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  [Mode de vie]
Le casse-tête de la planification des vacances
J'ai mon voyage!

par Marie-Hélène Proulx

Pour l'homo travaillus moyen, planifier ses vacances relève quasiment de l'exploit. Plusieurs mois à l'avance, il faut non seulement faire coïncider deux ou trois semaines de congé avec celles du conjoint, mais aussi avec celles des collègues, du patron, de l'ex du nouveau conjoint, de nos enfants ou de ceux de l'autre, alouette... Comment y parvenir?

Si Hercule devait refaire 12 travaux en 2004, parions que l'une de ses épreuves serait d'arriver à déterminer une date pour partir en vacances pendant l'été en contentant tout le monde, au bureau comme à la maison.

Aucun doute, pour bon nombre d'entre nous, choisir deux ou trois semaines qui conviennent aux collègues, au patron, à sa tendre moitié et à fiston, c'est de la haute voltige... Cette complexité est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles un Québécois sur trois ne prend pas toutes les vacances auxquelles il a droit, selon Diane-Gabrielle Tremblay, spécialiste de la conciliation travail-famille et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les enjeux socio-organisationnels de l'économie du savoir.

«Il y a cinq ans, alors que je travaillais pour une banque, la planification des vacances était bordélique, raconte Michelle, une ancienne caissière de Montréal. En revenant du congé des fêtes, on devait déjà choisir nos dates pour l'été. Les cadres avaient priorité. Ensuite, on y allait par ancienneté. Si bien qu'à la fin, il ne restait que des miettes en novembre pour la dernière embauchée... qui était pourtant là depuis 12 ans! Cette situation engendrait beaucoup de frustrations, surtout pour les parents qui voulaient profiter des vacances d'été avec leurs enfants.»

Un monde du travail en mutation
S'il est si difficile de prendre la clé des champs sans se casser la tête, c'est que l'époque où papa avait un emploi et un horaire fixes alors que maman s'occupait de la tribu à la maison est révolue. Le modèle actuel d'organisation du travail est infiniment plus complexe et instable.

«Parce que les entreprises offrent maintenant des produits et des services sept jours sur sept, 24 heures sur 24, les horaires sont de plus en plus irréguliers, explique François Gamonnet, fondateur de l'Institut de gestion du temps, à Longueuil. On travaille le jour, le soir, la nuit, en rotation; on a des surnuméraires, des contractuels, des employés à temps partiel. Comme on travaille aussi de plus en plus en équipe, il faut se synchroniser avec nos collègues. C'est déjà compliqué quand on est seul; or, de nos jours, l'homme et la femme travaillent (dans 66 % des familles biparentales, selon Statistique Canada). Quand on est deux fonctionnaires, ça va. Mais quand l'un est policier et l'autre, médecin, c'est la galère!»

Du côté des travailleurs autonomes, qui constituent grosso modo 15 % de la population active, ce n'est guère plus simple. On pourrait croire que l'indépendance qu'ils ont choisie leur permet de mettre les voiles quand bon leur semble... Il n'en est rien. «Je dirais même qu'en général, il leur est plus difficile de prendre des vacances qu'aux salariés, surtout en début de carrière, remarque Diane-Gabrielle Tremblay. Leur réputation n'est pas encore établie. Alors ils n'osent pas partir, de peur de déplaire à leurs clients.»

On ne s'en sort pas, il faut s'y prendre à l'avance.
Les familles reconstituées : le summum de la complexité
Si la structure du monde du travail a subi une profonde révolution, la cellule familiale n'est pas demeurée en reste. Là aussi, c'est l'éclatement. Au Québec, 10 % des familles avec enfants de tous âges sont recomposées, selon l'Institut de la statistique.

Et ce n'est pas sans effet sur l'organisation du temps. Non seulement devez-vous planifier vos vacances en accord avec vos collègues, votre conjoint actuel et votre marmaille, mais en plus, vous devez tenir compte de l'horaire de votre ex avec qui vous avez eu des enfants, et si ça se trouve, de son nouveau conjoint qui a lui-même des enfants avec une autre personne.

Une situation que connaît Yves, un représentant pharmaceutique de Boisbriand. Il a deux enfants avec son actuelle conjointe, mais il en a eu un avec une compagne précédente... qui elle-même vit avec le père de deux enfants! «L'organisation des vacances déclenche toute une chaîne! C'est si compliqué qu'on commence à prévoir les vacances d'été à Noël. En plus, en vieillissant, les enfants ont leur propre horaire. Par exemple, mon fils de 11 ans est inscrit à une école de hockey à Québec pendant l'été. Certaines années, c'est carrément impossible de faire coïncider les horaires de tout le monde.»

