Ça vous est arrivé, et ça vous arrivera encore
: les patrons sont insatiables au sujet de l'expérience. Il vous
en faut toujours plus. Pas de panique! L'expérience, ça
ne s'acquiert pas seulement en milieu de travail.
«Trois à cinq ans d'expérience», «au moins deux ans d'expérience dans le domaine» : les offres d'emploi dans les quotidiens
regorgent de postes «interdits» aux débutants. Désespérant?
Rassurez-vous! L'avenir n'est pas complètement bouché pour les «sans
expérience».
«Le concept d'expérience n'est pas si clair qu'il n'y paraît,
fait valoir Guy Perreault, conseiller d'orientation chez Codem, un organisme
communautaire montréalais qui aide les 16-35 ans à développer leur employabilité.
Il y a des gens qui ont le même emploi depuis 5 ou 10 ans et qui ne sont
pas meilleurs qu'après les six premiers mois. Donc, ce n'est pas seulement
le temps qui est important dans l'expérience, mais ce qu'on a appris et
retenu là-dedans. C'est ce qu'il faut faire valoir en entrevue.»
Le fardeau
de la preuve
Que cherchent les employeurs lorsqu'ils exigent «de l'expérience»?
«L'employeur veut simplement investir dans un candidat de qualité,
explique Florent Francur, président-directeur général de l'Ordre
des conseillers en ressources humaines et en relations industrielles agréés
du Québec (ORHRI). Si un autre employeur vous a gardé pendant deux ans,
poursuit-il, il sait que vous êtes bon. Sinon, c'est à vous de lui prouver
que vous avez acquis l'expérience nécessaire à l'emploi ailleurs que dans
une entreprise.» Et cette tâche débute par le CV et la lettre de
présentation.
Pour un recruteur, TOUT compte, affirme Florent Francur: votre implication
parascolaire, vos emplois d'été, vos intérêts, votre personnalité, votre
maturité. «En général, il veut savoir si vous êtes capable de travailler
en équipe, de faire preuve de leadership et de débrouillardise. Vous devez
pouvoir lui répondre, par exemple : «Oui, j'ai organisé tel événement;
le président d'honneur était un tel. Appelez-le, il va vous parler de
moi!»»
Une bonne stratégie de recherche d'emploi, ça commence donc avant la
fin des études et en dehors du boulot. En plus de s'engager dans toutes
sortes d'activités et de soigner ses références, les étudiants et les
jeunes travailleurs ont intérêt à se présenter à des conférences et assemblées
professionnelles. «Cela démontre votre intérêt et les gens du milieu
mettent un visage sur votre nom», note Florent Francur.
En mettant ainsi la somme de vos expériences - professionnelles ou non
- en valeur, vous réussirez probablement à décrocher une entrevue. Guy
Perreault insiste sur l'importance de savoir vanter sa formation une fois
assis devant le recruteur. «Résumer un an ou deux de formation en
cinq minutes, ce n'est pas facile. C'est pour ça que la préparation à
l'entrevue est primordiale.»
Audace et réalisme
Mathieu Lavoie, 25 ans, venait tout juste de terminer son bac en architecture
lorsqu'il a vu une annonce sur le site Jobboom, en février dernier. «Un
bureau d'architectes cherchait un candidat ayant trois à cinq ans d'expérience.
J'ai posé ma candidature, même si je n'avais travaillé que quelques mois
à ce moment-là. À tout hasard...» Trois jours plus tard, l'employeur
l'appelait pour une entrevue, mais pour un autre poste, non affiché. «Et
j'ai eu le job!»
Avoir l'audace de poser sa candidature malgré son manque d'expérience,
ça peut être payant. Mais attention, il faut être réaliste. Carol Brouillet,
coordonnatrice du recrutement universitaire et professionnel chez Alcan
(où l'on compte embaucher entre 80 et 90 employés permanents cette année),
dit respecter scrupuleusement ses critères d'embauche. «Quand on
demande quelqu'un ayant trois à cinq ans d'expérience, il peut arriver
qu'on descende à deux ans et demi si on éprouve de la difficulté à trouver
le candidat idéal, mais pas moins.» Toutefois, elle encourage les
jeunes diplômés à envoyer leur CV. «Ils seront considérés pour des
postes où l'on est moins exigeant.»
Avant d'envoyer son CV pour un poste «d'expérience», Florent
Francur conseille de vérifier la description de tâche, puis d'évaluer
la capacité de rémunérer de l'employeur: «S'il offre un salaire
plus élevé que la moyenne du marché, ça ne donne rien d'appliquer. S'il
paye moins, il aura du mal à trouver des candidats ; vous avez donc des
chances!»
L'offre et la demande
Le président de l'ORHRI assure que bon nombre d'entreprises embauchent
de «bons» candidats sans expérience, là où le taux de placement
des diplômés frise 100 %, comme en ressources humaines, en administration
ou en informatique. «Dans des secteurs où il y a beaucoup de candidats
et peu d'emplois, c'est plus difficile», admet-il en évoquant la
galère des diplômés en histoire. «C'est une question d'offre et
de demande.»
Selon Guy Perreault, les secteurs techniques (électricité, électronique,
mécanique) sont particulièrement exigeants sur le plan de l'expérience.
«En industrie, on a peu de temps pour former les nouveaux employés»,
dit-il. D'autres facteurs peuvent rendre les employeurs plus ou moins
pointilleux. Les départs à la retraite massifs chez les infirmières, par
exemple, ont eu l'effet inverse. «Il y a 10 ou 15 ans, on exigeait
mer et monde des candidates. Aujourd'hui, on court après elles!»
Mais plus encore que les secteurs d'activité, ce sont les cycles économiques
qui déterminent les exigences des employeurs, soutient Guy Perreault.
«Lorsque le taux de chômage est haut, ils peuvent demander trois
années d'expérience et une maîtrise pour embaucher un laveur de plancher.
Et ils vont trouver leur homme!»
Que répondre à l'employeur qui souligne
votre manque d'expérience?
> Vous avez de l'expérience : celle que vous avez acquise en dehors
du marché du travail, dans le cadre d'activités parascolaires, d'emplois
d'été, de petits contrats bénévoles et de loisirs.
> Vous possédez les connaissances (techniques, intellectuelles) qu'exige
le poste. Prouvez-lui que vous avez assimilé ce que vous avez appris à
l'école en lui faisant le résumé clair et précis d'une partie de votre
formation.
> Vous avez de l'ambition et de l'énergie à revendre.
> Vous apprenez rapidement, vous êtes débrouillard, motivé, responsable
et efficace. Démontrez-le lui par des exemples concrets, en lui décrivant
de quelle manière vous avez réussi à mener un projet à terme, à diriger
une équipe, etc.
> Ce métier, c'est votre passion. La preuve : vous assistez à des
conférences, vous êtes abonné à des revues spécialisées, vous avez siégé
à des comités.
> Des professeurs, superviseurs d'activités parascolaires, superviseurs
de stages ou ex-employeurs sont prêts à vous recommander. Qu'il les contacte!