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  [Formation | Emploi]
L'emploi en Outaouais/Ottawa
Région capitale

par Sylvain Turner
photos Patrick Deslandes

L'Outaouais et Ottawa foncent vers l'avenir, propulsés par ce moteur économique stable qu'est la fonction publique fédérale. Forts d'une masse critique d'établissements de recherche d'envergure internationale, ils mettent le cap plus que jamais sur l'économie du savoir. Et pendant que plusieurs craignent les effets de la mondialisation, les décideurs de l'Outaouais et d'Ottawa y voient une occasion exceptionnelle de poursuivre les efforts amorcés sur le plan de la diversification économique.

Gatineau, où vit 72 % de la population de l'Outaouais québécois, a longtemps été perçue, à juste titre, comme une ville de fonctionnaires. Après tout, Gatineau, c'est aussi la capitale du Canada, tant sa vie et son avenir gravitent autour de sa proche voisine, Ottawa. Les deux centres-villes sont plus près l'un de l'autre que ceux de Montréal et de Longueuil.

Alors, quand Ottawa a cherché à s'affranchir d'une machine fédérale qui toussotait sous les problèmes financiers du gouvernement canadien, Gatineau a immédiatement emboîté le pas. Dans un contexte de lutte au déficit, marqué par des mises à pied massives dans la fonction publique fédérale, les décideurs de la communauté urbaine de Gatineau se sont attaqués à un défi de taille : la diversification de leur économie.

Depuis, la fonction publique partage la scène économique avec d'autres secteurs, qui permettent à l'agglomération d'Ottawa-Gatineau d'offrir une plus grande variété d'emplois.

«Cela a favorisé l'émergence d'entreprises du secteur des technologies de l'information», se rappelle Mario Lebeau, directeur général à la Corporation de développement économique de la Ville de Gatineau (CDE). Le secteur des TI emploie actuellement 2 400 personnes à Gatineau.

C'est encore peu. Malgré ses déboires, Nortel emploie à elle seule près de 6 000 personnes à Ottawa. Le gros du développement s'est effectué du côté d'Ottawa - surnommée la Silicon Valley du Nord par la presse spécialisée -, mais Gatineau aussi en a profité. «Aujourd'hui, nos entreprises technologiques embauchent 5 000 personnes, poursuit Mario Lebeau. Le tourisme a aussi connu un essor avec la création d'environ 10 000 emplois au cours des dernières années, surtout grâce au complexe du Hilton et du Casino, et au Parc de la Gatineau.»

Du boulot à abattre
Les intervenants économiques s'entendent d'ailleurs pour affirmer que la poursuite des efforts de diversification est l'un des plus grands défis que Gatineau devra relever dans l'avenir. Pour y parvenir, la CDE de la Ville de Gatineau effectue de la prospection à l'extérieur de la région et organise différents événements d'affaires. En novembre, elle recevra d'ailleurs la visite d'entrepreneurs chinois qui, dans le cadre d'un colloque, auront l'occasion de développer des liens avec des entreprises du territoire.

De plus, Gatineau continue de se positionner sur l'échiquier du savoir. Elle deviendra une plaque tournante mondiale des technologies langagières grâce à la construction, à compter de janvier prochain, du Centre de recherche en technologies langagières du Canada. Réalisé au coût de 49 millions de dollars, ce nouvel établissement du Conseil national de recherches du Canada logera environ 150 experts, qui développeront différents procédés de traduction mécanique.

«Parallèlement, nous travaillerons à la commercialisation des découvertes que réaliseront les chercheurs, soutient le porte-parole de la CDE. Ce centre nous permettra d'obtenir la plus forte masse critique dans le domaine des technologies langagières au monde et de nous positionner pour attirer des entreprises étrangères spécialisées dans ce créneau.»

Gatineau compte aussi développer le secteur de l'agroalimentaire au cours des deux prochaines années. Elle créera un agroparc industriel consacré à la culture, en serre, de petits fruits, de légumes et de plantes médicinales, qui seront vendus sur son territoire et dans les environs.

