diamants. Sinon, je travaille avec des bijoutiers et, à l'occasion, pour des particuliers. J'enseigne aussi la gemmologie, surtout à des gens de l'industrie, et je développe actuellement un cours d'évaluation, parce qu'au Québec ça n'existe pas, et que les gens font à peu près n'importe quoi.

Ruée vers l'or : Au Canada, l'intérêt pour le diamant va en grandissant parce qu'on en extrait de plus en plus au pays. D'ici deux ans, nous compterons parmi les cinq premiers producteurs mondiaux, grâce aux mines des Territoires du Nord-Ouest. Au Québec, la prospection qui a lieu dans le Nord suscite de grands espoirs. Mais les évaluateurs n'ont pas plus de travail : les pierres brutes sont majoritairement exportées, parce que les Québécois ne consomment plus de pierres taillées et de bijoux. Nos valeurs ont changé…

L'orfèvre : Pour évaluer un bijou, en fait, je me demande : «Est-ce que c'est beau ou pas?», et je me fie à des paramètres reconnus - le poids, la pureté, la couleur et la qualité de la taille. Finalement, je mets un signe de dollar sur ce que j'ai entre les mains. Ça atteint parfois des centaines de milliers de dollars. Un jour, j'ai évalué un diamant rose de 11 carats, gros comme l'ongle du pouce, qui valait plusieurs millions.

Trompe-l'œil : Les grossistes en diamants ne sont pas nécessairement des experts. Quand ils achètent leur lot dans les quelques centres de taille mondiaux, ils se font une idée de sa valeur. Si elle est inexacte, ils peuvent perdre de l'argent. Un de mes clients m'aurait presque tué la semaine dernière : je lui ai appris que sa pierre valait 3 300 $US de moins que ce qu'il pensait! Au détail, il perdait 10 000 $CAN.

Club sélect : Un évaluateur pourrait toujours accepter d'augmenter la valeur d'une pierre pour satisfaire un client. Mais si quelqu'un s'en rendait compte, il perdrait vite sa réputation. C'est un petit monde où l'information circule à une vitesse astronomique : 90 % de l'industrie du diamant est concentrée au square Phillips, au centre-ville de Montréal. Il faut dire que nous ne sommes pas tellement plus d'une douzaine.

Vie de moine : Si tu as mangé du gras la veille, ta vision n'est pas pareille. Même chose si tu as bu 12 cafés. Les différences de perception sont légères, sauf qu'elles peuvent faire une différence de prix majeure.

Ciel! mes bijoux : Vu la valeur des pierres que je manipule, je sais qu'un jour je vais me retrouver avec un fusil sur la tempe! Dans l'immeuble où je travaille, il y a des gens qui ont été deux fois victimes de vol. La première, par des gars déguisés en livreurs d'UPS, et la deuxième, par des gars déguisés en livreurs de FedEx!

Faussaires : Il y a deux ou trois ans, un groupe de fraudeurs a vendu de la moissanite, un diamant synthétique, à travers le Canada. Cinq de mes clients se sont fait prendre. Quand j'en ai eu une entre les mains, je me suis dit : «Cette pierre-là, elle «regarde drôle». Il y a trop de couleurs, c'est trop parfait.» Et des diamants parfaits, je n'en ai pas vu cinq dans ma vie.

Toc, toc, toc! : L'épouse et la maîtresse d'un même homme sont venues me voir un jour pour faire évaluer leurs bijoux ensemble : l'épouse recevait toujours du toc et la maîtresse, des vrais!

Butin de guerre : La loi ne définit pas encore ce qu'est un diamant Made in Canada. Est-ce un diamant venu de n'importe où, mais taillé au Canada? Un diamant extrait du sol canadien? Le diamant perd toujours son origine sur le marché international parce que seules ses qualités intrinsèques comptent. Mais les diamants financent des guerres, en Angola ou au Sierra Leone. Peut-être qu'il faudrait réviser nos positions et s'intéresser à la provenance des pierres...


 
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