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  [Marché du travail]
Ça s'explique
par Éric Grenier

Le marché du travail recèle d'étranges phénomènes qui semblent inexplicables ou même contraires au bon sens. Jobboom tentera chaque mois de résoudre l'un de ces mystères.

Le marché du travail recèle d'étranges phénomènes qui semblent inexplicables ou même contraires au bon sens. Jobboom tentera chaque mois de résoudre l'un de ces mystères.

Ces derniers mois, le gouvernement du Québec a annoncé le gel de toute embauche, l'abolition de 16 000 postes, le recrutement prochain de fonctionnaires retraités à titre de consultants... Mais du même souffle, il affirme qu'il y aura de belles perspectives de carrière dans la fonction publique! Comment est-ce possible?


Si le gouvernement peut ainsi ménager la chèvre et le chou sans douleur, c'est qu'il a une veine du tonnerre. En effet, ses projets de modernisation de l'État, dont l'objectif est de le rendre plus svelte, se mettront en branle au moment où un nombre considérable de fonctionnaires prendront leur retraite. D'ici à 2014, près de la moitié des fonctionnaires présentement en emploi auront quitté le navire, soit quelque 32 000 salariés et cadres.

Même si les libéraux ont promis de réduire la taille et les missions de l'État, le gouvernement ne pourra se passer de toute cette main-d'oeuvre. Des 32 000 postes laissés vacants par les retraités, la moitié seront abolis, selon le Plan de modernisation de l'État québécois déposé le printemps dernier. Les 16 000 autres devront, en conséquence, être pourvus par de nouveaux venus.

Ce qui permet au Secrétariat du Conseil du Trésor de poursuivre les efforts de rajeunissement de la fonction publique amorcés par le précédent gouvernement. En moyenne, il pourrait y avoir 1 600 emplois gouvernementaux disponibles par année, soit chaque fois l'équivalent d'une usine GM! Et c'est 400 embauches de plus que la moyenne des dix dernières années.

Pour convaincre les jeunes des bienfaits d'une carrière dans la fonction publique, le gouvernement entend faire de la conciliation travail-famille un attrait majeur. «C'est ainsi que le gouvernement continuera de soutenir l'aménagement du temps de travail, permettant la semaine de travail réduite et l'accumulation de congés annuels, sans perte de droits ou d'avantages liés aux régimes de retraite», peut-on lire dans le Plan de gestion des ressources humaines de l'État, déposé en juin dernier.

Quant à l'embauche de retraités à titre de consultants, la mesure ne viserait qu'à mieux soutenir la transmission des connaissances et des compétences à la relève, selon le Conseil du Trésor. Cela se fera notamment par de l'accompagnement (du «coaching») et du mentorat avec la participation des employés déjà en place, et des ressources externes, les fameux retraités consultants.

On ne connaît pas encore le nombre précis d'embauches annuelles. Ce n'est que le 15 novembre prochain que chaque ministère déposera ses prévisions de renouvellement de la main-d'oeuvre pour chaque exercice financier de la période 2005-2008.

Par ailleurs, le Secrétariat du Conseil du Trésor veut faciliter le dépôt de candidatures pour les emplois au gouvernement. Ainsi, un candidat pourrait se qualifier pour plusieurs postes au terme d'un seul processus d'évaluation au lieu de se soumettre à de nombreux concours pour parvenir au même résultat. Un citoyen pourrait s'inscrire en tout temps au processus d'évaluation, ce qui lui permettrait d'avoir un accès plus fréquent aux emplois de la fonction publique.

Quant au gel d'embauche décrété en janvier dernier, il est survenu au moment où le gouvernement tentait désespérément de boucler son budget de 2003-2004 sans déficit. Depuis la prise du pouvoir par les libéraux en 2003, le nombre d'employés de l'État n'avait cessé d'augmenter, malgré un présumé manque à gagner de plus de quatre milliards de dollars dans les coffres gouvernementaux. Selon la présidente du Conseil du Trésor, Monique Jérôme-Forget, il s'agissait d'une mesure temporaire, le temps que son gouvernement accouche de ses plans de modernisation de l'État et de gestion des ressources humaines. Le gel d'embauche n'est d'ailleurs plus en vigueur depuis avril dernier.



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