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EntrepreneurshipMener sa barque sans couler Recherche et rédaction : Jean-Sébastien Marsan Coordination : Martine Roux Être son propre boss, rouler en Mercedes, gérer ses horaires : chaque année, des milliers de Québécois se lancent dans les affaires pour réaliser le plus tenace des rêves américains, mais en même temps, des milliers d'autres se retirent du circuit. En vérité, les entrepreneurs débutants rament fort pour gagner leur croûte. L'aventure est emballante, mais encore faut-il connaître les pièges, savoir contourner les écueils et restreindre les risques. Comment ramer... sans couler? Lancer son entreprise, ce n'est pas de la tarte. Et ce n'est manifestement pas pour tout le monde : cinq ans après sa création, seule une entreprise sur trois subsiste toujours, selon des statistiques compilées pour la première fois en 2001 par l'ancien ministère québécois de l'Industrie et du Commerce (l'actuel ministère du Développement économique et régional et de la Recherche). Directeur du Centre d'entrepreneuriat et de PME de l'Université Laval, Yvon Gasse suit actuellement à la trace 151 entrepreneurs canadiens ayant débuté il y a trois ans. Au printemps 2003, son enquête indiquait que le tiers d'entre eux étaient parvenus à la rentabilité (incluant un salaire versé au propriétaire) tandis que 20 % n'avaient pas encore atteint la vitesse de croisière. L'autre moitié de ces entreprises est tout simplement... disparue. «Des entrepreneurs ont laissé tomber parce qu'ils se sont aperçus que ce n'était pas ce qu'ils voulaient faire, précise Yvon Gasse. Ou encore, un bon pourcentage s'est rendu compte que le produit ou service ne se vendait pas.» Seuls les entrepreneurs qui apprennent de leurs erreurs subsistent.Seuls les entrepreneurs qui apprennent de leurs erreurs subsistent, souligne Pierre-André Julien, titulaire de la Chaire Bell sur les PME de classe mondiale et professeur à l'Institut de recherche sur les PME de l'Université du Québec à Trois-Rivières. Comparant l'entrepreneuriat à un processus de «destruction créatrice» (une expression de l'économiste autrichien Joseph Schumpeter, connu au début du siècle pour ses écrits sur le rôle de l'entrepreneur), il rappelle que 20 % de ceux qui réussissent ont déjà connu la faillite. «C'est comme pour le mariage : ils ont manqué leur coup la première fois, mais la deuxième fois, ils sont meilleurs», illustre-t-il. «Il y a deux types d'entrepreneurs : les vrais et ceux d'occasion», affirme Jean-Pierre Gaumont, p.-d.g. de Jeunes Entreprises du Québec, un organisme sans but lucratif qui sensibilise les jeunes à l'entrepreneuriat. «Les entrepreneurs d'occasion le sont à cause d'une situation difficile, de circonstances, le chômage par exemple. Si on leur offre un poste avec une sécurité d'emploi, ils vont l'accepter, soutient Jean-Pierre Gaumont. Tandis que les vrais entrepreneurs sont toujours en évolution, ils créent des entreprises, apprennent de leurs erreurs. La plupart ne vont pas réussir lors de la première expérience.» Il y a cependant moyen de réduire ces risques de façon à maximiser les chances de succès. Voici les principaux défis que doivent relever les nouveaux entrepreneurs, analysés par les spécialistes de la question tant dans les universités que sur le terrain. Défi no 1 TROUVER «LA» BONNE IDÉE Une bonne idée, oui, mais pas forcément révolutionnaire. «La plupart des gens ne lancent pas un business avec des innovations à tout casser, ils partent de quelque chose qui existe et ils en améliorent un aspect», observe Yvon Gasse. Comment vérifier la pertinence d'une idée? En parcourant les publications spécialisées, en hantant les colloques et les foires commerciales, en questionnant des gens d'affaires, disent les spécialistes. Une idée d'affaires valable doit répondre à un désir de consommation (à moins de créer ce besoin de toutes pièces) tout en correspondant aux compétences et aux ambitions personnelles de son promoteur. Connaître les tendances sociales est aussi un bon point de départ. La littérature traitant des nouveaux besoins socioculturels ou des changements dans nos habitudes de consommation, par exemple, peut mettre en lumière des occasions d'affaires. Ainsi, les spécialistes de HEC Montréal suggèrent encore la lecture des best-sellers Entre le boom et l'écho : comment mettre à profit la réalité démographique (Boréal, 1996) ainsi que The Popcorn Report (HarperBusiness, 1992). C'est justement parce qu'il avait flairé une tendance sociale qu'Olivier Trudeau, 29 ans, s'est lancé dans les affaires. En 1999, il a cofondé le premier site de commercialisation de musique téléchargeable au Canada, eworldmusic.com. L'éclair de génie l'a foudroyé après sa maîtrise en commerce électronique à l'Université de Montréal. «J'ai toujours été du genre à bâtir des choses, alors j'ai cherché comment je pourrais aider l'industrie musicale à utiliser Internet pour la promotion et la commercialisation», raconte-t-il. Et l'idée a germé. En 2001-2002, l'entreprise comptait une douzaine d'employés. Défi no 2 L'ÉTUDE DE MARCHÉ ET LE PLAN D'AFFAIRES Analyser avec sérieux une occasion d'affaires, c'est réaliser une étude de marché : rassembler des statistiques provenant d'enquêtes gouvernementales ou de firmes privées, de sondages, de groupes de discussion, etc., pour déterminer la croissance du marché, cibler la clientèle, connaître la concurrence et les fournisseurs. L'étape suivante, redoutable, est celle du plan d'affaires. Ce document d'une centaine de pages, où le