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[Formation | Emploi]
Les carrières de l'assurance de dommages
Sans risque
par Pierre St-Arnaud
L'assurance de dommages vit une période faste depuis quelques années, avec toujours plus de maisons, d'autos et autres biens à assurer. De plus, l'industrie se mondialise et les entreprises grossissent, à la faveur d'acquisitions et de fusions. Résultat : elle manque cruellement de main-d'oeuvre. Pourtant, l'assurance de dommages offre de grandes possibilités de carrière à tous ceux et celles qui désirent gravir les échelons.
On ne pourrait compter tous les garçons qui veulent devenir pompiers ou médecins et toutes les filles qui aspirent au titre de vétérinaire ou d'avocate. Rares sont ceux qui rêvent d'être courtiers en assurance de dommages ou experts en sinistres...
Les personnes qui exercent ces professions se comptent tout de même par milliers au Québec. Comment sont-elles arrivées dans l'industrie de l'assurance de dommages? La plupart du temps - sans mauvais jeu de mots - par accident!
«C'est le chômage qui m'a amené là!» raconte Dominic Roy, 37 ans, un inspecteur en évaluation des risques physiques à La Capitale assurances générales. «Je travaillais en architecture et puis je me suis retrouvé sans emploi. Pour me réorienter, j'ai suivi une formation en assurance de dommages.»
Un choix judicieux : l'assurance de dommages est une industrie à peu près increvable. Tout ce qui roule sur nos routes doit être obligatoirement assuré, et les maisons, les logis et les biens qu'ils abritent sont, sauf exception, assurés.
Aujourd'hui, Dominic Roy ne se verrait plus ailleurs. «J'ai eu le coup de foudre pour ce milieu. Je me suis rendu compte que ça touchait le droit, le Code civil, les lois relatives aux assurances. Comme j'avais déjà pensé devenir avocat, j'ai adoré ça. Nous savons que les gens ne lisent pas leurs contrats d'assurance et ne s'y retrouvent pas. Alors, à moi de les éclairer et de vulgariser pour eux le contrat!»
Pour les nouveaux venus dans l'industrie, l'offre est alléchante : 96 % des diplômés en assurance de dommages au cégep dénichent un emploi dans le domaine.
Son travail comporte des avantages indéniables. «Je travaille sur la route, j'ai mon bureau à la maison, j'ai beaucoup de liberté. Je décide de mes horaires moi-même.»
Attirer la relève
L'assurance de dommages au Québec, c'est 1 800 entreprises (compagnies et cabinets de courtiers) affichant un chiffre d'affaires global de six milliards de dollars. Elles embauchent quelque 23 000 personnes, dont plus de 11 000 professionnels certifiés de l'assurance - agents, courtiers et experts en sinistres - dont le travail est réglementé par l'Autorité des marchés financiers (AMF) du Québec.
Pour les nouveaux venus dans l'industrie, l'offre est alléchante : 96 % des diplômés en assurance de dommages au cégep dénichent un emploi dans le domaine; et certains d'entre eux commencent leur carrière avec un salaire de plus de 35 000 $.
Des chiffres qui ne surprennent guère, puisque l'assurance de dommages est en pleine ébullition. La concurrence est féroce entre les compagnies, dont certaines sont devenues des joueurs de calibre mondial. De plus, le nombre de voitures à assurer augmente sans cesse au Québec, tout comme le nombre de ménages.
Qui plus est, les entreprises éprouvent de sérieuses difficultés à recruter tout le nouveau personnel dont elles ont besoin.
«Il faut changer l'image de l'industrie pour que les jeunes soient beaucoup plus sensibles aux carrières stimulantes qu'on retrouve dans l'assurance, leur faire valoir les possibilités d'avancement (voir texte p. 34) et la rémunération intéressante», insiste Robert Lagarde, président de la Coalition pour la promotion des professions en assurance de dommages et président et chef de la direction chez Dale Parizeau LM.
Un sondage réalisé en 2004 pour la Coalition auprès de 358 entreprises indique qu'il pourrait y avoir 4 600 emplois disponibles entre 2004 et 2006. Selon ce sondage, 35 % des répondants se disent en pénurie de courtiers, 46 % en pénurie d'agents, 21 % se disent en pénurie d'experts en sinistres au service d'un assureur, 32 % parlent de pénurie d'experts en sinistres indépendants et 20 % sont en pénurie de personnel de service à la clientèle.
Déjà, les efforts de la Coalition semblent porter leurs fruits. Ainsi, en 2003-2004, le nombre d'inscriptions à la formation collégiale en assurances et services financiers a augmenté de 50 %.
