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[Mode de vie]
Mieux-être au travail
Extras extra
par Nicolas Demers
Certaines entreprises offrent à leurs employés des bénéfices qui ressemblent à des forfaits de clubs Med ou de croisières cinq étoiles! En redéfinissant le mieux-être au travail, elles contribuent à attirer et à retenir des travailleurs équilibrés. Mais la bonne volonté ne suffit pas.
Les employés du siège social de l'entreprise pharmaceutique Pfizer Canada, à Kirkland, ont accès à un centre de conditionnement physique supervisé par le YMCA, à des cours de yoga et d'aérobie ainsi qu'à un pharmacien et à un médecin. Du côté des repas, le chef leur concocte au quotidien des menus santé ou allégés dont la note est en partie payée par le patron. À ces petits luxes s'ajoutent une garderie, un service de nettoyage à sec et un valet de stationnement.
Ce n'est pas tout : Pfizer permet aussi à ses employés de réduire leur temps de travail pendant l'été et d'étirer un congé de maternité jusqu'à
18 mois... avec plein salaire. Pas étonnant qu'en 2003-2004, la société pharmaceutique se soit classée parmi les meilleurs employeurs canadiens dans deux palmarès différents. Et elle n'est pas la seule : Novartis Pharma Canada, Cascades, Groupe CGI, La Capitale, Merck Frosst Canada, Adacel et CAE ne sont que quelques-unes des autres entreprises québécoises qui ont recueilli des honneurs semblables depuis deux ans.
De plus en plus d'entreprises traitent leurs employés aux petits oignons en leur offrant une kyrielle de services orientés sur le «mieux-être», outre les avantages sociaux traditionnels tels les vacances ou les régimes de retraite.. Elles ne se contentent plus simplement de placer un comptoir à expresso, une table de billard ou un canapé confortable à côté des ordinateurs : les employeurs qui chouchoutent leurs employés leur proposent désormais... du temps. Des services d'entretien automobile jusqu'à la possibilité de rapporter chez soi des plats préparés sur place, les programmes à la mode visent à faciliter la vie des travailleurs. Et à l'ère de la conciliation travail-famille, ça pogne!
Évidemment, les employeurs y gagnent aussi. Chez Pfizer, les petits à-côtés du patron contribuent à diminuer les cas d'invalidité et l'absentéisme en plus de retenir les employés, explique le vice-président, Ressources humaines, Luc St-Pierre. «Les investissements dans des programmes de mieux-être sont payants à long terme. Ce n'est pas ce qui retiendra les employés, mais ça contribue à les maintenir en santé. D'autant plus que comme société pharmaceutique, on doit montrer l'exemple.»
Mais il n'y a vraisemblablement pas que les entreprises pharmaceutiques qui traitent leurs employés avec égards. À Montréal, le programme de mieux-être d'un géant des communications sans fil, Ericsson, est loin d'être piqué des vers : salles de conditionnement physique, cours de conditionnement Pilates et de yoga, cliniques sportives, massages sur chaise, conférences portant sur la santé...
Sans compter les autres avantages qui s'apparentent pour l'essentiel à ceux de Pfizer, comme des repas subventionnés et la présence d'un service de nettoyage à sec.
Un tel programme est une dépense minuscule en comparaison des bénéfices sur la santé (et le rendement) des 2 000 employés de la boîte, estime Peter Buddo, vice-président aux ressources humaines. Pourtant, le taux d'absentéisme est resté stable depuis l'implantation de son programme de mieux-être, en 1999. «Mais le taux de roulement du personnel s'est amélioré par rapport à d'autres entreprises de notre secteur d'activité et, surtout, nos employés sont très satisfaits du programme de mieux-être.» En 2003, la moitié des employés ont participé aux activités physiques et sportives, soit une augmentation de 12 % par rapport à l'année 2002.
Plus heureux?
Outre les services pratiques qui permettent de gagner du temps, l'activité physique, l'ergonomie, la gestion du stress, la saine nutrition, la prévention du cancer et des maladies cardiovasculaires figurent aussi au menu des programmes de santé et de mieux-être nouveau genre.
Selon une étude réalisée en 2002 par le Conference Board du Canada, la promotion de la santé dans une entreprise peut se traduire par des niveaux plus élevés de productivité, d'engagement et de rétention, ce qui se traduit aussi par des économies pour l'employeur. Mais avant de remettre votre démission pour joindre les rangs de l'entreprise idéale, sachez qu'il existe peu de statistiques qui prouvent l'efficacité des initiatives de mieux-être sur la santé, la satisfaction et la productivité des travailleurs qui en bénéficient.
«Les effets de ces initiatives n'ont été que très peu mesurés au Canada», observe Guy Ménard, vice-président principal chez Olympe, une entreprise montréalaise spécialisée en ressources humaines, particulièrement en ce qui a trait aux programmes de mieux-être et de santé en entreprise. En fait, la définition du concept de «mieux-être» varie selon les milieux de travail, explique-t-il. «Certains employeurs se limitent à associer le mieux-être aux approches non traditionnelles de la médecine (chiropractie, acupuncture, etc.), mais il s'agit plutôt d'une approche globale visant à instaurer de meilleures habitudes de vie en général.»