En plus de chercher des créneaux de développement et de diversification, la CDE doit venir en aide à ses commerçants et entrepreneurs qui, à l'approche de la retraite, se trouvent dépourvus de relève. «De nombreux entrepreneurs sont dans cette situation. Pour les aider, nous avons monté une banque d'occasions d'affaires qui compte environ 150 entreprises. Nous la mettrons à la disposition du public cet automne, par l'entremise de notre site Internet, pour favoriser l'essor d'une relève.»

À votre service
L'Outaouais constitue l'une des régions du Québec les plus tertiarisées. Selon des données d'Emploi-Québec, région de l'Outaouais, environ 83 % des emplois relèvent du secteur des services. C'est huit emplois sur dix!

La région s'illustre aussi sur le plan démographique : l'Outaouais figure au deuxième rang, après les Laurentides, au palmarès des régions québécoises comptant la plus jeune population. Cette caractéristique est attribuable entre autres à la présence de l'administration publique, qui attire chaque année des centaines de personnes dans la région, et à l'immigration, l'Outaouais étant le troisième pôle d'accueil des immigrants après Montréal et Québec.

À Gatineau, l'administration publique fédérale demeure le principal employeur, suivie des secteurs des soins de santé et des services sociaux, de l'enseignement, du commerce de détail et des pâtes et papiers.

En milieu rural, les emplois sont plutôt concentrés dans les domaines de l'agriculture et de la transformation du bois. Résultat? Gatineau est l'une des villes les plus fortunées du Québec, alors que la Vallée-de-la-Gatineau, Pontiac et Papineau se trouvent parmi les municipalités régionales de comté (MRC) les plus défavorisées de la province.

Des perspectives favorables
«En Outaouais, l'emploi a augmenté dans différents secteurs au cours des dernières années, dont la construction, les soins de santé et les services sociaux, l'hébergement et la restauration, et les technologies de l'information, affirme Ghislain Régis Yoka, économiste régional à Emploi-Québec, région de l'Outaouais. Cela s'explique entre autres par l'agrandissement et la construction d'écoles et de garderies, l'arrivée du Hilton à Gatineau, l'agrandissement du Casino, l'essor des entreprises technologiques et l'ouverture d'une multitude de restaurants.»

La croissance de l'emploi se poursuivra, principalement dans le pôle Gatineau-Ottawa. Selon Emploi-Québec, 29 300 postes seront disponibles entre 2002 et 2006 dans cette région, où le taux de chômage atteignait 6,1 % en mai dernier (comparativement à 8 % pour la moyenne québécoise).

«Sur les emplois disponibles, 57 % viendront de départs à la retraite et 43 % de la création de nouveaux postes, précise l'économiste régional. La demande se concentre dans les emplois nécessitant une formation collégiale (28,8 %), secondaire générale ou professionnelle (28,2 %) et universitaire (22,9 %). Une nouvelle étude, qui sera rendue publique au cours de l'automne, confirme cette tendance.»

Cap sur la relève
Les besoins de main-d'oeuvre sont particulièrement importants dans les industries de la construction et des pâtes et papiers, où il faut remplacer un personnel vieillissant. C'est le cas chez Bowater Canada, le plus important employeur industriel de la région. L'entreprise embauche 620 personnes à ses installations de Gatineau, où elle produit du papier journal. Elle est à la recherche d'une foule de travailleurs qualifiés, tels des machinistes, des techniciens en instrumentation, des mécaniciens et des électriciens.

«Nous devrons remplacer environ 90 travailleurs qui prendront leur retraite d'ici à 2007, affirme Luc Trempe, directeur du personnel. Nous recrutons à l'échelle du Québec, car les diplômés des formations des pâtes et papiers sont peu nombreux en Outaouais. Et c'est difficile, car le secteur est peu connu. Les jeunes ignorent que nos opérations sont entièrement automatisées et que les conditions salariales sont très intéressantes. Un travailleur qui commence sa carrière chez nous, à un poste de production, gagne environ 50 000 $ par année. C'est très intéressant.»

Le libre marché de la santé
On l'oublie souvent, mais Ottawa constitue l'un des principaux foyers de la francophonie canadienne. Ce n'est pas un hasard si l'Hôpital Montfort a réussi à survivre aux attaques du précédent gouvernement conservateur ontarien, qui cherchait ni plus ni moins à le fermer à la fin des années 90.