Mais les préjugés contre l'assurance sont tenaces. «Quand je me suis joint à cette industrie», raconte Louis Cyr, directeur adjoint au vice-président chez le courtier Dale Parizeau LM, le plus grand cabinet au Québec, «j'étais regardé bizarrement par mon entourage, qui me disait : "Qu'est-ce que tu fais dans l'assurance? La valise avec l'habit et les bas bruns, c'est quoi l'idée?"»
«La force de l'industrie de l'assurance, c'est sa rapidité d'intervention.»
- Louis Cyr, directeur adjoint au vice-président chez Dale Parizeau LM
«L'image du petit monsieur en habit brun avec sa mallette qui va de porte en porte existe bel et bien», ajoute Lucie Boutin, experte en sinistres chez BELAIRdirect depuis 12 ans. «Mais la réalité est très différente!»
Aujourd'hui, ce sont les clients qui frappent aux portes des assureurs - ou leur téléphonent!
Des professionnels certifiés
En assurance de dommages, il y a trois titres professionnels certifiés par l'AMF : agent, courtier et expert en sinistres/souscripteur.
L'agent et le courtier sont habilités à vendre des produits d'assurance et à conseiller les clients en la matière, avec la différence que l'agent travaille pour un assureur, alors que le courtier, à son compte, représente ses clients auprès de plusieurs assureurs.
De leur côté, les experts en sinistres sont des spécialistes de l'évaluation des biens et des dommages subis, alors que les souscripteurs sont spécialisés dans l'évaluation des risques et des biens.
Toutes ces certifications comprennent deux sous-catégories, soit l'assurance des particuliers (automobile et résidentielle) et l'assurance d'entreprise (responsabilité civile, professionnelle, cargo, biens, automobile commerciale, aviation, cautionnement, maritime, etc.) quoiqu'un agent, courtier ou expert puisse détenir un permis qui combine les deux sous-groupes.
C'est le cas de Dominic Roy, qui détient une certification d'agent et occupe la fonction d'inspecteur. Il remplit en quelque sorte une tâche d'analyste enquêteur, c'est-à-dire qu'il évalue le risque que représente un assuré potentiel afin de déterminer si ce dernier est admissible à une police. «Dans le domaine résidentiel, je prends les dimensions de la maison, je regarde la finition, la plomberie, l'électricité. Je vérifie la sécurité des lieux, s'il y a une piscine et si c'est sûr pour les enfants, s'il y a des rampes, etc. Dans le secteur commercial, c'est très varié. Par exemple, dans le cas d'une ébénisterie, je dois m'assurer que la ventilation est adéquate là où on applique la peinture, qu'il n'y a pas de risques d'incendie avec la poussière de bois. Il y a tellement de choses à vérifier.»
«J'aime le défi que représente l'analyse des risques.»
- Mélanie Carrière, analyste au service à la clientèle chez Meloche Monnex
Mélanie Carrière occupait un poste dans le secteur bancaire lorsqu'elle s'est laissé tenter par une offre d'emploi chez le courtier Meloche Monnex, une filiale du Groupe financier Banque TD (Toronto-Dominion), la quatrième institution financière
au Canada.
Cette analyste au service à la clientèle, qui supervise une équipe de 10 personnes, apprécie particulièrement le volet «enquêteur» de son travail. «J'aime le défi que représente l'analyse des risques. Même si j'inscris le type de véhicule et l'âge d'un client dans le système informatique pour obtenir une tarification, ça ne me dira pas nécessairement si cette personne a eu une suspension de permis, par exemple. Cela influence la décision de prendre ou non le client ou de majorer sa prime. Ce sont des choses qu'on vérifie avec les indices qu'il nous donne lors d'une conversation.»
Lucie Boutin ne se croyait pas non plus destinée à une carrière d'experte en sinistres. Avec son diplôme d'études collégiales en psychologie, elle se dirigeait plutôt vers une carrière de... professeure au primaire et au préscolaire! Or, cette formation lui est tout de même fort utile. «Les sinistres sont des situations très difficiles à vivre pour les assurés, peu importe l'ampleur de ce qui leur est arrivé. Ce que j'aime a priori, c'est le fait de leur offrir du soutien et de l'aide. Les clients ont besoin qu'on soit à l'écoute, qu'on ait beaucoup d'empathie et qu'on réponde à leurs besoins le plus rapidement possible.»
La mauvaise réputation de l'industrie de l'assurance de dommages auprès du public - qui a des conséquences sur le recrutement de la nouvelle main-d'oeuvre - a poussé Louis Cyr à prendre les ondes d'assaut! Les auditeurs de CKAC, à Montréal, le connaissent comme étant «l'homme fort de l'assurance», une référence à son célèbre homonyme, «l'homme le plus fort du monde», qui vécut au début du XXe siècle. Il anime l'émission Le monde de l'assurance chaque dimanche matin, où il répond notamment aux questions des auditeurs.