Les mots d'ordre pour venir à bout de ces problèmes d'organisation : planification et négociation. On ne s'en sort pas, il faut s'y prendre à l'avance. Claire Leduc, travailleuse sociale et thérapeute familiale et conjugale de la Rive-Sud de Montréal, propose d'inscrire sur un grand tableau les disponibilités du père, de la mère, de leurs conjoints et des enfants. «Dès le départ, on a toutes les données de l'équation et les enjeux sont clairs. Puis, chacun y va de ses solutions en indiquant les avantages et les inconvénients. On choisit ensuite la possibilité la plus rassembleuse. Parfois, le consensus est difficile à obtenir. On laisse dormir un peu et on y revient plus tard.»

Questionnez-vous également sur le choix de vacances que vous vous apprêtez à faire, soulignent les experts consultés. Certaines personnes ont tendance à organiser des activités plus complexes qui nécessitent des réservations d'hôtel ou de sièges d'avion, d'un véhicule pour location, etc. «Est-il vraiment indispensable de fréquenter LE lieu le plus couru en ville pendant les semaines les plus achalandées de l'été? demande François Gamonnet. Est-on obligé de faire des acrobaties pour trimballer toute sa marmaille à l'autre bout du monde? Il faut être réaliste et accepter que pendant quelques années, on devra mettre une croix sur certaines activités parce que notre situation familiale ne nous les permet pas. Pourquoi se mettre de la pression supplémentaire alors que notre vie est assez compliquée comme ça? On fait des choix plus simples pendant une période donnée et on réajuste plus tard.»

Un scénario rarement idéal
Au-delà du défi logistique, les vacances engendrent souvent tensions, jalousies et frustrations. Parfois, c'est fiston qui ne s'entend pas bien avec la nouvelle compagne de papa ou avec les enfants de celle-ci. Autre cas : le partenaire de maman fait pression pour avoir des vacances avec elle, sans ses enfants, alors qu'elle n'éprouve pas le besoin d'être seule avec lui. Ou encore, une rivalité s'installe entre deux anciens conjoints.

«En juillet, mon ex-femme emmène nos filles dans sa riche famille du Sud de la France, raconte Jean-Pierre, gestionnaire de ressources humaines. Elles y mènent une vie de princesses. Quand elles reviennent passer deux semaines avec moi, elles ont des attentes élevées. Chaque année, c'est le jeu des enchères. Je dois rivaliser d'originalité pour leur offrir un circuit qui les stimulera autant qu'en France... avec les moyens du bord! Alors que parfois, j'ai juste envie de m'écraser sur ma chaise longue...»

Pour éviter les remarques blessantes du genre «C'était beaucoup plus amusant avec maman à Disney World», André Gagnon, psychologue à l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, conseille au parent moins fortuné de participer à l'organisation du voyage que les enfants feront avec l'ex-conjoint. «Il faut arriver à leur faire voir leurs vacances comme un tout, et non comme deux mondes séparés qui se font compétition.»

Autre sage conseil : pour éviter des drames shakespeariens en plein camping, André Gagnon suggère que les membres d'une famille recomposée se soient apprivoisés avant de partir en vacances pendant un mois. Allez-y graduellement, en commençant par passer un week-end ensemble, par exemple.

Bonnes vacances!


Négocier ses vacances

Les employeurs semblent de plus en plus ouverts à l'instauration de mesures favorisant la famille. De votre côté, sachez défendre vos valeurs et vos besoins avec conviction auprès de votre patron, dont les moments passés avec vos proches à l'occasion des vacances.
  • Planifiez vos vacances longtemps à l'avance et exprimez vos attentes à vos supérieurs (et à vos collègues s'il y a lieu) dès que possible. Invoquez des arguments auxquels vous les présumez sensibles.


  • En cas de refus, plutôt que de vous cantonner dans vos frustrations, proposez des solutions et des compromis. Vous éviterez ainsi de vous faire imposer les règles des autres et vous gagnerez en respect et en liberté.


  • Écoutez attentivement les objections que votre supérieur ou vos collègues pourront exprimer. N'y répondez pas tout de suite. Revenez le lendemain avec des solutions.
(Source : François Gamonnet, coach en efficacité personnelle, Institut de la gestion du temps.)


 
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