Les jeunes travailleurs sont très appréciés des employeurs. Voilà une
bonne nouvelle. Les raisons en sont toutefois moins réjouissantes : ils
sont compétents, ne coûtent pas cher et sont jetables après usage.
Ce sont les conclusions du Conseil permanent de la jeunesse, qui a dévoilé
en avril dernier un portrait de l'emploi atypique et de la précarité chez
les jeunes Québécois de 15 à 29 ans. Actuellement, près de la moitié des
jeunes travailleurs occupent un emploi à temps partiel, temporaire ou
autonome, et c'est bien souvent faute de trouver mieux. Ainsi, 65 % des
jeunes employés à temps partiel préféreraient occuper un emploi à temps
plein.
Ces jeunes «atypiques» essaient de joindre les deux bouts
avec un revenu plus que modeste. Ils vivotent d'un contrat à l'autre,
se rendent au bureau de chômage quand rien ne va plus, cumulent les jobs
à temps partiel et partagent leur macaroni avec leurs «colocs»
en remettant les projets de famille ou de maison à plus tard.
En fait, les employeurs qui considèrent les jeunes comme une main-d'ouvre
de second ordre pourraient être pris à leur propre jeu. On peut déjà constater
que la moitié des jeunes travailleurs changent d'emploi durant une même
année. Après les McJobs, les jobs Ziploc?
Devant tant de difficulté à faire leur place sur le marché de l'emploi,
les jeunes travailleurs auraient encore plus avantage à avoir fait le
bon choix de carrière. Comment se battre contre la concurrence féroce
et s'accrocher à un emploi précaire et mal payé si on se lève chaque jour
en se demandant pourquoi on a choisi ce métier-là?
Les jeunes sont pourtant nombreux à se retrouver dans cette situation.
Ils sont atteints d'indécision chronique. La génération i se cherche et
ne trouve pas sa voie.
Est-ce si surprenant? Les choix de carrières sont tellement vastes :
la spécialisation grandissante des tâches a entraîné l'apparition de milliers
de formations, métiers et professions. La pression est grande pour le
jeune qui passe du secondaire au cégep, puis à l'université, sans avoir
réussi à découvrir ce qui le passionne. Elle l'est d'autant plus pour
celui qui se retrouve à 30 ans avec un emploi qu'il n'aime pas.
Mais peut-être sommes-nous trop exigeants, à chercher bonheur et satisfaction
dans ce qui est avant tout un gagne-pain. Peut-être mélangeons-nous carrière
et raison d'être, comme le mentionne le cinéaste Philippe Falardeau dans
l'entretien qu'il nous a accordé. Serait-il plus simple de travailler
pour gagner notre vie, et de chercher des raisons de vivre en dehors de
notre job? Sans doute. Mais nous ne serions probablement pas plus heureux.
Julie Tremblay
Rédactrice en chef