Diagnostiquer l'entreprise
Chaque année, au moins trois sondages invitent les entreprises canadiennes à dévoiler leurs pratiques en matière de gestion des ressources humaines : ceux des cabinets Watson Wyatt et Hewitt & Associés ainsi que de l'éditeur ontarien Mediacorp Canada. Pour les entreprises, figurer à ces panthéons des employeurs de choix représente une occasion en or de séduire d'éventuels candidats à l'emploi.
Les résultats des sondages sont en quelque sorte un outil de diagnostic pour les travailleurs qualifiés, qui peuvent se permettre de «magasiner» les employeurs afin de choisir le plus offrant. Mais cette référence a ses limites : les sondages sont effectués auprès des gestionnaires de l'entreprise et aussi des employés, auxquels ils garantissent l'anonymat. De plus, pour avoir des réponses fiables, il faut poser les bonnes questions.
«Il s'agit d'un outil de comparaison utile pour mesurer les avantages des employeurs qui font partie du sondage», nuance Claudine Ducharme, conseillère en gestion des soins de santé et en gestion de l'invalidité chez Watson Wyatt, un cabinet-conseil international qui a pignon sur rue à Montréal. «Mais il faudrait aussi voir ce qu'offrent celles qui n'y participent pas.»
Seulement quatre entreprises québécoises figurent parmi les 50 meilleurs employeurs au Canada de l'édition 2004 du sondage mené par le cabinet Hewitt & Associés (11 entreprises du Québec sur 129 du Canada ont participé à l'étude). Le classement des entreprises québécoises au sondage de Mediacorp Canada n'est guère plus reluisant : seulement 10 d'entre elles figurent à son top 100 des meilleurs employeurs au Canada. Toutefois, les employeurs québécois sont peut-être tout simplement peu enclins à répondre aux sondages, souligne Claudine Ducharme. «Une entreprise qui ne participe pas aux sondages peut tout de même être l'un des meilleurs employeurs au pays», assure-t-elle.
Plus que du bonbon
«Le mieux-être au travail, c'est plus qu'un service de nettoyage à sec! affirme Claudine Ducharme. Pour que les employés soient heureux dans l'entreprise et désirent y rester, les employeurs doivent d'abord trouver les causes des problèmes de stress ou d'anxiété dans leurs pratiques organisationnelles.» Par exemple, la satisfaction et la productivité au travail peuvent tout bêtement dépendre de la qualité de sa relation avec son superviseur immédiat, ajoute-t-elle.
En effet, le bonheur au travail ne tiendrait donc pas qu'à un service de valet ou à un centre d'activité physique, selon les services de ressources humaines d'entreprises qui figurent dans l'un des palmarès des employeurs de choix. «On a déjà offert de la massothérapie», expose Katherine Ouellet, directrice des ressources humaines chez Breton, Banville et Associés, une firme de génie électrique de Saint-Hilaire. «Nos employés nous ont dit qu'ils ont apprécié ce service, mais sans plus. Chez nous, le mieux-être passe davantage par les réalisations professionnelles au jour le jour et par l'apprentissage qui se fait de façon régulière et constante.»
À la compagnie d'assurances L'Union canadienne, c'est tout simplement l'entregent du patron qui fait la différence, estime Lucie Vachon, vice-présidente, Ressources humaines. «Une des raisons de notre succès dans les sondages et en matière de satisfaction de nos employés réside certainement dans le charisme et le leadership de notre président, Martin Éric Tremblay. Il a une très bonne communication avec ses employés, et ses valeurs quant au respect, à l'intégrité et à l'importance d'avoir du fun en travaillant influencent positivement tout le monde ici.»
Prévention des accidents, motivation au travail, création d'un sentiment d'appartenance, rétention de la main-d'oeuvre : pour les employeurs comme pour les salariés, les avantages des programmes de santé et de mieux-être au travail sont loin d'être négligeables. Mais pour qu'ils portent fruit, le patron doit aussi y mettre du sien...
Au palmarès
Voici les entreprises québécoises qui figurent dans les résultats de trois récents sondages couronnant les meilleurs employeurs au pays.
100 meilleures entreprises au Canada en 2004 - Mediacorp Canada
- Adacel
- CAE
- Cascades
- Groupe CGI
- IMS Health Canada
- L'Union canadienne, compagnie d'assurances
- MEI
- Merck Frosst Canada
- Pfizer Canada
- Recruitsoft
50 employeurs de choix au Canada en 2004 - Hewitt & Associés
- L'Union canadienne, compagnie d'assurances
- Merck Frosst Canada
- Novartis Pharma Canada
- Pfizer Canada
Lauréats 2003 - Défi Meilleurs employeurs au Québec - Watson Wyatt
Premiers prix :
- DLGL (gestion des ressources humaines)
- Novartis Pharma Canada
- La Capitale Assurances générales
Deuxièmes prix :
- AGTI Services Conseils
- Fairmont Tremblant et Fairmont Le Château Frontenac
- Cima+

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