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  Les programmes de covoiturage
Ça gaze!
par Nicolas Bérubé

Une affaire d'étudiants fauchés, le covoiturage? De plus en plus d'entreprises, dont Bombardier, Nortel et la Cité Multimédia de Montréal, pensent que non et réinventent la façon dont leurs employés se rendent au boulot.

Il y a peu de temps, les employés de Bombardier Aéronautique qui pratiquaient le covoiturage ne le criaient pas sur les toits : au mieux, on les croyait excentriques, au pire, franchement étranges.

Du covoiturage?!? Le stationnement de l'usine de Montréal est aussi grand qu'une piste de décollage (5 000 places), et tous les travailleurs devraient, en principe, avoir les moyens de se payer une voiture. Résultat : 93 % des employés de Bombardier se rendaient au travail seuls dans leurs véhicules.

Mais quelques vagues d'expansion de l'avionnerie plus tard, le terrain de stationnement débordait. Impossible de l'agrandir, faute d'espace. De plus, la voie d'accès qui mène à l'usine dessert également le siège social d'Air Canada. Les heures de pointe y étaient devenues infernales, provoquant retards et frustrations.

Bombardier n'avait plus le choix : il lui fallait trouver une solution à ses problèmes de circulation. «Le covoiturage était la bonne», explique Anne Rémillard, responsable du programme de covoiturage chez Bombardier Aéronautique.

En partenariat avec l'Agence métropolitaine de transport (AMT), qui élabore les plans de transport en commun dans la région de Montréal, Bombardier a mis sur pied en 1999 une campagne de promotion du covoiturage. Les travailleurs ont acheté : depuis novembre 1999, 1 418 participants répartis en 620 équipes de covoiturage se sont inscrits, soit 15 % des employés de l'usine. Ils sont deux par voiture, ou trois, et parfois plus : un des groupes compte sept voyageurs!


Sur la route

Sans même y avoir été encouragés par leur employeur, certaines personnes ont compris les avantages du covoiturage. Denis Patenaude, coordonnateur dans une compagnie financière située au centre-ville, est un pionnier de ce mode de transport. À bord d'un minibus de 15 places, il parcourt quotidiennement la route entre Saint-Timothé et Montréal depuis plus de 16 ans. Les passagers sauvent en moyenne 60 $ par mois par rapport au tarif du transport en commun. «J'ai eu l'idée, et le ministère des Transports m'a appuyé pour l'achat du minibus dans le cadre d'un des premiers programmes de covoiturage, au début des années 80. Certains de mes passagers voyagent avec moi depuis le début. Des nouveaux se joignent à nous, tannés des bouchons de circulation, qu'on évite grâce aux voies réservées sur les autoroutes pour les véhicules avec deux passagers et plus.»

Guylaine Saint-Pierre, une enseignante de Montréal, «covoiture» trois jours par semaine avec une collègue de travail. «Je dépense deux fois moins pour l'essence! En plus, le temps passe plus vite à deux quand on est pris dans le trafic. On parle de tout et de rien, on discute des potins au travail... Je pense que c'est important de faire du covoiturage avec quelqu'un avec qui on est à l'aise. Sinon, on doit trouver le temps long.» Et les désavantages? «Lorsque je finis ma journée de travail plus tôt, je dois attendre ma passagère. Mais ça fait partie du contrat.»

Pédale douce

Jadis marginal, le covoiturage connaît aujourd'hui un essor populaire. Et populaire, il devra le devenir encore davantage : à Montréal, notamment, les routes n'ont jamais été aussi engorgées. Selon le ministère des Transports, on compte pas moins de 1,5 million d'automobiles dans la région métropolitaine. À cause de l'expansion démographique des banlieues, d'ici 2010, 250 000 voitures de plus s'ajouteront aux embouteillages.

Mais il y a de l'espoir. Les projets de covoiturage, comme ceux mis en place chez Bombardier, s'accumulent sur la table de l'AMT. «En tout, 32 entreprises d'importance travaillent avec nous afin d'implanter des systèmes de covoiturage», explique Luc Couillard, chargé des Programmes-employeurs à l'AMT. Postes Canada, Nortel et la Cité Multimédia de Montréal s'y sont déjà convertis. L'an dernier, le covoiturage a permis de retirer 1 300 automobiles des routes de Montréal, et l'AMT prévoit que 4 000 autres le seront cette année. L'objectif à long terme est d'en retirer 32 000 d'ici une dizaine d'années.

En participant au programme de covoiturage de l'AMT, les entreprises bénéficient du soutien de l'organisme pour développer une campagne de communication destinée à faire connaître le programme aux employés. Elles ont aussi accès à un logiciel qui permet de jumeler les travailleurs en fonction de leur code postal et de leur horaire. L'information est ensuite communiquée aux employés qui en font la demande. «Les gens sont curieux de rencontrer les employés qui demeurent dans le même quartier qu'eux, dit Anne Rémillard, de Bombardier. Une fois le contact établi, les équipes se forment d'elles-mêmes, et le covoiturage peut commencer.»

L'AMT aide enfin les entreprises à mettre en place des mesures incitatives permettant de vaincre certaines réticences quant au covoiturage. «L'idée, explique Luc Couillard, c'est d'être proactifs. Il ne faut pas attendre que les gens s'inscrivent sur un babillard. Il faut garder l'engouement pour que le système se développe.»

Bombardier a ainsi réservé les meilleures places de stationnement (les plus près de l'entrée) aux voitures munies d'une vignette de covoiturage. L'été, ça ne change pas grand-chose, mais l'hiver... De plus, l'employeur donne chaque année à ceux qui font du covoiturage quatre bons échangeables contre des trajets en taxi. «Plusieurs personnes tenaient à venir avec leur auto pour pouvoir retourner facilement à la maison en cas d'urgence, poursuit Anne Rémillard. Avec les bons, on élimine ce problème.»

Un système avantageux

Moins de stress, économie sur l'achat d'une deuxième voiture, économie sur l'essence : les avantages du covoiturage sont nombreux.

Par exemple, un automobiliste qui dépense 30 $ par semaine en essence épargne 750 $ annuellement s'il fait du covoiturage avec une autre personne, et 1 000 $ avec deux.

Sur le plan environnemental, c'est presque le pactole : selon les données de l'AMT, si vous conduisez une berline standard et que vous habitez à 15 kilomètres de votre lieu de travail, votre voiture rejette 1 686 kilos de CO2 par année dans l'atmosphère. En pratiquant le covoiturage à trois (donc en éliminant deux voitures de la route), le bilan pollution de chacun des passagers tombe à 562 kilos par année.

Malgré son regain de popularité, le covoiturage souffre toujours d'un problème d'image. Avoir sa propre voiture est synonyme de liberté et, pour certains, le covoiturage semble compliqué, voire irréalisable. «Le gros obstacle, c'est de changer les mentalités, explique Anne Rémillard. Pour bien des gens, le covoiturage, c'est pour les étudiants fauchés, pas pour les professionnels qui font de bons salaires.»

Les hausses récentes du prix de l'essence pourraient les aider à changer d'idée...

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