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  L'emploi dans la région du Bas-Saint-Laurent
Comptes du Bas-du-Fleuve
par Marc-André Côté

Le Bas-Saint-Laurent présente deux visages : l'un, très dynamique, celui des secteurs des télécommunications et du bioalimentaire; l'autre, moins rigolo, celui de l'exode des jeunes et d'une industrie forestière en difficulté. Portrait d'une région à cheval entre deux siècles.

Quand le géant Telus a annoncé l'an dernier aux grands de la finance son intention d'acheter QuébecTel, tout Rimouski a retenu son souffle. Et pour cause, QuébecTel étant le moteur économique de la ville avec plus de 1 750 employés.Les craintes se sont rapidement estompées. Le nouveau propriétaire a garanti le maintien du siège social à Rimouski, où il est présent depuis 1927. Il a même promis de grandes destinées pour QuébecTel (devenue Telus Québec). «On va faire de QuébecTel un formidable concurrent de Bell Canada», annonçait en avril 2000 Brian Canfield, le chef de la direction de Telus.

La guerre des marchés entre les grands des télécommunications passe désormais par le Bas-Saint-Laurent! «La présence de QuébecTel agit comme une locomotive pour les technologies de l'information dans la région», affirme Carole Côté, du ministère de l'Industrie et du Commerce (MIC).

Dans le Bas-Saint-Laurent, le secteur des nouvelles technologies de l'information compte déjà 80 entreprises, dont Programmation Gagnon et Géodata, deux étoiles montantes dans leurs spécialités. L'agrandissement du Carrefour de la nouvelle économie (CNE) de Rimouski devrait générer 400 emplois d'ici à trois ans.

C'est surtout Rimouski qui profite de la manne technologique. Ailleurs dans la région, à Matane et à Rivière-du-Loup, les CNE sont inoccupés. Matane pourrait cependant bientôt émerger comme la prochaine technopole régionale : le Cégep de Matane offrira cet automne un programme d'études collégiales en intégration multimédia, selon la formule d'alternance travail-études.


La mer, les touristes, la métallurgie et les produits bio

La foresterie, l'industrie traditionnelle de la région, est en difficulté. La crise causée par le conflit sur le bois d'œuvre entre le Canada et les États-Unis prive les producteurs d'une partie de leur marché. La diminution des quotas de coupe en forêt n'aide en rien.

Ainsi, le taux de chômage dans l'ensemble de la région a fait un bond de trois points au premier trimestre de 2001, passant à 14,2 %. C'est deux fois la moyenne nationale. «Il faut rapidement diversifier l'économie, sinon la région va payer un prix très élevé", croit Gilles Gagnon, agent de développement au Conseil régional de concertation et de développement du Bas-Saint-Laurent.

Le gouvernement du Québec a promis l'injection de 73 millions de dollars sur cinq ans pour la mise en valeur, l'aménagement, la recherche et le développement dans l'industrie forestière régionale. On ne veut plus seulement couper les arbres, mais aussi les transformer, en favorisant la création d'entreprises dans l'industrie du meuble notamment.

Les activités du domaine maritime - enseignement, recherche, transport, loisir - sont à l'honneur au Bas-Saint-Laurent. La présence de plusieurs institutions et centres de recherche en sciences de la mer, tels le département d'océanographie de l'UQAR, l'Institut Maurice-Lamontagne (un centre de recherche de Pêches et Océans Canada), l'Institut maritime du Québec et la création toute récente de l'Institut des sciences de la mer (ISMER) de l'UQAR annoncent l'émergence d'une véritable technopole maritime.

La région affiche aussi un fort dynamisme du côté de la métallurgie. Des entreprises majeures dans les secteurs de l'équipement de transport - transport en commun, construction navale - et de la fabrication de produits métalliques et de machinerie procurent plus de 3 000 emplois manufacturiers.

Un peu grâce à la télésérie Bouscotte, beaucoup grâce à la concertation régionale, le tourisme dans le Bas-du-Fleuve connaît pour sa part un essor intéressant. Depuis 15 ans, l'association touristique régionale a noté que le nombre de nuitées dans les hôtels et auberges a presque doublé, passant d'une moyenne de 1,7 nuit à 3. Le tourisme, dans cet avant-poste de la Gaspésie, représente des revenus de 100 millions de dollars et emploie plus de 6 000 personnes.

