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Super Bolles
par Catherine-Lune Grayson-C.

Lorsque l'américain Richard Nelson Bolles a perdu son emploi de pasteur en 1970, il n'a pas pour autant renoncé à prêcher. Afin de donner un coup de pouce à certains de ses collègues pasteurs, eux aussi victimes des compressions budgétaires, il a rédigé un guide sur le changement de carrière et la recherche d'emploi. Les 100 copies qu'il a imprimées ont rapidement trouvé preneur... Trente et un ans plus tard, What Color is Your Parachute? (De quelle couleur est votre avenir?), traduit en 10 langues, est toujours un best-seller : quelque six millions d'ouailles ont lu sa bonne parole.

Bien que Richard N. Bolles révise sa bible chaque année, son message est demeuré le même : oubliez l'envoi massif de CV. Déterminez plutôt ce que vous aimez faire et quelles sont vos compétences, employez-vous ensuite à trouver un endroit où les mettre en œuvre. Pour ce faire, appelez à la rescousse vos amis et votre famille, avec leur lot de contacts. N'hésitez surtout pas à prendre le taureau par les cornes : faites sonner le téléphone des employeurs qui vous intéressent, qu'ils recherchent ou non du personnel.


Vous dites que les méthodes de recherche d'emploi traditionnelles sont inefficaces. Pourquoi persistons-nous à les utiliser, si tel est le cas?

Parce que personne ne nous a enseigné une meilleure manière! Lorsque quelqu'un envoie 80 CV et qu'il ne reçoit aucune réponse, il se dit qu'il n'a pas dû en envoyer suffisamment. Il en envoie donc 300. Ça ne fonctionne pas? Allons-y pour 800. C'est de la folie! Si une méthode ne donne rien, il faut en trouver une autre. Mais les gens ne savent pas qu'il en existe d'autres. Ils croient que le seul moyen de se trouver un emploi, c'est d'envoyer des CV, de consulter les petites annonces des journaux et d'Internet ou de passer par une agence d'emploi. Pourtant, chercher par l'entremise de son entourage ou en frappant aux portes qui nous intéressent peut se révéler beaucoup plus efficace.

En 31 ans, depuis la première parution de votre guide, les stratégies des chercheurs d'emploi ont-elles tout de même évolué selon vous?

Malheureusement non. Les gens pensent qu'Internet a totalement bouleversé la recherche d'emploi. Ce n'est pas le cas : envoyer un CV par Internet, par fax ou par la poste, c'est du pareil au même!

La nature des emplois que nous obtenons aujourd'hui est-elle différente de ceux que nous occupions, il y a quelques décennies?

Certainement. J'identifie quatre changements importants. D'abord, l'emploi typique d'aujourd'hui est temporaire. Avant, les gens se disaient : «Si je fais bien mon travail, mon patron ne se départira jamais de mes services.» Ce n'est plus vrai : les employés des «pointcom» s'en rendent compte depuis l'an dernier, avec les licenciements massifs qu'a connus cette industrie.

La deuxième différence est que l'emploi est devenu essentiellement un séminaire. Ça ne sert plus à rien de penser à l'augmentation de salaire ou à la promotion que vous pourriez avoir l'an prochain, vous n'y serez peut-être même pas. Tout emploi doit donc être considéré comme une expérience marquante. Si on le voit comme un séminaire, on peut se dire : «J'ai suivi un cours de deux ans!»

Il faut aussi voir chaque emploi comme une aventure. Je dis toujours aux gens : «Si vous aimez les soap operas, éteignez votre télévision et allez travailler, vous y rencontrerez rumeurs, ambitions, revirements de situation dramatiques…»

Enfin, il faut absolument que la satisfaction provienne du travail lui-même. On ne peut plus compter sur de futures récompenses, parce qu'il n'y aura pas nécessairement de futur.

Dans ce contexte, avez-vous l'impression que les gens changent d'emploi de plus en plus souvent?

Absolument. Il y a dix ans, les changements d'emploi se produisaient assez fréquemment, mais maintenant, la roue tourne à une vitesse effrénée. Il y a des travailleurs qui quittent leur emploi tous les deux ans, ou encore plus souvent. Il y a dix ans, les gens qui butinaient d'un endroit à l'autre étaient perçus comme instables, irresponsables et déloyaux. Aujourd'hui, personne ne va froncer les sourcils pour ça.

Pourtant, on pourrait croire qu'un choix de carrière mûrement réfléchi et fait en fonction de ses compétences est bon pour la vie...

On pourrait comparer les compétences aux perles d'un collier : elles sont de tailles différentes et si elles sont agencées différemment, le collier peut paraître totalement neuf. Les perles sont toujours les mêmes, mais tout dépend de la configuration créée en les enfilant. C'est la même chose avec les compétences. Les gens gardent généralement les mêmes compétences tout au long de leur vie, mais celles qu'ils mettent de l'avant varient selon les périodes. Ça change complètement ce qu'ils rechercheront dans une nouvelle carrière.

