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  Autonomie
Esso, Bombardier et moi
par Jean Benoît Nadeau

Je suis travailleur autonome depuis 13 ans maintenant, mais il m'a bien fallu 3 ans pour apprendre que j'en étais un! Je faisais des articles à la pige ici et là, je recevais un chèque de temps en temps. Un comptable avec qui je discutais de ma situation fiscale m'a dit:

-- Mais, Jean Benoît, tu es un travailleur autonome!
-- Un quoi?

Il m'a expliqué que cette affreuse appellation est une création des fonctionnaires du fisc qui cherchaient à «classer» les centaines de milliers de gens, ni employés ni chômeurs, qui tirent un revenu de la vente de services ou de biens.

Le propriétaire de dépanneur est un travailleur autonome, comme le fermier ou le photographe pigiste. Même Joseph-Armand Bombardier dans son garage de Valcourt était un travailleur autonome - du moins jusqu'à ce qu'il lui prenne l'envie de bâtir des usines. Comme me l'a si bien dit mon comptable : «Que tu le veuilles ou non, mon gars, t'es en affaires.»

La première difficulté du travailleur autonome est donc conceptuelle. Un travailleur autonome qui parle de «job», de «patron» et de «salaire« n'a rien compris. Il souffrira. La distinction entre patron et client est fondamentale : un patron, c'est un supérieur; un client, c'est un égal. Et, contrairement à l'adage, le client n'a pas toujours raison, surtout au moment de négocier. Même que c'est plutôt vous le patron, puisque c'est votre privilège de dire non.

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