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  [Marché du travail]
Ça s'explique
par Jean-Sébastien Marsan

Le marché du travail recèle d'étranges phénomènes qui semblent inexplicables ou même contraires au bon sens. Jobboom tentera chaque mois de résoudre l'un de ces mystères.

Il y a pénurie d'infirmières. Pourtant, le réseau de la santé ne semble guère faire d'efforts pour les attirer, et les garder, avec des conditions de travail dignes de ce nom. Comme, entre autres, des postes permanents aux jeunes infirmières et des horaires plus réguliers. Pourquoi?

Le ministère de la Santé et des Services sociaux estime qu'il manquait 1 457 infirmières au 31 mars 2003 (les dernières données disponibles) pour combler tous les besoins du réseau de la santé.

Les employeurs semblent pourtant s'ingénier à décourager les recrues : précarité d'emploi, alourdissement des tâches, conditions de travail difficiles, manque de soutien... Comment expliquer cette contradiction?

D'abord, même avec des conditions de travail nettement améliorées, hôpitaux, CLSC et autres établissements de santé pourraient difficilement régler la question de la pénurie d'infirmières demain matin. Il y a eu à la source un manque de planification des ressources humaines. «Avant 1997, on ne savait pas qu'il y aurait une pénurie, la réduction du bassin de diplômées n'était pas documentée», déclare Yola Dubé, chef du Service de la planification et du développement de la main-d'oeuvre au ministère de la Santé. De 1996 à 1999, les formations collégiales pour devenir infirmière (ou infirmier) étaient contingentées, alors qu'il aurait fallu plutôt ouvrir toutes grandes les portes.

Si les établissements de santé semblent offrir peu de postes permanents, et des conditions de travail moins dignes que désiré, c'est pour l'essentiel en raison de contraintes budgétaires. Depuis la crise des finances publiques des années 1980, les établissements de santé multiplient les postes à temps partiel et occasionnels pour réaliser des économies. En 1997, au plus fort de la lutte au déficit, 4 200 infirmières se sont prévalues du programme gouvernemental de départs volontaires à la retraite. Le programme avait un seul objectif : réaliser encore plus d'économies. Après tous ces «régimes minceur», le Québec demeure l'une des provinces canadiennes qui investissent le moins dans leur réseau de santé. Et pendant ce temps, les infirmières doivent assumer des responsabilités croissantes.

Dans ce contexte, beaucoup d'infirmières expérimentées abandonnent, épuisées. «Elles ont juste hâte d'avoir le nombre d'années de service (35) ou l'âge (60 ans) pour prendre leur retraite sans pénalité», affirme Michèle Boisclair, vice-présidente de la Fédération des infirmières et infirmiers du Québec.

Heureusement, la lumière commence à poindre au bout du tunnel. «Cette année, c'est la première fois depuis quatre ans qu'on enregistre un nombre supérieur d'entrées dans la profession que de sorties», souligne Louise Cantin, secrétaire générale de l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec. En 2002-2003, l'emploi a crû de 1,4 %, à 65 810 individus. L'emploi à temps complet régulier était le statut de 55 % de l'effectif, en légère hausse, contre 34 % à temps partiel régulier et 11 % à temps partiel occasionnel.

«Aujourd'hui, les sortantes savent qu'il y a de l'emploi», se réjouit Michèle Boisclair.



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