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  La course folle des jeunes parents
Familles d'aujourd'hui
par Sophie Marsolais

Le travail vous épuise? Que feriez-vous si vous deviez y ajouter l'élément bébé? Au prix d'efforts et de compromis, de jeunes parents trouvent des solutions pour favoriser l'épanouissement de leur petite famille sans abandonner leurs objectifs de carrière.

«Avec un enfant de sept mois et un travail à temps plein, je ne m'arrête jamais pour souffler!» confie la rédactrice en chef du magazine Cool, Marie-Claude Bonneau. Depuis son retour au boulot au début janvier, elle joue la superwoman : le jour, elle dirige sa publication pendant que son conjoint, un graphiste pigiste, s'occupe du petit Louis; le soir, elle nourrit, baigne et berce bébé, alors que papa «clenche» à son ordinateur.

«C'est la meilleure solution que nous ayons trouvée, car nous ne voulions pas que Louis aille à la garderie avant son premier anniversaire. J'ai donc passé les six premiers mois à la maison et mon conjoint fait présentement la même chose pour un autre six mois.» Ce dernier avait prévu profiter du sommeil de son enfant pendant la journée pour répondre aux demandes urgentes de ses clients, mais voilà. bébé ne dort presque pas, ce qui complique un peu les choses!


Des services variés

Pour faciliter le cumul des tâches parentales et professionnelles des nouvelles familles, les gouvernements provincial et fédéral ont instauré différentes mesures : régime d'assurance parentale amélioré (voir l'encadré), programme d'allocations familiales, garderies à 5 $, haltes garderies et services de garde en milieu familial, sur les lieux de travail et à l'école. Certains centres de la petite enfance offrent maintenant des services à l'heure, à la journée et selon des horaires non habituels. En effet, pour aider les parents qui étudient ou travaillent à la pige, le soir, la nuit ou les fins de semaine, le ministère de la Famille et de l'Enfance du Québec soutient depuis l'été 2000 une dizaine de projets pilotes d'une durée d'un an dans des services de garde accueillant les enfants selon un horaire étendu. Plusieurs s'adressent à une clientèle particulière tels les parents travaillant dans les hôpitaux, le secteur agricole, les usines ou le Casino de Montréal.

Dans le cadre de ce projet, le centre de la petite enfance Le petit train, situé à Lévis, ouvre ses portes du lundi au mercredi jusqu'à minuit et demi et offre un service 24 heures sur 24 du jeudi au dimanche. «Nous faisons surtout affaire avec de jeunes parents travaillant dans les domaines de l'hôtellerie, de la coiffure, du camionnage et de la restauration», explique la directrice du centre, Sylvie Guay. Celle-ci précise qu'avant de recourir à leurs services, presque tous les parents avaient sollicité en vain grands-parents, voisins et amis. «Ils sont tous excités en découvrant notre existence! Il faut dire que nous sommes encore très peu connus. Nous accueillons entre 20 et 30 enfants les week-ends et de 5 à 10 les soirs de semaine, en majorité des poupons, car les mamans refusent de confier leur nouveau-né à une gardienne de 12 ans!»

En règle générale, les places en garderies de toutes sortes sont limitées. Les parents se voient bien souvent obligés de s'inscrire sur une liste d'attente avant même que bébé ne soit né pour pouvoir obtenir une place jusqu'à un an plus tard. Toutefois, depuis la création de la politique familiale du ministère de la Famille et de l'Enfance, la situation semble s'améliorer. Selon Diane Lamarche, directrice des communications du Ministère, 53 000 places étaient offertes en septembre 1998. Un peu plus de deux ans plus tard, en décembre 2000, ce nombre avait plus que doublé pour atteindre 130 000. L'objectif du Ministère est d'offrir 200 000 places en 2005-2006.

La fin des heures supplémentaires

Minutieusement organisée mais passablement essoufflée, Isabelle Lauzon, graphiste dans une boîte de multimédia, élabore son horaire en fonction de celui de la garderie. Elle se lève à 6 h tous les matins afin d'aller reconduire sa fille de cinq ans, Camille, dans un service de garde en milieu familial situé à 30 km de son domicile, avant de rebrousser chemin pour se rendre à son travail tout près de chez elle. «Trouver une garderie plus près de chez moi me faciliterait un peu la vie, mais aucune place n'est libre.»

Une journée par semaine, sa fille fréquente la prématernelle de son quartier, qui ferme ses portes à 14 h. «Heureusement, ma mère ou mon chum peuvent aller la chercher, sinon je n'aurais pas pu l'y inscrire.» Désirant profiter de ses soirées en famille, Isabelle a dit adieu aux 5 à 7 et autres rencontres sociales après le travail.

Parents d'une jolie Pascale de 20 mois, Catherine Goldstyn, architecte paysagiste, et Marc Corbeil, fondateur de la revue Poils et compagnie, ont eux aussi considérablement modifié leur mode de vie depuis que leur fille fréquente un centre de la petite enfance. Marc raconte : «La première année après l'accouchement, ma femme a choisi de travailler trois jours par semaine et de faire garder Pascale à la maison par ses grands-mamans. Au moment où elle planifiait son retour à temps plein, en janvier 2001, la place que nous avions réservée en garderie s'est libérée. Ç'a été une chance incroyable, car nous étions les quarantièmes sur la liste d'attente et nous n'avions aucune solution de rechange, les deux grands-mères venant tout juste de partir pour la Floride!»

