Exportations, nouvelle économie, investissements d'envergure, l'Estrie
vit à l'heure du plein emploi... ou presque. Une douce vengeance pour les
Cantons, dont la dure décennie 90 a bien failli avoir raison.
Il n'y a pas si longtemps, l'Estrie rivalisait avec la Mauricie et le
Saguenay sur le plan des mauvaises nouvelles économiques. Sherbrooke,
sa métropole et capitale, figurait régulièrement au palmarès canadien
du chômage.
Mais depuis la fin des années 90, la région a effectué un virage à 180
degrés. Résultat : les usines de textile, jadis considérées comme les
plus importants employeurs, partagent dorénavant leur bassin de main-d'ouvre
avec les entreprises de biotechnologie, de caoutchouc et de plastique
qui ont récemment pris racine sur le territoire.
Un revirement de situation inspiré par le réflexe de survie des gens
de la région, croit Jean-Louis Blanchette, agent de développement économique
au Conseil régional de développement (CRD) de l'Estrie. «La décennie
90 a été très difficile pour la région. Le fait que notre économie soit
concentrée dans des secteurs plus traditionnels, comme le textile et le
meuble, nous a rendus particulièrement fragiles lors de la dernière récession.
Il était impensable de continuer de cette manière.»
Fortement ébranlée, la région mise sur la concertation pour s'en sortir.
«Tous les milieux ruraux se sont concertés pour mettre en place
des conditions favorables à l'implantation de nouvelles entreprises»,
raconte Majorie Tyroler, également agente de développement au CRD de la
région. Ces conditions ont pris des visages différents d'une MRC à l'autre.
Par exemple, la MRC de Coaticook a pu compter sur un fonds de création
d'emplois et sur une réduction des taxes d'affaires. «La proximité
des frontières américaines et la faiblesse du dollar canadien ont fait
le reste.»
Dégringolade du
chômage
De l'ouverture de nouvelles entreprises de fabrication de caoutchouc
à l'implantation de quelques centres d'appels, plus de 7 000 emplois
ont été créés en 1999 seulement. En 2000, l'Estrie comptait 137 300
emplois : un record.
Dans les MRC du Granit et de Coaticook, entre autres, les retombées découlant
de l'ouverture de l'usine Magnola, de la société Noranda, et le développement
exponentiel de l'industrie du transport, dont l'usine de Bombardier est
le principal moteur, sont telles que les intervenants locaux parlent même
de plein emploi.
Un véritable bienfait pour le territoire, qui a vu depuis son taux de
chômage fondre comme neige au soleil, soutient Danielle Pineault, économiste
pour le Centre de ressources humaines Canada des Cantons-de-l'Est. «Après
avoir connu un taux de chômage de 13,1 % au début des années 90,
la région terminait l'année 2000 avec un mince 7,8 % de chômage,
en dessous de la moyenne québécoise, estimée pour la même période à 8,4 %.»
Savoir et nouvelles technologies
Favorisée par la présence des universités Bishop et de Sherbrooke ainsi
que d'un Centre hospitalier universitaire sur son territoire, la région
s'ouvre aussi à l'économie du savoir. «La main-d'ouvre est disponible
et les équipements spécialisés, facilement accessibles», explique
Mario Deslongchamps, directeur de BioMed Développement et promoteur chargé
du développement des biotechnologies dans la région.
Aujourd'hui, environ 700 personnes travaillent pour l'une ou l'autre
des entreprises sises dans le Parc biomédical de Sherbrooke. De plus,
cinq compagnies se sont déjà installées dans l'incubateur d'entreprises
du parc et trois autres devraient démarrer leurs activités sous peu. Celles-ci
travaillent notamment au développement de nouveaux médicaments ou à leur
évaluation avant leur entrée sur le marché.
Même chose du côté des nouvelles technologies, confirme Danielle Pineault,
selon qui «l'introduction d'un Centre des technologies de l'information
à Sherbrooke a permis l'émergence de quelques petites entreprises de production
multimédia et de logiciels».
