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  [Formation | Emploi]
L'emploi dans l'industrie de la plasturgie
Matières à penser

par Sylvain Turner

L'utilisation du plastique et des matériaux composites s'est répandue à un rythme fulgurant au cours des dernières décennies. Résultat? Depuis plusieurs années, la plasturgie québécoise connaît une croissance annuelle d'environ 6 %, le double de l'ensemble du secteur manufacturier! Mais en raison d'un manque important de travailleurs qualifiés, les entreprises de ce secteur doivent se préparer à affronter une concurrence chinoise qui s'annonce redoutable. Et selon plusieurs intervenants, il y a urgence d'agir.

La plasturgie, c'est un revêtement d'autobus, une bouteille de jus, un boîtier d'ordinateur. C'est aussi une industrie qui joue un rôle de premier plan dans l'économie québécoise. Particulièrement active dans les régions de Montréal, de la Montérégie, de Chaudière-Appalaches et de l'Estrie, elle rassemble 567 entreprises qui embauchent 30 000 personnes et réalisent un chiffre d'affaires annuel de trois milliards de dollars.

Environ 80 % de l'activité est liée à la transformation des thermoplastiques et 20 % à celle des matériaux composites, telle la fibre de verre. Les «clients» des produits de la plasturgie sont principalement les secteurs de l'automobile, de l'alimentation, de la construction et de l'aéronautique.

Si les clients ne manquent pas, les candidats à l'emploi, eux, ne se bousculent pas aux portes. D'ailleurs, les besoins de main-d'oeuvre constituent l'un des principaux enjeux auxquels est confrontée l'industrie. Les entreprises recherchent notamment des opérateurs de machines à mouler, des conducteurs-régleurs, des mécaniciens, des électromécaniciens, des modeleurs, des stratifieurs.

«La croissance des entreprises se traduit par la création de nouveaux emplois, mais comme la plasturgie n'est pas très connue, peu de jeunes se dirigent vers ce secteur, explique Pierre Guimont, directeur général de PlastiCompétences, le comité sectoriel de main-d'oeuvre des plastiques et des composites. Nous sommes donc confrontés à un manque important de main-d'oeuvre qualifiée.»

Le service des ressources humaines de Mega Bloks, le plus grand fabricant de jouets au Canada, connaît bien cette réalité. «Nous essayons le plus possible de recruter des diplômés des formations de la plasturgie, soutient Chantal Coursol, gérante de la dotation et du développement des employés. Mais comme ils ne sont pas assez nombreux pour répondre à nos besoins, nous devons développer une partie importante de notre main-d'oeuvre nous-mêmes et inciter plusieurs de nos employés à suivre une formation spécialisée en plasturgie.»

Formations en mal d'inscriptions
L'offre de formation en plasturgie est très vaste. De plus, de nouveaux programmes sont créés ponctuellement. C'est le cas du DEP d'opérateur de machines à mouler les matières plastiques, une formation qui a fait l'objet d'un projet pilote au printemps dernier, et de moulage et finition de produits en fibre de verre, qui est encore en développement.

Dans quelques années, il y aura une demande incroyable de techniciens en transformation des matières plastiques.»
- Pierre guimont, Plasticompétences
Le nombre d'inscriptions sera-t-il suffisant pour donner ces formations? La question se pose, car le recrutement des élèves et des étudiants se révèle extrêmement difficile. «Quand nous réussissons à lancer une formation, c'est toujours en partenariat avec une entreprise et, très souvent, grâce au soutien d'Emploi-Québec, souligne Jocelyne Deschênes, directrice du Centre de formation professionnelle de Memphrémagog. Cette année, par exemple, nous n'avons pas assez d'inscriptions pour donner le DEP de mise en oeuvre des matériaux composites. Nous offrons aussi le DEP en modelage, mais là encore, le manque d'élèves ne nous permet pas de lancer la formation.»

La situation est comparable, sinon pire, au collégial. «Presque personne ne s'est inscrit dans les programmes liés à la plasturgie, déplore M. Guimont. Dans quelques années, il y aura donc une demande incroyable de techniciens en transformation des matières plastiques.»

Le certificat en génie de la plasturgie, offert uniquement par l'Université Laval (à la fois dans les régions de Québec, Montréal et Sherbrooke), est l'exception qui confirme la règle. Quatre ans après son lancement, il accueille une soixantaine d'étudiants annuellement. Il s'adresse à des diplômés du collégial ou à des bacheliers en génie ou en sciences qui veulent perfectionner leurs connaissances à la fois théoriques et pratiques de la transformation des matières plastiques.

