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[Marché du travail]
Activisme et actionnariat
La Caisse de retraite des pompiers de LaSalle a une longueur d'avance dans la gestion équitable du régime de retraite : le comité de gestion ne compte que des travailleurs syndiqués! C'est une rareté. D'habitude, les employeurs se chargent de l'administration des retraites - au mieux, au sein d'un comité paritaire où les employés sont minoritaires - parce qu'ils sont légalement responsables des déficits.
En 2000, ces pompiers ont ciblé la Compagnie de la Baie d'Hudson (HBC), une compagnie canadienne qui achète dans les pays du tiers-monde. Ils voulaient forcer cette entreprise à faire affaire uniquement avec des fournisseurs qui respectent les conventions fondamentales de l'Organisation internationale du travail, c'est-à-dire qui n'ont pas recours au travail forcé ni au travail des enfants, qui permettent à leurs employés de s'associer et qui ne font pas de discrimination à l'embauche.
La Caisse a déboursé 8 000 $ pour acheter des actions de la HBC, ce qui lui a donné le droit de présenter sa proposition aux assemblées générales de la compagnie à Toronto. «La première année, notre proposition a récolté 15 % des votes. La seconde, on est monté à 35 %. La troisième année, la HBC nous a proposé de négocier à l'amiable et on a retiré notre proposition», raconte Richard Bowes, président de la Caisse de retraite. En échange, la HBC a créé un comité de suivi où siègent notamment des gens de Share, un organisme sans but lucratif qui conseille des gestionnaires de régimes de retraite à travers le Canada dans leurs choix d'investissements responsables. «Investir 8 000 $ d'un fonds de 22 millions, ce n'est pas beaucoup, reconnaît Richard Bowes, mais on l'a fait pour montrer que ce type d'action était possible.»
À l'aluminerie Alcan de Shawinigan, le syndicat a réclamé et obtenu, il y a près d'une décennie, de cogérer la politique environnementale avec les patrons.
De prime abord, cette forme d'activisme n'a pas plu au comité de gestion du régime de retraite des pompiers. «Ça engendrait des frais supplémentaires et, en plus, c'était les fournisseurs de La Baie (HBC) qui en bénéficiaient, et non pas les retraités de chez nous», dit Richard Bowes. Autrement dit, les travailleurs des pays en voie de développement qui garnissent les stocks de la HBC sortaient gagnants, mais pas les pompiers québécois.
Bien que Richard Bowes croie que les travailleurs d'ici gagnent à responsabiliser les compagnies, il ne pense pas répéter son expérience militante de sitôt. «Nous avons considéré les fonds communs éthiques, mais ils ne nous conviennent pas : ils excluent les compagnies "irresponsables" alors que ce sont elles que nous préférons changer.» Le projet qui se dessine est plutôt un pot commun où les caisses de retraite pourraient volontairement mettre des fonds afin de faire pression en tant qu'actionnaires sur les entreprises trop peu «citoyennes».
So-So-So...
Un militantisme qui ne date pas d'hier

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