Cependant, la région connaît des difficultés à conserver sa main-d'ouvre
dans le domaine. «Ce n'est pas seulement une question de salaire,
note Roger Tremblay, directeur Planification et Partenariat au bureau
régional d'Emploi-Québec. Les salaires sont moins élevés qu'à Montréal,
mais le coût de la vie aussi. C'est surtout que l'industrie des technologies
de l'information n'offre pas encore de masse critique suffisante. Pour
l'instant, nos diplômés préfèrent partir pour Montréal ou Québec, où le
nombre d'entreprises et de travailleurs dans ce domaine permet une émulation
qu'ils ne rencontrent pas toujours ici.»
Une ombre au tableau
Le seul élément qui pourrait freiner la croissance de l'Estrie risque
d'être le manque de main-d'ouvre. Beau paradoxe. «Dans plusieurs
MRC, les employeurs courent après la main-d'ouvre spécialisée, dit Danielle
Pineault. Il est devenu de plus en plus difficile de recruter localement.
Si rien n'est fait bientôt, le problème risque de ralentir l'activité
économique.»
Un problème que la directrice du Carrefour jeunesse-emploi de Sherbrooke,
Manon Roberge, reconnaît. «Les employeurs du secteur manufacturier
ont déjà diminué leurs exigences d'emploi pour aller chercher le plus
de monde possible mais, même en demandant un diplôme de cinquième secondaire
plutôt qu'un DEC, c'est encore insuffisant.»
Une autre manière de dire que l'Estrie pourrait bien devenir une terre
fort accueillante pour la main-d'ouvre des autres régions du Québec. C'est
ce que soutient Jean-Louis Blanchette, selon qui les besoins de main-d'ouvre
ne devraient pas diminuer d'ici tôt : «La diversification des dernières
années a permis d'équilibrer les choses et de nous rendre beaucoup moins
fragiles. On devrait donc continuer de progresser, récession américaine
ou non.»
Plus de 200 ans après l'arrivée dans la région des loyalistes fuyant
la Révolution américaine, une nouvelle vague d'immigration guette peut-être
les Cantons!
[Méli-mélo]
Doit-on dire «Estrie» ou «Cantons-de-l'Est»?
Cela dépend! Pour désigner la région administrative, il faut utiliser
«Estrie», mais si on fait référence à la région touristique,
on doit parler des «Cantons-de-l'Est». C'est en partie à Mgr
Maurice O'Bready, évêque de Sherbrooke, que l'on doit la confusion. En
effet, c'est lui qui choisira en 1946 l'appellation «Estrie»
pour définir ce qu'on appelait depuis 200 ans les Eastern Townships. Une
proposition officialisée en 1966, puis contestée par l'Association touristique
régionale qui, en 1996, revenait au nom d'origine de «Cantons-de-l'Est».
De plus, les frontières ne sont pas les mêmes, selon que l'on parle de
la région administrative ou touristique. Résultat : les gens de Granby
vivent en Montérégie, mais accueillent les touristes dans les Cantons-de-l'Est!
Comprenne qui pourra.
Travailler... et VIVRE en Estrie
SIGNES VITAUX
Population : 288 599 résidants, la moitié habitant la région
métropolitaine de Sherbrooke.
(Statistique Canada, 2001)
Revenu per capita (2000) : 23 336 $ (24 910 $ pour l'ensemble
du Québec).
(Institut de la statistique du Québec, 2001)
Taux de chômage : 7,9 % (8,7 % pour l'ensemble du Québec).
(Statistique Canada, avril 2001, données non désaisonnalisées)
Maisons et logements : 91 300 $ en moyenne pour une
maison unifamiliale dans la grande région métropolitaine de Sherbrooke
et 93 500 $ à Magog; 437 $ pour un logement de quatre pièces
à Sherbrooke et 422 $ à Magog.
(Société canadienne d'hypothèque et de logement, 2000)
SPORT ET PLEIN AIR
Nature : Le Parc du Mont-Mégantic pour son ASTROLab, le parc du
Mont-Orford pour la promenade, le camping et la baignade.