Ces parents parviennent à s'adapter aux horaires du service de garde grâce à leurs heures de travail flexibles. À tour de rôle, ils arrivent au bureau dès 7 h et quittent aux environs de 15 h, refusant systématiquement de faire des heures supplémentaires. «De cette façon, la petite passe l'avant-midi en garderie, elle y prend son repas, puis elle fait la sieste, ce qui lui évite de passer trop de temps éveillée loin de nous.» Le soir, papa et maman s'occupent de Pascale jusqu'au moment de la mettre au lit, puis essaient de trouver l'énergie pour compléter le boulot qu'ils n'ont pas pu terminer pendant la journée.

Le grand luxe

Pour éviter la course folle du matin et du soir, ou pour permettre à leurs enfants d'évoluer en terrain familier, de nombreux parents choisissent de les faire garder à la maison. C'est ce qu'ont fait Martine Morin, enseignante au primaire, et son mari, journalier, pendant cinq ans. «Nous avons trois enfants âgés de 6 à 12 ans. Nous nous sommes payé ce luxe jusqu'à ce que le plus jeune entre à la maternelle, l'an dernier. C'était vraiment idéal : les petits adoraient leur gardienne, elle s'en occupait très bien et faisait un peu de ménage en plus», raconte la mère de 40 ans. Le coût élevé de ce service à domicile a toutefois obligé les parents à y mettre fin trop rapidement à leur goût. «Lorsque la dame nous a quittés, j'ai dû faire un véritable deuil. Avant, j'avais déjà l'impression d'être toujours à la course mais, maintenant, c'est pire! Le matin, j'arrive en classe quelques minutes seulement avant les élèves et je quitte l'école tout de suite après leur départ pour aller m'occuper de mes enfants.»

Pour assumer ses responsabilités familiales, Martine a réduit sa tâche d'enseignante de 20 % et profite de ses deux après-midi de congé par semaine pour s'occuper de la maison et des rendez-vous médicaux de sa tribu. «Je croyais gagner un peu de temps de cette façon, mais je finis toujours par me pointer à l'école les samedis et dimanches matin, lorsque mon mari est à la maison.»

Pas facile de combiner boulot et bébés? Non, ont répondu unanimement ces jeunes pères et mères, d'autant plus qu'avec la précarité des emplois et les taux d'imposition élevés, le travail à temps plein n'est plus une option mais une obligation pour les nouveaux parents, surtout en début de carrière. Tous déplorent que le rythme soutenu de leur vie professionnelle leur laisse peu de temps pour faire face aux exigences familiales. Les récents efforts fournis par les deux paliers de gouvernement pour développer des services de garde flexibles et offrir un programme d'assurance parentale plus complet leur semblent toutefois encourageants. La famille pourrait-elle enfin devenir une priorité sociale?


Double fonction

Dans près de deux familles biparentales sur trois (64 %), les deux parents travaillent à l'extérieur du foyer. Le taux d'activité des mères avec enfants de moins de 16 ans est d'ailleurs passé de 35,5 à 70,3 % au cours des 20 dernières années.

(Source : Portraits statistiques des familles et des enfants, Institut de la statistique du Québec, 1996.)


Que le meilleur gagne

Le gouvernement fédéral annonce son nouveau programme de congé de maternité et de congé parental à grand renfort de publicités télévisées depuis le début du mois de janvier. Les travailleurs participant au programme d'assurance emploi et ayant cumulé au moins 600 heures au boulot peuvent maintenant arrêter de travailler jusqu'à un an pour s'occuper de leur poupon. Auparavant, cette période était limitée à six mois et le parent devait compter un minimum de 700 heures travaillées pour y avoir accès.

Sous le régime en vigueur depuis cette année, la nouvelle maman profite d'un congé de maternité de 15 semaines, puis le père ou la mère peut rester à la maison pendant 35 semaines. Les deux parents peuvent aussi partager entre eux le congé parental. Durant cette période, ces derniers reçoivent jusqu'à 55 % de leur salaire, le montant maximum ayant été établi à 413 $ par semaine avant impôts.

Bonne nouvelle pour ceux et celles qui craignent que leur absence prolongée du boulot les isole de leur réseau de contacts : suivant les récentes règles, il est désormais possible de travailler jusqu'à une journée par semaine tout en continuant à recevoir des prestations parentales. Les montants admissibles sont toutefois minimes : la limite a été fixée à 50 $ par semaine. Les gains supplémentaires sont intégralement déduits des prestations.

Environ 150 000 familles sont concernées par ces nouvelles mesures, lesquelles coûteront environ 900 millions de dollars de plus par année au gouvernement fédéral.

Jugeant le montant des prestations octroyées aux jeunes parents trop peu élevé, le gouvernement provincial essaie d'imposer son propre plan d'assurance parentale. Ce programme pourrait voir le jour en 2002 si tout va bien, c'est-à-dire si Québec parvient à récupérer les montants nécessaires du fédéral. Le projet de loi sera à l'étude lors de la présente session parlementaire.

Selon le programme québécois, les parents auraient le choix entre deux options : soit un congé de 40 semaines avec un taux de remplacement du revenu de 75 %, soit un congé de 50 semaines à un taux de 70 % pour les 25 premières semaines et de 55 % pour les semaines restantes. Le régime proposé prévoit aussi un congé de paternité de cinq semaines, alors que le programme fédéral n'en alloue pas. Enfin, la cerise sur le gâteau : ce régime s'appliquerait aux travailleurs autonomes, grands exclus du programme fédéral.


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