C'est dire qu'avec les mêmes compétences, on peut faire des choix de carrière différents...

Absolument. Le test L'orientation par soi-même de John L. Holland le montre très bien. (NDLR : ce test est connu au Québec sous le nom de RIASEC. Le résultat du test est un code de trois lettres, placées en ordre d'importance, qui représentent des compétences. Par exemple, «ESC» pour «Entreprenant-Social-Conventionnel». À ce code correspondent des professions variées adaptées à la personnalité de chacun.)

Certains résultats peuvent paraître très douteux. Par exemple, j'ai déjà fait un atelier pour des bibliothécaires qui avaient perdu leur emploi et se demandaient ce qu'ils pourraient faire d'autre. J'ai vérifié les autres emplois qu'indiquait le code Holland pour les bibliothécaires, et la dernière suggestion était «politicien». J'étais incapable de voir un quelconque rapport entre un bibliothécaire et un politicien! Je l'ai donc rayé de ma liste. À la fin, la responsable de l'atelier est venue me voir pour me dire qu'elle était déçue par l'expérience, parce qu'un des emplois qu'elle aimerait vraiment exercer n'était même pas sur ma liste… c'était celui de politicienne!

Autrement dit, passer d'un poste de P.-D.G. dans une grosse compagnie à un poste de cordonnier peut paraître un geste radical. Ce que le test Holland montre, c'est que les eaux troubles peuvent dissimuler une grande rivière de constance.

Est-ce que certaines compétences sont particulièrement profitables pour un chercheur d'emploi?

Tout dépend de l'emploi recherché : il y a d'ailleurs un lien entre les compétences nécessaires pour exercer un travail et celles qui devront être utilisées pour l'obtenir. Par exemple, lorsqu'un spécialiste des technologies de l'information est en recherche d'emploi, sa stratégie doit prouver qu'il possède les aptitudes nécessaires : il devra entre autres trouver l'emploi sur Internet, parce que c'est souvent le seul endroit où le poste sera affiché. Dans ce cas-ci, la compétence gagnante est donc la maîtrise d'Internet.

Vous semblez dire que si quiconque fait le nécessaire pour trouver l'emploi de ses rêves, il y parviendra. N'est-ce pas plutôt le privilège des gens éduqués et bien entourés?

Non. Nous pouvons tous trouver l'emploi dont nous rêvons. Il y a des gens qui viennent de milieu très modeste et qui trouvent exactement chaussure à leur pied. Plusieurs parmi les gens très doués et bien placés ne savent pas du tout comment trouver l'emploi de leurs rêves. Ils s'imaginent parfois que tout leur est dû, que le monde devrait leur être servi sur un plateau d'argent. Or, pour obtenir l'emploi de ses rêves, il faut y consacrer beaucoup de temps et d'énergie.

Entre le livre que vous publiez aujourd'hui et celui que vous avez écrit il y a 31 ans, y a-t-il des différences importantes?

Si nous parlons de la structure de base de la recherche d'emploi, non. Les exercices à faire pour déterminer nos compétences, l'endroit où nous voulons les utiliser et comment obtenir un tel emploi n'ont pas changé durant ce temps. J'ai toujours dit qu'il fallait se trouver un emploi satisfaisant. Seulement, aujourd'hui, c'est encore plus important qu'avant, parce que c'est souvent la seule récompense que recevra
un travailleur!


Les cinq MEILLEURES façons de chercher un emploi

1- Identifiez vos compétences. Déterminez dans quel secteur vous désirez les utiliser. Choisissez les endroits où vous aimeriez travailler, qu'ils aient ou non des postes vacants. Faites des recherches approfondies sur ces organisations. Trouvez qui a le pouvoir de vous embaucher et montrez-lui que vous pouvez aider la compagnie.
Taux de réussite : 86 %.

2- Avec un groupe de chercheurs d'emploi, mettez la méthode du point 3 en œuvre.
Taux de réussite : 84 %.

3- Utilisez les Pages Jaunes pour identifier des domaines qui vous intéressent, près de chez vous. Appelez les employeurs inscrits dans les rubriques choisies pour savoir s'il y a des postes vacants qui correspondent à vos qualifications.
Taux de réussite : 69 %.

4- Frappez à la porte de tout employeur, de toute usine ou de tout bureau qui vous intéresse.
Taux de réussite : 47 %.

5- Posez la question suivante aux parents, amis, membres de la collectivité, personnel des centres de carrière: «Savez-vous s'il y a des emplois vacants chez votre employeur ou ailleurs?»
Taux de réussite : 33 %.

(Extraits du livre de Richard N. Bolles, De quelle couleur est votre avenir?, Éditions Reynald Goulet, 2001.)


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