«Nous tentons d'allonger la saison au-delà de la fête du Travail en attirant des touristes européens, indique Claude Saindon, directeur régional d'Emploi-Québec. L'objectif est de maintenir les travailleurs saisonniers le plus longtemps possible en emploi. Cette mesure n'est pas suffisante, mais à force de petites mesures, on pourra y arriver.»

Avec quelque 1 600 emplois, l'industrie bioalimentaire, quatrième secteur industriel de la région, n'est pas en reste. Le potentiel pour la culture biologique, la disponibilité des sols et les grandes productions ont favorisé la création d'emplois dans ce secteur ces dernières années. La région dispose de cinq institutions d'enseignement et de recherche spécialisées, dont l'Institut de technologie agroalimentaire et le Centre d'agriculture biologique. «Nous sommes premiers pour le nombre de producteurs biologiques certifiés au Québec, un secteur qui connaît une croissance de 20 à 30 % par année», remarque Kathleen Aubry, coordonnatrice de la Table de concertation agroalimentaire du Bas-Saint-Laurent.

Exode des jeunes et ruralité

Entre 1993 et 1998, le Bas-Saint-Laurent a perdu plus de 2 400 jeunes, selon une étude de l'économiste Gérald Dubé, Migration de la population au Bas-Saint-Laurent de 1993 à 1998. Chaque semaine, la région perd pour de bon une vingtaine de jeunes âgés de 18 à 24 ans.

À moyen terme, on craint un trou dans la pyramide des âges. Une faiblesse dans le groupe d'âge des 30 à 44 ans dans quelques années provoquerait un manque de main-d'ouvre spécialisée. «Certaines entreprises éprouvent des difficultés à recruter, comme celles du secteur de la santé et des technologies de pointe», précise Gérald Dubé.

«La grande ville est très attrayante, et on peut rarement offrir les mêmes conditions que les employeurs des grands centres. Ça freine le développement de nos entreprises», souligne Marie-Josée Huot, directrice générale du Centre local de développement de Rivière-du-Loup.

Il existe quelques initiatives qui visent à contrer le phénomène, mais elles n'ont pas encore donné de grands résultats. Le programme Place aux jeunes, mis sur pied en 1990, s'adresse aux 16 à 35 ans désireux de venir - ou revenir - s'installer dans la région. Il prévoit des visites d'industries et d'organismes d'aide au développement économique ou au démarrage d'entreprises.

«Il faut faire connaître nos forces en matière d'emploi à nos jeunes le plus tôt possible, avant même qu'ils ne prennent une première décision quant à leur orientation professionnelle», souligne Mario Landry, directeur du Carrefour jeunesse-emploi de Rivière-du-Loup.

Le Bas-Saint-Laurent ne devra plus seulement miser sur sa qualité de vie et ses beaux paysages pour stopper la saignée : meilleures conditions salariales, aide au placement des conjoints et conjointes, incitatifs pécuniaires, c'est le prix à payer pour jouer dans les grandes ligues...


Travailler... et VIVRE dans le Bas-Saint-Laurent

SIGNES VITAUX
Population : 204 500 habitants.
(Institut de la statistique du Québec, 2000)

Revenu per capita (2000) : 19 786 $ (24 910 $ pour l'ensemble du Québec).
(Institut de la statistique du Québec, 2001)

Taux de chômage : 14,2 % (8,7 % pour l'ensemble du Québec).
(Statistique Canada, avril 2001, données non désaisonnalisées)

Maisons et logements : 74 400 $ en moyenne pour une maison unifamiliale à Rimouski, 74 500 $ à Rivière-du-Loup et 57 000 $ à Matane; 490 $ en moyenne pour un logement de quatre pièces à Rimouski, 431 $ à Rivière-du-Loup et 395 $ à Matane.
(Société canadienne d'hypothèque et de logement, 2000)

SPORT ET PLEIN AIR
Nature : Parc du Bic, Réserve nationale de faune de Pointe-au-Père, Canyon des Portes de l'Enfer (route 132 à Saint-Narcisse) et de nombreuses plages, dont celle de Sainte-Luce-sur-Mer.

