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  [Marché du travail]
Les clubs de recherche d'emploi
Chacun cherche son job

par Léa Roboam
photos Stéphane Gougeon

Les clubs de recherche d'emploi (CRE) fêtent leur vingtième anniversaire d'implantation au Québec cet automne. C'est l'heure du bilan pour ces institutions qui forment les sans-emploi à une recherche de boulot active et efficace. Nous sommes allés voir comment ça se passait au CRE du quartier Côte-des-Neiges, à Montréal.

En voyant les témoignages débordants d'enthousiasme de «clients satisfaits» sur le babillard du CRE de Côte-des-Neiges, on a l'impression de lire une publicité vantant les mérites d'un de ces fallacieux produits amaigrissants miracles.

«Lâchez surtout pas, je vous le jure, ça marche! Bravo, le club.»

«L'emploi est là, cherchez et vous trouverez...»

Or, il n'en est rien. La formule des CRE, qui célèbrent en 2004 vingt années d'aide aux sans-emploi du Québec, s'est révélée au fil des ans une entreprise sérieuse qui a rendu de réels et fiers services à plus de 46 000 personnes. «Être audacieux et énergique, c'est ce que l'on nous apprend au club de recherche d'emploi», témoigne Hayat Smili, 36 ans, une participante du CRE de Côte-des-Neiges.

Car, dans les CRE, personne ne vous trouve un job; ce qu'on vous enseigne, c'est comment le trouver. «Nous aidons la personne à trouver un emploi correspondant à ses objectifs dans les meilleurs délais», résume Diane Brunelle, directrice du CRE de Côte-des-Neiges.

Ces organismes sans but lucratif (il en existe une quarantaine au Québec) réunissent sous un même toit une formation, un accompagnement et un ensemble de services permettant au chercheur d'emploi d'effectuer une recherche active et efficace.

Grâce à une participation financière d'Emploi-Québec, ce service est offert gratuitement à tous les chercheurs d'emploi. Pour y être admis, une seule condition : avoir un objectif d'emploi clair et, surtout, réaliste. C'est-à-dire posséder la formation ou l'expérience requise pour le poste visé. «Celui qui souhaite un poste d'ingénieur, mais n'a pas fini sa cinquième secondaire sera orienté vers un retour aux études, illustre Diane Brunelle. Le club de recherche est une activité de fin de parcours. Si le chercheur d'emploi a des besoins spécifiques pour développer son employabilité, il doit le faire avant de venir nous voir.»

Dans les CRE, personne ne vous trouve un job; ce qu'on vous enseigne, c'est comment le trouver.
La force des CRE est de donner les moyens aux chercheurs d'emploi de débusquer les offres du «marché caché»; 80 % des postes ouverts ne seraient pas annoncés dans la presse mais d'abord à l'interne, dans l'entreprise, et ensuite diffusés par le biais du réseau de connaissances personnelles et professionnelles.

Méthode éprouvée
Les CRE utilisent une méthode développée par le psychologue américain Nathan Azrin dans les années 60 et adaptée au Québec au début des années 80. Il s'agit d'une approche basée sur des conseils très concrets et pratiques invitant le chercheur d'emploi à changer ses mauvaises habitudes en matière de recherche d'emploi, comme l'envoi de CV en nombre incalculable.

«C'est une démarche inutile», lance Chantal, conseillère en emploi depuis plus de sept ans au CRE de Côte-des-Neiges. «Parce que pour faire une recherche d'emploi efficace, il faut s'assurer de faire le suivi de chacun des CV que l'on envoie.» Une mission impossible quand le démarcheur fait des centaines d'envois...

Le coeur de la méthode «Club» consiste plutôt à aller spontanément au-devant des besoins des employeurs, et à faire valoir ses compétences afin d'être déjà connu d'eux quand ils auront besoin d'embaucher.

Selon plusieurs participants des CRE, le succès de la méthode s'est avéré. Fadi El Chehabi, 32 ans, vient de terminer sa formation. Au pays depuis trois ans, il ne pensait pas pouvoir appeler des employeurs potentiels de façon spontanée, sans invitation sous forme d'offre d'emploi, de peur d'être impoli. «Pourtant, 80 % des emplois se trouvent de cette façon. C'est ce que cette formation m'a appris de plus important», affirme Fadi.