«Après le verglas de 1998, où les médias avaient répandu toutes sortes de faussetés sur l'assurance, dit-il, je me suis demandé pourquoi il n'y aurait pas une émission d'assurance avec un gars de l'industrie, pour donner l'heure juste aux gens et leur faire réaliser que c'est une industrie essentielle.»
Il compare, à titre d'exemple, les inondations au Saguenay en 1996, une catastrophe naturelle d'un type qui est exclu des contrats d'assurance et dont l'indemnisation relève de la Sécurité civile gouvernementale, et le verglas de 1998 en Montérégie, couvert par la majorité des contrats. «En 2004, il y a encore des Saguenéens qui n'ont pas été indemnisés par le gouvernement. Par contre, 10 mois après le verglas, quand on traversait la Montérégie, il n'y avait plus aucune trace du sinistre. La force de l'industrie de l'assurance, c'est sa rapidité d'intervention.»
Les portes du métier
Étape 1 : Formation
Remplir l'une des conditions suivantes
- Être titulaire d'un diplôme d'études secondaires (DES) ou avoir atteint un niveau d'études équivalent et avoir occupé un emploi à temps plein (dans n'importe quel domaine) pendant au moins trois années (une exigence minimale temporaire instaurée pour faire face à la pénurie, exigence qui sera en vigueur jusqu'au 1er novembre 2005).
- Être titulaire d'un diplôme d'études postsecondaires dans n'importe quelle discipline comprenant au moins 450 heures de formation, et apprendre par soi-même les rudiments de la profession au moyen des manuels d'assurance de l'Autorité des marchés financiers.
- Être titulaire d'un diplôme d'études secondaires (DES) et d'une attestation d'études collégiales (AEC) en assurance de dommages.
- Être titulaire d'un diplôme d'études collégiales (DEC) en conseil en assurance et services financiers.
Étape 2 : Examens de l'Autorité des marchés financiers
- Réussir les examens de l'Autorité des marchés financiers (AMF). Les candidats qui n'ont pas suivi la formation collégiale en assurance de dommages (DEC ou AEC) peuvent commander les manuels d'assurance à l'AMF ou faire la formation intensive du Regroupement des cabinets de courtage d'assurance du Québec (RCCAQ-Courtier 101) pour devenir courtiers en assurance de dommages des particuliers.
Étape 3 : Stage
- Effectuer un stage de 45 ou 90 jours (selon la discipline choisie). Une fois les examens réussis et le stage terminé, le candidat à la profession obtient le statut de professionnel ainsi que le droit de pratiquer au Québec.
- Après l'obtention du certificat, la pratique professionnelle des agents, des courtiers et des experts en sinistres est encadrée par la Chambre de l'assurance de dommages (ChAD). La ChAD s'occupe de faire respecter les règles et les devoirs professionnels de ses membres (agents, courtiers et experts) et veille à leur formation continue.
(P. S.-A.)
Carrières prometteuses
L'assurance mène à tout! Des possibilités de carrière insoupçonnées s'ouvrent aux nouveaux agents, courtiers ou experts en sinistres.
par Sylvain Turner et Pierre St-Arnaud
Les compagnies d'assurance et les courtiers devront redoubler d'efforts sur le plan du recrutement. En effet, un sondage réalisé en janvier 2004 pour la Coalition pour la promotion des professions en assurance de dommages révèle qu'un nombre important d'employeurs de cette industrie sont en pénurie
de main-d'oeuvre.
Parmi les arguments qu'utilise la Coalition pour attirer les jeunes candidats dans le monde de l'assurance, il y a les possibilités de carrière nombreuses et, surtout, insoupçonnées.
«Quelqu'un qui commence dans l'industrie est assuré de se trouver un emploi, mais surtout de gravir les échelons», affirme Zoé Fournier, agente de communication à la Chambre de l'assurance de dommages (ChAD), l'organisme qui encadre la pratique des professionnels de l'industrie.
En effet, les jeunes commencent généralement leur carrière au poste d'agent ou de courtier en assurance de dommages ou d'expert en sinistres. «L'assurance mène à tout, affirme Louis Cyr, animateur de l'émission radiophonique Le monde de l'assurance, à CKAC. La ligne de feu, ce sont les agents et les courtiers. On entre dans l'industrie par ces portes-là et une fois qu'elles sont franchies, on a la possibilité d'aller dans toutes sortes de domaines.»
S'ils le désirent, ils peuvent rapidement accéder à de nouvelles responsabilités, tout en demeurant dans leur créneau de départ. «Un agent peut devenir superviseur d'équipe, puis directeur des ventes ou d'un module, souligne Zoé Fournier. Un expert en sinistres peut également décrocher le poste de superviseur d'équipe, puis celui de directeur des réclamations.»
