Ils n'inspirent pas vraiment confiance et leurs employeurs craignent
qu'ils n'aient un dessein caché : les travailleurs d'aujourd'hui ne promettent
plus fidélité à leurs patrons. C'est que la loyauté a pris le bord. À
qui la faute?
Fini la belle époque des montres en or pour 25 ans de bons et loyaux
services. Après deux décennies de mises à pied sauvages, les travailleurs
semblent garder leur loyauté pour eux-mêmes.
Désormais, ils quittent avant qu'on ne leur donne le signal de départ.
Un travailleur sur quatre a changé d'emploi au cours de l'année 1999,
selon Statistique Canada. Le mouvement est encore plus prononcé chez les
jeunes, puisque le taux de roulement atteint 46 % chez les 15-24 ans,
et 29 % chez les 25-54 ans.
«Mon père avait 47 ans et 22 années de service quand, un bon matin,
on lui a annoncé que c'était terminé», explique Guillaume, jeune
programmeur pour une importante entreprise de communications. «En
quelques heures à peine, toutes les années d'efforts, d'heures supplémentaires
et de concessions ne tenaient plus. Il était de trop, point à la ligne.»
Depuis cette expérience, Guillaume ne considère plus péché de regarder
ailleurs quand il est employé. «Si demain matin je ne fais plus
l'affaire, personne ne prendra des gants blancs pour me le laisser savoir.
Je ne vois pas pourquoi je me gênerais.»
«On parle beaucoup du manque de loyauté des employés, de leur attitude
individualiste», explique Pierre Charbonneau, associé chez Raymond,
Chabot Ressources humaines. «Mais rarement s'interroge-t-on sur
la loyauté des entreprises à l'égard de leurs employés. Comment peut-on
demander aux employés de croire comme avant à l'engagement au travail
quand, depuis 10 ans, des milliers de personnes ont été mises à pied?
On ne peut pas avoir vu ses amis et ses parents perdre leur emploi du
jour au lendemain sans que cela ne change notre perception de la loyauté.»