«Nous atteignons les limites de notre capacité», affirme Mosto Bousmina, professeur au Département de génie chimique et titulaire de la chaire de recherche du Canada sur la physique des polymères et les nanomatériaux. «Nous évaluons d'ailleurs la possibilité de créer le premier baccalauréat en plasturgie au Canada. Il reste beaucoup de travail à faire, mais nous pourrions offrir ce programme dans quelques années. Nous faisons de notre mieux pour former le maximum de personnes, mais il en faudra beaucoup plus pour répondre aux besoins de l'industrie.»

Comment expliquer le manque d'intérêt de la relève pour la plasturgie? En grande partie par une méconnaissance de l'industrie, qui est perçue par plusieurs comme un univers où règne le travail à la chaîne. Pourtant, la plasturgie évolue au rythme des technologies de pointe et continue d'effectuer des avancées majeures, notamment sur le plan des nanocomposites, ces matériaux infinitésimaux qui modifient les caractéristiques d'un produit. De plus, à tous les niveaux d'enseignement, le taux de placement des diplômés avoisine ou atteint les 100 %. Des efforts sont effectués par l'industrie afin de promouvoir le domaine, mais force est de constater qu'il faut du temps pour modifier les perceptions.

L'éveil du dragon
La concurrence chinoise est l'autre défi que devra relever l'industrie au cours des prochaines années. Longtemps perçues comme des championnes de la production de babioles, les entreprises chinoises sont maintenant en mesure de fabriquer des produits haut de gamme. Plus que jamais, elles mettent le cap sur le marché nord-américain.

«On ne peut pas chiffrer l'impact de la concurrence chinoise sur notre économie, mais les indices liés à la croissance (de nos exportations) sont préoccupants, soutient Pierre Fillion, directeur de la compétitivité pour le Québec à l'Association canadienne de l'industrie des plastiques. Notre perte de flexibilité et de mobilité associée au syndicalisme fait en sorte que nous avons de la difficulté à réagir par rapport à la concurrence mondiale. Nous devons travailler dans la même direction, sans quoi nous allons en payer le prix. J'ai fait un séjour en Chine récemment, et je peux vous assurer qu'il est urgent d'agir. Le dragon se réveille et nous n'avons encore rien vu.»

Un premier pas a été fait vers une union des forces en mai dernier, dans le cadre du premier Sommet de la plasturgie sur la mondialisation et la concurrence, une initiative de l'Association canadienne de l'industrie des plastiques. Des pistes de solution ont été élaborées, dont la création, l'automne prochain, d'un groupe de commercialisation. «Celui-ci réalisera un plan d'action afin d'implanter des entreprises québécoises en Chine, puis en Inde, précise M. Fillion. Je suis même prêt à aller vivre un an en Chine pour travailler à la création d'un parc industriel québécois.»

Plusieurs entreprises se tournent déjà vers la Chine. C'est le cas de Mega Bloks qui, cette année, a confié la moitié de sa production à des sous-traitants chinois. Or, cette pratique ne revient-elle pas à se tirer dans le pied? «Le déplacement de la production en Chine pourrait avoir un effet négatif sur l'emploi chez nous, concède Pierre Guimont. Par contre, si nous ne faisons rien, nous allons être frappés de plein fouet. En investissant en Asie pour y réaliser la production, nous allons au moins protéger les emplois liés à la conception.»

Avis aux jeunes à la recherche d'une carrière moulée sur des perspectives fort intéressantes, les intervenants s'entendent pour affirmer que le manque de main-d'oeuvre qualifiée est tel que les perspectives de carrière resteront excellentes plusieurs années encore, même si une partie de la production est transférée en Chine. «La pénurie de main-d'oeuvre qualifiée durera longtemps, car les jeunes ne s'inscrivent pas dans les programmes de formation de la plasturgie. Les travailleurs spécialisés seront d'autant plus précieux dans le contexte de la mondialisation, où nous voulons développer davantage les emplois de conception au Québec.»


Recherchés

Les entreprises de la plasturgie auront besoin de milliers de travailleurs qualifiés au cours des prochaines années. Voici quelques-uns des travailleurs les plus recherchés et les formations qui mènent à ces postes.

