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  [Mode de vie]
Les Québecois et l'alimentation
Analphabètes du chaudron

par Marie-Hélène Proulx

Curieux paradoxe. Alors que livres et magazines culinaires envahissent les librairies, que se multiplient les émissions de cuisine à la télé et que les marchés d'alimentation n'ont jamais offert tant de variété, les Québécois «popotent» de moins en moins. Exit les repas en famille : on vit à l'ère des surgelés devant la télé. Il est temps de retourner à nos chaudrons, disent les nutritionnistes.

Lorsqu'on lui demande si les Québécois mangent mieux aujourd'hui qu'autrefois, Hélène Laurendeau, auteure et experte en nutrition, pousse un grand soupir. «C'est la question à 2 000 points, rétorque-t-elle. Il y a, au Québec, une alimentation à deux vitesses. Et ça m'inquiète beaucoup.»

D'un côté, une portion de la population, souvent plus instruite et plus riche, s'alimente mieux et cuisine davantage, précise la nutritionniste. De l'autre, les moins nantis optent pour des raccourcis sucrés, salés, souvent congelés. «On observe des différences notables entre les groupes d'âge, les hommes et les femmes, les nantis et les plus démunis.»

Le chef Philippe Mollé, chroniqueur à la radio de Radio-Canada ainsi qu'au quotidien Le Devoir, observe le même phénomène. «Le Québec a connu une révolution alimentaire extraordinairement rapide. En 20 ans, on est passé du cheddar à un choix de 100 fromages de qualité, du pain de ménage à la baguette croustillante, du café filtre à l'expresso. Mais cette nouvelle abondance ne signifie pas forcément qu'on s'alimente mieux. Les habitudes d'une partie de la population n'ont pas évolué. Les Joe Louis, frites, hamburgers et TV dinners figurent encore au menu quotidien de bien des gens.»

Tous ces Soulard, Di Stasio, Pinard et compagnie prêchent-ils donc dans le désert? «Beaucoup de gens achètent des livres de recettes ou regardent les émissions de cuisine à la télé simplement pour le plaisir des yeux ou en prévision de réceptions», remarque Marie Marquis, nutritionniste et chercheuse à l'Université de Montréal. «Cuisiner, c'est devenu un passe-temps le week-end, ajoute Hélène Laurendeau. Mais au quotidien, on se rabat sur des choix qui nous paraissent moins ardus et plus rapides.»




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