Activités estivales : La région est traversée par plus de 260
kilomètres de pistes cyclables, dont La Montagnarde. Les amateurs de randonnée
pédestre y trouveront aussi de nombreux sentiers, dont Les Sentiers de
l'Estrie, longs de 160 km.
Activités hivernales : Ski alpin au mont Orford, au mont Sutton
et au mont Glen, ski de fond au mont Orford, au Parc du Mont-Mégantic
et à Sutton-en-Haut.
SORTIES
Restos : À Sherbrooke, sur la rue King et aux environs : Le Petit
Parisien, Le Cartier, le Général Tao et La Devinière. À Magog, aux environs
de la rue Principale : L'Auberge sur le lac et La Grosse Pomme.
Bars : C'est à Sherbrooke, encore une fois sur la rue King, que
ça se passe : au Scratch Billard, au Boston Bar et au Liverpool. Également,
le Liquor Store à Magog.
CULTURE
Musées : Musée minéralogique et d'histoire minière à Asbestos,
Musée du Séminaire de Sherbrooke, Musée des beaux-arts de Sherbrooke,
Musée J.-Armand Bombardier à Valcourt.
Fêtes populaires : Le Festival Orford (musique classique; tout
l'été), le Festival d'astronomie populaire du Mont-Mégantic (en juin),
Musique en vue (en juillet), la Traversée internationale du lac Memphrémagog
(en juillet), les Fêtes des vendanges Magog-Orford (en septembre), le
Grand Prix de motoneige de Valcourt (en février).
Journaux : Deux quotidiens : La Tribune, qui couvre l'ensemble
du territoire, et La Voix de l'Est, qui couvre notamment les villes de
Sutton, Cowansville et Waterloo. On y retrouve aussi plusieurs hebdos
régionaux.
Maisons d'enseignement : Bishop's University, Université de Sherbrooke
et quatre cégeps.
[Zoom sur l'emploi]
avec Roger Tremblay, directeur Planification et Partenariat, Emploi-Québec
Estrie
Tendances du marché de l'emploi
> «Depuis les derniers mois, nous notons un certain essoufflement
du marché de l'emploi en Estrie. C'est loin d'être la récession, mais
la croissance est moins marquée qu'au cours des deux dernières années.
Huit mille postes ont tout de même été créés entre mai 2000 et mai 2001,
mais nous notons une baisse du travail à temps plein, alors que l'emploi
à temps partiel progresse. Il n'y a qu'à Sherbrooke que la grande majorité
des emplois créés sont à temps plein et que le nombre d'emplois à temps
partiel régresse.
> «Nous avons reçu à Emploi-Québec plus de 14 000 offres de postes
à pourvoir au cours de la dernière année. C'est trois fois plus qu'en
1997-1998. C'est le signe que le marché de l'emploi dans la région a fait
de grands pas ces dernières années.
> «Le projet Priorité Emploi, organisé depuis quatre ans par Emploi-Québec,
Développement des ressources humaines Canada et le quotidien La Tribune,
a contribué à faire connaître nos services.» Ce projet consiste
en un Salon régional de l'emploi, qui a permis, en avril 2001, de pourvoir
à 364 postes offerts chez les employeurs. De plus, plusieurs centaines
de candidats étaient en processus d'embauche à la suite du Salon. La diffusion
d'un répertoire d'offres d'emploi dans le quotidien La Tribune a aussi
permis de pourvoir à 268 des 540 offres publiées, créant au total 812
emplois.
Développement de la main-d'ouvre
> «Nous avons mis en place cette année un nouveau comité d'adaptation
de la main-d'ouvre à Magog. D'autres existaient déjà à Lac-Mégantic, à
Coaticook et à East Angus notamment. Ces comités permettent de répondre
aux besoins de main-d'ouvre spécialisée, soit en recrutant des travailleurs
à l'extérieur de la région, soit en formant ceux déjà sur place.»