Bienvenue au club
Au cours d'une formation de trois semaines en groupe, les chercheurs d'emploi reçoivent les outils et les techniques pour devenir les véritables acteurs de leur recherche.

Travail sur la connaissance de soi et sur ses compétences, appels aux amis et connaissances, rédaction d'une carte de présentation et d'un CV, appels aux employeurs (une heure par jour minimum, obligatoire) et entrevue filmée constituent le socle du programme. L'émulation du groupe et l'entraide entre participants sont deux autres aspects de la méthode qui favorisent la réussite.

Une session d'information est préalable à toute inscription. «Nous voulons que le chercheur d'emploi comprenne bien ce que nous lui apportons et quelles sont ses obligations», insiste la directrice, Diane Brunelle.

Après la session d'information, chaque candidat est reçu en entretien individuel pour évaluer sa motivation à mener une recherche active à temps plein et suivre une méthode directive. Car elle l'est... Pas question de se soustraire aux 10 appels aux employeurs par jour auxquels doivent impérativement se soumettre les participants. Le conseiller en emploi y veille. Le côté rébarbatif, et parfois frustrant de ces appels, est d'ailleurs l'aspect de la méthode le plus souvent décrié par ses détracteurs.

Mais les résultats parlent en faveur de la méthode : 75 % des personnes trouvent du travail dans les quatre mois et 81 % dans les six mois suivant la formation. Avec de tels taux de placement, l'investissement de 14 millions de dollars par année d'Emploi-Québec se justifie. «Les CRE sont complémentaires aux centres locaux d'emploi (CLE) d'Emploi-Québec, explique Claude Paquin, chef des affaires publiques à Emploi-Québec. Il n'y a jamais eu de remise en question de leur pertinence. La formule des clubs et le processus mis en place, qui sont très méthodiques et assez complets, représentent une approche intéressante.»

Pour Monica Gros, l'approche n'est pas intéressante, elle est carrément efficace. Elle a été engagée comme technicienne comptable une semaine seulement après la fin de sa formation au CRE. «J'ai été reçue en entrevue durant dix minutes seulement. Je n'avais alors que très peu de temps pour parler de moi et de mes compétences, mais grâce à la formation du club, j'étais très bien préparée.»

Rompre l'isolement
L'intérêt principal de joindre un club de recherche d'emploi, c'est d'abord de recevoir les outils pour effectuer une recherche efficace. Mais pour de nombreux participants, il y en a un autre : sortir de chez soi et rompre l'isolement.

Sylvain, conseiller en emploi au CRE de Côte-des-Neiges, a le mandat de motiver les participants qui, seuls chez eux, ont plutôt une tendance au découragement. «La dynamique du groupe est très importante pour la motivation», insiste cet entraîneur de soccer qui croit en l'esprit d'équipe.

Chantal, conseillère en emploi, tire sa principale satisfaction du soutien qu'elle apporte à ses participants, surtout ceux qui sont tentés de décrocher. «Quand ils me disent : "Ça me fait du bien quand tu me parles", j'ai le sentiment d'avoir rempli ma mission», confie-t-elle.

Après trois semaines d'accompagnement intensif dans un CRE, le retour à la maison des chômeurs qui ont suivi la formation est appréhendé. Mais le participant n'est pas livré à lui-même à sa sortie. Le CRE offre des séances de suivi, une matinée par mois pendant trois mois. Le but : garder intacte la motivation des chercheurs d'emploi, pour qu'ils restent actifs dans leurs recherches.

Junelle Jean, 35 ans, a terminé la formation depuis deux mois. De retour chez elle, elle avoue faire de la recherche d'emploi buissonnière, en n'appelant pas systématiquement 10 employeurs potentiels par jour. «C'est que le téléphone et moi, nous ne faisons pas bon ménage... Mais j'ai gardé de bons réflexes.»

Ainsi, quand une nouvelle entreprise s'est installée dans son quartier, elle est allée proposer ses services derechef. On lui a demandé d'envoyer son CV par télécopieur, mais elle a insisté pour l'apporter en personne.

Car l'un des principaux objectifs des CRE est de rendre les chercheurs d'emploi le plus autonomes possible. «Ceux qui sont passés par un CRE savent désormais comment chercher du travail, insiste Diane Brunelle. Et cela leur servira toujours...»

Le moins souvent possible, svp!


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