«Les gens qui gèrent les grandes sociétés d'assurance ont presque tous commencé à la vente, au service à la clientèle ou en comptabilité, ajoute Louis Cyr. Alors rien n'interdit aux jeunes qui débutent d'espérer un jour remplacer ces gestionnaires.»
«Les grands financiers se retrouvent souvent dans l'assurance, poursuit-il. Ça prend des personnes de ce genre pour placer des millions de dollars de primes tout en étant capables de conserver assez de liquidités pour payer les réclamations. En actuariat, les statisticiens trouvent les emplois les plus stimulants dans l'industrie de l'assurance. Depuis quelques années, on voit même de plus en plus de créatifs en marketing dans notre domaine. Puis, il y a les communications et la gestion des ressources humaines : il y a des dizaines de milliers d'employés dans cette industrie, qu'il faut gérer avec des budgets énormes.»
Le courtier constitue quant à lui l'exception qui confirme la règle. Généralement entrepreneur, il ne peut accéder au sommet, il y est déjà! Par contre, il pourra se spécialiser dans un créneau particulier, telle l'assurance des entreprises, et accroître son chiffre d'affaires.
La formation continue, tremplin de l'ascension
La formation continue est le tremplin qui permet aux jeunes professionnels de l'assurance de progresser dans la hiérarchie. D'ailleurs, l'Institut de l'assurance du Québec offre des cours sur mesure, entre autres dans le cadre du programme Professionnel de l'assurance agréé.
«Cette formation permet de développer de nouvelles compétences et, par le fait même, de s'outiller pour connaître de l'avancement, affirme Chantal Langelier, spécialiste en formation et en développement chez Meloche Monnex. Cela en vaut la peine, car il est possible de gravir les échelons en quelques années seulement dans les grandes entreprises et, ainsi, de relever sans cesse de nouveaux défis.»
Fraudeurs du dimanche
Réclamations loufoques
Dans l'assurance, les dossiers les plus délirants sont généralement de maladroites tentatives de fraude. L'escroquerie coûterait environ 1,3 milliard de dollars aux titulaires de polices, selon le Bureau d'assurance du Canada et la Coalition canadienne contre la fraude à l'assurance, qui ont recensé pour nous quelques mésaventures pour le moins loufoques.
par Jean-Sébastien Marsan
- Une femme blessée dans un accident de voiture avait empoché 250 000 $ d'indemnités de son assureur. Avec ce magot, elle s'est acheté une maison pour y mener une vie rock'n'roll : ses partys, très courus, ont endommagé la demeure. Ruinée, la propriétaire a entrepris l'an dernier d'incendier son domicile pour recevoir des dédommagements de son assureur. Malchance : le feu a percé un tuyau d'eau en plastique, ce qui a éteint les flammes! La fumée a néanmoins provoqué suffisamment de dégâts pour justifier une réclamation. Les experts en sinistres ont toutefois découvert le pot aux roses et, par la suite, que des biens déclarés perdus étaient confiés à des établissements de prêts sur gage. Le party était à l'eau.
- Un cas aussi classique que grotesque est celui de l'assuré qui loue à son nom un entrepôt pour y cacher des biens qu'il prétendra ensuite avoir perdus dans un sinistre. L'an dernier, la police a arrêté un assuré qui avait payé avec sa carte de crédit l'entreposage de son Jeep Cherokee prétendu volé six ans auparavant...
- En 2002, un résident d'Ottawa s'est vanté à son entourage qu'il commettrait le vol de son propre véhicule pour ensuite réclamer une indemnisation. La rumeur de ce projet a couru jusqu'à l'oreille de son... assureur. Celui-ci a réussi à filmer son client en flagrant délit d'«autolarcin».
- En 2003, un comptable a déposé une réclamation à son assureur pour le vol d'un climatiseur. Dans les faits, l'appareil avait été repris par le vendeur qui affirmait ne pas avoir été payé. Les enquêteurs n'ont pas cru la version de l'assuré, car il était incapable de produire un document que tout comptable devrait pouvoir fournir sur demande : un reçu.
- Encore une histoire de voiture. En 2001, des douaniers belges ont découvert, dans un conteneur au port d'Anvers, un véhicule qui semblait avoir été volé. Le numéro de série de la Lexus leur a permis de retracer l'assureur et le propriétaire, un habitant de Mississauga (Ontario). L'homme avait déclaré à la police avoir constaté le vol de sa voiture le 29 juillet de cette année-là. Or, les douaniers avaient noté l'arrivée de sa bagnole en Belgique le... 24 juillet.

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