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  Contourner le manque d'expérience professionnelle
Qui n'ose rien...
par Sophie Doucet

Ça vous est arrivé, et ça vous arrivera encore : les patrons sont insatiables au sujet de l'expérience. Il vous en faut toujours plus. Pas de panique! L'expérience, ça ne s'acquiert pas seulement en milieu de travail.

«Trois à cinq ans d'expérience», «au moins deux ans d'expérience dans le domaine» : les offres d'emploi dans les quotidiens regorgent de postes «interdits» aux débutants. Désespérant? Rassurez-vous! L'avenir n'est pas complètement bouché pour les «sans expérience».

«Le concept d'expérience n'est pas si clair qu'il n'y paraît, fait valoir Guy Perreault, conseiller d'orientation chez Codem, un organisme communautaire montréalais qui aide les 16-35 ans à développer leur employabilité. Il y a des gens qui ont le même emploi depuis 5 ou 10 ans et qui ne sont pas meilleurs qu'après les six premiers mois. Donc, ce n'est pas seulement le temps qui est important dans l'expérience, mais ce qu'on a appris et retenu là-dedans. C'est ce qu'il faut faire valoir en entrevue.»


Le fardeau de la preuve

Que cherchent les employeurs lorsqu'ils exigent «de l'expérience»? «L'employeur veut simplement investir dans un candidat de qualité, explique Florent Francœur, président-directeur général de l'Ordre des conseillers en ressources humaines et en relations industrielles agréés du Québec (ORHRI). Si un autre employeur vous a gardé pendant deux ans, poursuit-il, il sait que vous êtes bon. Sinon, c'est à vous de lui prouver que vous avez acquis l'expérience nécessaire à l'emploi ailleurs que dans une entreprise.» Et cette tâche débute par le CV et la lettre de présentation.

Pour un recruteur, TOUT compte, affirme Florent Francœur: votre implication parascolaire, vos emplois d'été, vos intérêts, votre personnalité, votre maturité. «En général, il veut savoir si vous êtes capable de travailler en équipe, de faire preuve de leadership et de débrouillardise. Vous devez pouvoir lui répondre, par exemple : «Oui, j'ai organisé tel événement; le président d'honneur était un tel. Appelez-le, il va vous parler de moi!»»

Une bonne stratégie de recherche d'emploi, ça commence donc avant la fin des études et en dehors du boulot. En plus de s'engager dans toutes sortes d'activités et de soigner ses références, les étudiants et les jeunes travailleurs ont intérêt à se présenter à des conférences et assemblées professionnelles. «Cela démontre votre intérêt et les gens du milieu mettent un visage sur votre nom», note Florent Francœur.

En mettant ainsi la somme de vos expériences - professionnelles ou non - en valeur, vous réussirez probablement à décrocher une entrevue. Guy Perreault insiste sur l'importance de savoir vanter sa formation une fois assis devant le recruteur. «Résumer un an ou deux de formation en cinq minutes, ce n'est pas facile. C'est pour ça que la préparation à l'entrevue est primordiale.»

Audace et réalisme

Mathieu Lavoie, 25 ans, venait tout juste de terminer son bac en architecture lorsqu'il a vu une annonce sur le site Jobboom, en février dernier. «Un bureau d'architectes cherchait un candidat ayant trois à cinq ans d'expérience. J'ai posé ma candidature, même si je n'avais travaillé que quelques mois à ce moment-là. À tout hasard...» Trois jours plus tard, l'employeur l'appelait pour une entrevue, mais pour un autre poste, non affiché. «Et j'ai eu le job!»

Avoir l'audace de poser sa candidature malgré son manque d'expérience, ça peut être payant. Mais attention, il faut être réaliste. Carol Brouillet, coordonnatrice du recrutement universitaire et professionnel chez Alcan (où l'on compte embaucher entre 80 et 90 employés permanents cette année), dit respecter scrupuleusement ses critères d'embauche. «Quand on demande quelqu'un ayant trois à cinq ans d'expérience, il peut arriver qu'on descende à deux ans et demi si on éprouve de la difficulté à trouver le candidat idéal, mais pas moins.» Toutefois, elle encourage les jeunes diplômés à envoyer leur CV. «Ils seront considérés pour des postes où l'on est moins exigeant.»

Avant d'envoyer son CV pour un poste «d'expérience», Florent Francœur conseille de vérifier la description de tâche, puis d'évaluer la capacité de rémunérer de l'employeur: «S'il offre un salaire plus élevé que la moyenne du marché, ça ne donne rien d'appliquer. S'il paye moins, il aura du mal à trouver des candidats ; vous avez donc des chances!»

L'offre et la demande

Le président de l'ORHRI assure que bon nombre d'entreprises embauchent de «bons» candidats sans expérience, là où le taux de placement des diplômés frise 100 %, comme en ressources humaines, en administration ou en informatique. «Dans des secteurs où il y a beaucoup de candidats et peu d'emplois, c'est plus difficile», admet-il en évoquant la galère des diplômés en histoire. «C'est une question d'offre et de demande.»

Selon Guy Perreault, les secteurs techniques (électricité, électronique, mécanique) sont particulièrement exigeants sur le plan de l'expérience. «En industrie, on a peu de temps pour former les nouveaux employés», dit-il. D'autres facteurs peuvent rendre les employeurs plus ou moins pointilleux. Les départs à la retraite massifs chez les infirmières, par exemple, ont eu l'effet inverse. «Il y a 10 ou 15 ans, on exigeait mer et monde des candidates. Aujourd'hui, on court après elles!»

Mais plus encore que les secteurs d'activité, ce sont les cycles économiques qui déterminent les exigences des employeurs, soutient Guy Perreault. «Lorsque le taux de chômage est haut, ils peuvent demander trois années d'expérience et une maîtrise pour embaucher un laveur de plancher. Et ils vont trouver leur homme!»

Que répondre à l'employeur qui souligne votre manque d'expérience?

> Vous avez de l'expérience : celle que vous avez acquise en dehors du marché du travail, dans le cadre d'activités parascolaires, d'emplois d'été, de petits contrats bénévoles et de loisirs.

> Vous possédez les connaissances (techniques, intellectuelles) qu'exige le poste. Prouvez-lui que vous avez assimilé ce que vous avez appris à l'école en lui faisant le résumé clair et précis d'une partie de votre formation.

> Vous avez de l'ambition et de l'énergie à revendre.

> Vous apprenez rapidement, vous êtes débrouillard, motivé, responsable et efficace. Démontrez-le lui par des exemples concrets, en lui décrivant de quelle manière vous avez réussi à mener un projet à terme, à diriger une équipe, etc.

> Ce métier, c'est votre passion. La preuve : vous assistez à des conférences, vous êtes abonné à des revues spécialisées, vous avez siégé à des comités.

> Des professeurs, superviseurs d'activités parascolaires, superviseurs de stages ou ex-employeurs sont prêts à vous recommander. Qu'il les contacte!

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