Je suis travailleur autonome depuis 13 ans maintenant, mais il m'a bien
fallu 3 ans pour apprendre que j'en étais un! Je faisais des articles
à la pige ici et là, je recevais un chèque de temps en temps. Un comptable
avec qui je discutais de ma situation fiscale m'a dit:
-- Mais, Jean Benoît, tu es un travailleur autonome!
-- Un quoi?
Il m'a expliqué que cette affreuse appellation est une création des fonctionnaires
du fisc qui cherchaient à «classer» les centaines de milliers de gens,
ni employés ni chômeurs, qui tirent un revenu de la vente de services
ou de biens.
Le propriétaire de dépanneur est un travailleur autonome, comme le fermier
ou le photographe pigiste. Même Joseph-Armand Bombardier dans son garage
de Valcourt était un travailleur autonome - du moins jusqu'à ce qu'il
lui prenne l'envie de bâtir des usines. Comme me l'a si bien dit mon comptable
: «Que tu le veuilles ou non, mon gars, t'es en affaires.»
La première difficulté du travailleur autonome est donc conceptuelle.
Un travailleur autonome qui parle de «job», de «patron» et de «salaire«
n'a rien compris. Il souffrira. La distinction entre patron et client
est fondamentale : un patron, c'est un supérieur; un client, c'est un
égal. Et, contrairement à l'adage, le client n'a pas toujours raison,
surtout au moment de négocier. Même que c'est plutôt vous le patron, puisque
c'est votre privilège de dire non.