La région s'illustre aussi sur le plan démographique : l'Outaouais figure au deuxième rang, après les Laurentides, au palmarès des régions québécoises comptant la plus jeune population.
Deux ans après avoir gagné la bataille pour sa survie, le seul hôpital d'enseignement francophone en Ontario vit une renaissance improbable. Un projet d'agrandissement de plus de 220 millions de dollars s'amorce cet automne. «Nous passerons, d'ici à trois ans, d'une capacité de 200 lits à 289 lits, dit Hélène Hamilton, directrice des ressources humaines. Quant à notre effectif, il atteindra environ 1 600 employés.»

Actuellement, Montfort emploie 950 personnes. «Nous avons donc des défis monstres sur le plan du recrutement. Cette année, nous devons recruter 400 employés. Nous recherchons des infirmières, des pharmaciens, des médecins... bref, pratiquement tous les professionnels de la santé, y compris du personnel administratif, tels des gestionnaires aux ressources humaines. En six mois, nous en avons embauché plus de 200.»

Ce résultat exceptionnel s'explique dans une large part par la réputation d'excellence de l'établissement... et par son caractère francophone, qui séduit plusieurs professionnels de la santé du nord de l'Ontario et de l'Outaouais.

De l'espoir pour le milieu rural
Ailleurs en Outaouais, le développement économique continuera de reposer sur l'exploitation agricole et la transformation du bois. Or, l'économie rurale pourrait connaître des jours meilleurs dans quelques années, entre autres grâce à l'Université du Québec en Outaouais.

«Nous prévoyons implanter des programmes en sciences naturelles, notamment en biologie, pour être en mesure d'intervenir dans le secteur forestier, déclare le recteur Francis Whyte. D'ici à trois ans, des programmes d'enseignement seront offerts, en partenariat avec l'industrie. Nous avons aussi l'intention de mettre sur pied un programme en gestion touristique dans cinq ans environ, un secteur qui présente de belles perspectives de développement.»

En poursuivant les efforts de diversification de l'économie de Gatineau et en soutenant le développement en milieu rural, l'Outaouais continuera longemps, sans aucun doute, de s'imposer comme l'une des régions les plus dynamiques du Québec sur le plan socioéconomique. Et elle comptera encore longtemps parmi les plus attrayantes pour les chercheurs d'emploi en quête d'un tremplin pour redonner de l'altitude à leur carrière.


Une première au Québec

L'automne dernier, les services d'admission de la formation professionnelle des quatre commissions scolaires de l'Outaouais ont été regroupés au sein d'une seule entité, le Service régional de la formation professionnelle en Outaouais. Un an plus tard, personne ne parle de défusion. Au contraire, tous saluent cette initiative qui engendre déjà son lot de retombées positives.

Selon Richard Champagne, directeur du Service, la fusion constituait un élément de solution pour s'attaquer à un problème criant en Outaouais : le décrochage scolaire. Dans les régions où le marché du travail est particulièrement dynamique, de nombreux jeunes sont tentés - et cèdent à la tentation - de quitter l'école pour entrer sur le marché du travail. Dans cette région, le taux de décrochage frise les 35 %. Et la formation professionnelle, l'une des pistes pour contrer ce phénomène, y est peu connue.

«En unissant nos forces, nous sommes mieux outillés pour promouvoir notre offre de formation et pour effectuer l'analyse des besoins. Et plutôt que de travailler dans une dynamique de concurrence, nous adoptons une approche axée sur la complémentarité. D'ailleurs, nous ajoutons une centaine de places dans les centres de formation de la région cette année.»

Cette fusion tranquille en inspirera-t-elle d'autres? C'est fort probable, des administrateurs de commissions scolaires de différentes régions du Québec ayant communiqué avec M. Champagne et son équipe pour obtenir de l'information sur cette initiative. (S. T.)


They love Québec

En visite impromptue dans la région outaouaise en juin dernier, le magazine Jobboom s'est demandé ce qui pouvait bien retenir les Québécois habitant Gatineau de déménager en Ontario et d'ainsi bénéficier de substantielles économies d'impôts.

La réponse est apparue le jour même de ce séjour, à la une du quotidien Le Droit : Tout!