Thermoplastiques
Emploi Formation
Conducteur-régleur
Responsable du système de la qualité
DEP* en conduite et réglage de machines à mouler le plastique et le caoutchouc
Contrôleur de la qualité DEP en conduite et réglage de machines industrielles
Mécanicien d'entretien DEP en mécanique d'entretien de machines industrielles
Technicien en procédés DEC* en transformation des matières plastiques
Technicien en conception DEC en transformation des matériaux composites
Ingénieur de procédés
Ingénieur de production
Certificat en génie de la plasturgie
(lorsque combiné à un baccalauréat en génie)
Ingénieur chimique Baccalauréat en génie chimique, concentration en plasturgie
Ingénieur en conception Baccalauréat en génie des matériaux et de la métallurgie, concentration en plasturgie
Ingénieur mécanique Baccalauréat en génie mécanique, concentration en plasturgie


Matériaux composites
Emploi Formation
Conducteur-régleur DEP en conduite et réglage de machines industrielles
Mécanicien d'entretien DEP en mécanique d'entretien de machines industrielles
Lamineur DEP en mise en oeuvre des matériaux composites
Technicien en procédés DEC en transformation des matériaux composites
Ingénieur de procédés
Certificat en plasturgie
Ingénieur de production
(lorsque combiné à un baccalauréat en génie)
Ingénieur de procédés
Certificat en plasturgie
Ingénieur de production
(lorsque combiné à un baccalauréat en génie)
Ingénieur chimique Baccalauréat en génie chimique, concentration en plasturgie
Ingénieur en conception Baccalauréat en génie des matériaux et de la métallurgie, concentration en plasturgie
Ingénieur mécanique Baccalauréat en génie mécanique, concentration en plasturgie

(* DEP : diplôme d'études professionnelles; DEC : diplôme d'études collégiales.)


Et si c'était pour moi?

Avez-vous le profil pour pratiquer les métiers de la plasturgie? Poussez plus loin votre réflexion! Répondez par «oui» ou par «non» aux affirmations suivantes.

LES THERMOPLASTIQUES
  • J'aime analyser et résoudre des problèmes pratiques.
    oui non


  • Je suis attiré par le travail manuel.
    oui non


  • Je m'intéresse au fonctionnement des machines.
    oui non


  • Je suis à l'aise quand on me confie plusieurs responsabilités.
    oui non


  • J'apprécie le travail en équipe.
    oui non


  • J'ai envie de connaître toutes les étapes de fabrication d'un produit en usine.
    oui non


  • La chaleur et le bruit ne m'incommodent pas.
    oui non


  • Je m'intéresse à la mécanique.
    oui non


  • J'ai un penchant pour la technologie et l'informatique.
    oui non

LES MATÉRIAUX COMPOSITES
  • Les machines automatisées ou informatisées me fascinent.
    oui non


  • Je suis porté à m'informer pour maintenir mes connaissances à jour.
    oui non


  • La création, la conception et le dessin technique m'intéressent.
    oui non


  • La perspective de travailler avec des produits chimiques me plaît.
    oui non


  • J'aime prendre des décisions et faire preuve d'initiative.
    oui non


  • La manipulation et la transformation des matériaux m'intriguent.
    oui non


  • Je travaille souvent avec rigueur, dans le respect des normes.
    oui non


  • J'aime calculer, mesurer, vérifier et effectuer des tests.
    oui non


  • Je préfère les tâches qui demandent un grand souci du détail. oui non

Si vous avez répondu «oui» à la plupart de ces affirmations, vous êtes peut-être un futur spécialiste de la plasturgie. Pour en savoir plus, consultez un professeur ou un conseiller d'orientation.

(Source : Les carrières de la plasturgie, Éditions Jobboom.)


Saviez-vous que?

Le terme «plastique» n'est pas lié à une matière en particulier. Selon Le Petit Robert, il désigne avant tout «le pouvoir de donner la forme».

C'est la forme d'une sphère qu'ont pris les premiers objets en matière plastique. En effet, en 1870, des imprimeurs de l'État de New York ont utilisé du celluloïd pour remplacer l'ivoire dans la fabrication des boules de billard.

Au cours du siècle dernier, le développement de la chimie de synthèse a engendré de nouvelles découvertes. Des matières synthétiques à base d'éléments organiques et semi-organiques allaient permettre de créer une nouvelle génération de jouets et d'articles ménagers.

Parallèlement, les chercheurs ont développé les matériaux composites, alliant plusieurs matières, telles la fibre de verre et la fibre de carbone, à une résine durcissable. Ces matériaux permettent de réaliser des pièces résistant au feu ou à la corrosion, entre autres. Très appréciés pour leur légèreté, leur polyvalence et leur flexibilité, les matériaux composites servent notamment dans l'aérospatiale, l'aéronautique, le transport et la construction.

(Source : Les carrières de la plasturgie, Éditions Jobboom.)


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