Activités estivales : La région est truffée de sentiers qu'on peut parcourir à cheval, à pied, en vélo ou en VTT, dont la Route verte et le Parc linéaire interprovincial Petit Témis.

Activités hivernales : Ski alpin et télémark au Parc du Mont-Comi, traîneau à chiens à Havre de Parke, motoneige sur les 350 kilomètres de sentiers du circuit Monts-Notre-Dame, ski de fond au parc linéaire Monk, à Pohénégamook.

SORTIES
Restos : On retrouve quelques bonnes tables rue Saint-Germain Est, à Rimouski, et rues Fraser et Lafontaine, à Rivière-du-Loup. La région compte plusieurs auberges de renom, dont L'Auberge du Mange-grenouille au Bic, incontournable.

Bars : Les bars en vogue à Rimouski sont situés rue Saint-Germain Est, rue de l'Évêché Ouest (pour le Campus) et rue Saint-Louis (pour le bar du même nom). À Rivière-du-Loup, les rues Fraser et Lafontaine accueillent la majorité des fêtards.

CULTURE
Musées : Musée de la mer et site historique national du phare de Pointe-au-Père, Musée régional de Rimouski, Musée du Bas-Saint-Laurent à Rivière-du-Loup, Parc de l'aventure basque en Amérique à Trois-Pistoles.

Fêtes populaires : Rimouski en Blues (en juillet), le Festi Jazz de Rimouski (fin août), le Festival La Grande Virée à Saint-Jean-de-Dieu (fin juin-début juillet).

Journaux : Le Mouton noir, journal d'opinion de Rimouski, et les hebdos L'Écho Dimanche, Le Placoteux et Le Touladi.

Maisons d'enseignement : Université du Québec à Rimouski, cégeps à La Pocatière, Rimouski, Rivière-du-Loup et Matane, École de foresterie de Causapscal, Institut agro-alimentaire de La Pocatière, Institut maritime du Québec à Rimouski. -30-


[Zoom sur l'emploi]
avec Claude Saindon, directeur régional, Emploi-Québec Bas-Saint-Laurent.

Tendances du marché de l'emploi
> «Au cours de la période 2000-2004, le nombre d'emplois devrait augmenter au rythme de 1,4 % par année au Bas-Saint-Laurent, soit une augmentation d'environ 5 800 emplois. En plus de la demande générée par la croissance économique, il faut ajouter les postes qui deviendront disponibles en raison du remplacement de la main-d'ouvre actuellement en emploi. La demande totale sera de 13 700 postes en région d'ici la fin de 2004.

> «Les problèmes du Bas-Saint-Laurent sont structurels. Nous dépendons des ressources naturelles, comme le bois. L'industrie forestière connaît une période particulièrement difficile. > «On note toutefois de grandes disparités entre les villes, qui présentent des statistiques sur le chômage comparables à la moyenne québécoise, et les secteurs plus ruraux. Rimouski, par exemple, connaît un boom commercial; son industrie des technologies de l'information progresse rapidement, et il s'y développe des créneaux intéressants en bioalimentaire et en technologies marines.

> «Il y a du travail dans la région pour les diplômés. Pas moins de 7 000 offres d'emploi ont été affichées à nos bureaux au cours de l'année dernière. Nous mettons beaucoup d'efforts à soutenir la création d'emplois, mais nous devons d'abord consolider ceux qui existent déjà.

> «Notre premier défi consiste à réorienter l'industrie du bois, de la coupe et du sciage vers la deuxième et la troisième transformation. C'est déjà bien parti, avec l'enveloppe de 73 millions de dollars consentis par le gouvernement du Québec pour aider notamment au démarrage d'entreprises de transformation.

> «À Emploi-Québec, nous nous préoccupons de reclasser les travailleurs des scieries fermées. Ces interventions donnent d'ailleurs de bons résultats : pour l'une d'entre elles, nous avons réussi à replacer 18 des 20 travailleurs qui avaient perdu leur emploi.

> «À Matane, l'industrie de taille du diamant et de la joaillerie est en train de prendre son vol avec l'arrivée d'une seconde entreprise spécialisée dans ce domaine. C'est un exemple de belle réussite régionale, où toutes les ressources locales ont été mises à contribution pour le démarchage, la formation de la main-d'ouvre, etc.»

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