Le prix des maisons d'abord, jusqu'à 33 % moins élevé en moyenne du côté québécois, a rapporté le quotidien de la capitale fédérale. Pour l'accès aux garderies, une famille habitant du côté nord de la rivière peut économiser jusqu'à 1 000 $ par mois. Même chose pour l'assurance automobile, alors que les économies réalisées grâce au système du no-fault québécois frisent les 1 000 $ par année. L'accès à l'école privée, largement subventionnée au Québec contrairement à l'Ontario, peut coûter moins de la moitié à un Québécois de ce que doit débourser un Ontarien. De plus, depuis le dernier budget provincial de l'Ontario, avec l'ajout d'une taxe spéciale pour financer le système de santé, certaines catégories de contribuables de la région Ottawa-Gatineau ont maintenant avantage à désigner le Québec comme lieu de résidence. C'est le cas notamment pour un couple avec un enfant ou plus déclarant un revenu familial de 60 000 $, qui ainsi paie 800 $ de moins en impôts que s'il résidait en Ontario.

(Éric Grenier)


OUTAOUAIS

Secteurs qui recrutent
  • Administration publique
  • Commerce
  • Hébergement et restauration
  • Service d'enseignement
  • Soins de santé
Les plus recherchés
Secondaire
  • Monteurs et contrôleurs de produits en bois
Collégial
  • Infirmiers
  • Mécaniciens, techniciens et contrôleurs d'avionique
  • Techniciens de laboratoire médical
  • Technologues et techniciens en chimie appliquée
  • Technologues et techniciens en génie mécanique
Université
  • Agents en valeurs
  • Architectes
  • Avocats et notaires
  • Économistes
  • Ingénieurs
  • Médecins spécialistes
  • Omnipraticiens
  • Pharmaciens
  • Physiciens
  • Spécialistes des ressources humaines
  • Traducteurs
  • Vérificateurs et comptables
(Source : Emploi-Québec. Le marché du travail dans la région de l'Outaouais, Perspectives professionnelles 2002-2006, 2003.)


Choix de vie
Portrait

par Sylvain Turner

Pour Guy-Carl Thériault, un entrepreneur de 35 ans qui a grandi sur la rive sud de Montréal, l'Outaouais est devenu le théâtre de sa propre success story.

«J'ai été musicien professionnel durant plus de 10 ans, raconte-t-il. J'ai fait des tournées partout au Québec avec mon groupe rock, le Super 7. Quand nous étions de passage en Outaouais, les gens étaient si chaleureux que je suis devenu amoureux de la région. À un point tel qu'en 1999, je me suis installé à Gatineau.»

Le nouveau résident a travaillé deux ans à titre de technicien en sonorisation et de musicien dans un club de golf. Parallèlement, il a développé un projet qui allait lui ouvrir de vastes horizons : la création de sa propre entreprise. En 2002, après une préparation rigoureuse, V.I.P. Concept ouvrait ses portes.

Située à Gatineau, l'entreprise de l'ancien musicien offre des services techniques en matière de sonorisation, d'éclairage et de projection audiovisuelle pour des événements et des spectacles. Elle effectue également la vente, la location et la réparation d'appareils. Sa clientèle se compose d'entreprises et d'organismes qui réalisent des événements, tels des colloques et des festivals.

Loin de se limiter à l'Outaouais, les activités de V.I.P. Concept s'étendent au nord de l'Ontario et à d'autres régions du Québec. «Le fait qu'il n'y avait pas beaucoup d'entreprises spécialisées dans la sonorisation ici nous a permis de nous développer rapidement. En deux ans, nous avons quadruplé la superficie de nos installations. Quant à notre équipe, elle compte maintenant une quinzaine d'employés et collaborateurs réguliers.»

Le vent dans les voiles, V.I.P. Concept a ajouté une multitude de réalisations à sa feuille de route. Elle a entre autres organisé un événement audiovisuel dans le cadre de Star Académie 2. Elle a aussi réalisé deux projets au Casino du Lac-Leamy, dont la projection et le montage d'éléments audiovisuels pour la comédie musicale Napoléon.

«L'Outaouais est une région en pleine expansion, où règne un solide esprit d'entrepreneuriat. De plus, les ressources ne manquent pas en matière de démarrage d'entreprises.»


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