promoteur doit tout prévoir, peut exiger plusieurs mois de travail. Il est obligatoire pour obtenir du financement ou un soutien institutionnel. De plus, un bon plan d'affaires facilite la gestion d'une entreprise en démarrage. En introduction, le promoteur doit exposer son projet, ses objectifs, son échéancier, etc. Le plan doit ensuite inclure l'étude de marché, la stratégie de marketing, une description des équipements, des locaux, des technologies et autres ressources nécessaires, de la main-d'oeuvre, de l'aspect juridique (l'entreprise sera-t-elle immatriculée, incorporée, en société..., quels sont les permis requis...) ainsi que de la planification financière : achats, prévisions de ventes, état et bilan prévisionnels, amortissement, seuil de rentabilité, ratios financiers et autres savants calculs. L'aide d'un comptable est souvent nécessaire. (Pour en savoir plus, un modèle : Un plan d'affaires gagnant, de Paul Dell'Aniello, réédité depuis 15 ans aux Éditions Transcontinental.) «Souvent, je remarque que les entrepreneurs minimisent la concurrence et n'ont pas une étude de marché suffisamment étoffée», déclare Sylvain Berthiaume, directeur général du Centre local de développement (CLD) de Lajemmerais, à Verchères. «Ils ont aussi tendance, dans leurs plans d'affaires, à surestimer les ventes.» Défi no 3 LE FINANCEMENT Muni de son plan d'affaires, le promoteur amorce la recherche de financement. Bien que les sommes nécessaires à la création d'une entreprise soient généralement peu importantes, la majorité des entrepreneurs n'ont pas les moyens d'effectuer cette mise de fonds et préfèrent se tourner vers les institutions financières. «La moyenne du montant d'argent que les promoteurs mettent dans leur business, c'est 10 000 $», souligne Yvon Gasse. Attention : une institution financière n'a pas pour but de favoriser l'entrepreneuriat, mais de faire de l'argent avec celui de l'entrepreneur sans courir de gros risques. Elle exigera souvent que l'entrepreneur investisse lui-même 25 % du capital demandé. Sinon, elle demandera une caution de ses parents ou d'un répondant, par exemple, ou des garanties comme une résidence ou une automobile. La solution de rechange? L'aide publique à la petite entreprise. Au Québec, une multitude d'organismes aident les entrepreneurs débutants à lancer ou financer leur projet. L'Annuaire des subventions au Québec, édité par Publications canadiennes, en recense environ 1 900 (pour plus de détails : www.netpublications.net)! Les CLD, les Services d'aide aux jeunes entrepreneurs, les Sociétés d'aide au développement des collectivités et le Réseau québécois du crédit communautaire sont d'excellents points de départ. Certains entrepreneurs pourraient remporter un championnat de l'acrobatie financière. Catherine Dupuis et son conjoint Éric Chagnon, par exemple, ont consacré une bonne partie de l'année 2002 à la recherche de financement pour les Laboratoires Mauves, une petite entreprise spécialisée dans les produits naturels qu'ils ont créée à Vaudreuil. Le jeu en valait la chandelle : le couple a cumulé un programme fédéral de prêt aux petites entreprises, une garantie de prêt d'Investissement Québec, un prêt de l'organisme Jeunes Promoteurs et un fonds local d'investissement de leur CLD, un prêt de la Société locale d'investissement dans le développement de l'emploi, un autre de la Société d'Investissement Jeunesse, une subvention du Fonds jeunesse Québec, un investissement de la Banque de développement du Canada ainsi que des subventions à l'emploi de l'ex-ministère de l'Industrie et du Commerce du Québec. Total : environ 850 000 $! «Notre institution financière a pris le reste du risque, explique Catherine Dupuis. Il n'y a pas beaucoup d'endroits dans le monde où il est possible de lancer un projet aussi important à l'aide de fonds gouvernementaux.» Défi no 4 EMBAUCHER LES BONNES PERSONNES Embaucher dans une toute petite entreprise est un processus très subjectif, arbitraire : il n'y a pas de direction des ressources humaines, ni de normes, ni de critères de sélection stricts. Il faut donc se fier aux références et à son flair, disent les spécialistes, pour dénicher une personne de confiance à la personnalité compatible avec celle de l'entrepreneur. Souvent, les premiers employés sont des membres de l'entourage de l'entrepreneur ou des personnes qui sont recommandées par des connaissances. «La première fois qu'on engage quelqu'un est une étape très excitante, dit Paule Tardif, directrice intérimaire du Centre d'entrepreneurship HEC-Poly-Université de Montréal. Mais il ne faut pas oublier que ça demande beaucoup d'intégration, qu'il faut encadrer l'employé au début.» «L'erreur la plus courante, c'est de sous-estimer ce que ça va coûter et de surestimer les ventes.»Défi no 5 LE PROFIT Ça y est, le promoteur prépare le lancement officiel de l'entreprise : il choisit un local, ses équipements, fournisseurs, distributeurs, inonde le marché de publicité, donne sa carte de visite à tout ce qui bouge... Les premiers contrats ou clients se manifestent. Victoire? Non, le plus difficile est à venir. Les premières années sont critiques. «L'erreur la plus courante, c'est de sous-estimer ce que ça va coûter et de surestimer les ventes, affirme Yvon Gasse. Il faut être capable de réaliser des ventes rapidement, dans la première année, sinon au cours des trois premiers mois.» Vendre ne veut pas dire atteindre immédiatement la rentabilité; il s'agit d'abord pour la petite entreprise de prendre son envol. C'est à ce stade qu'Olivier Trudeau, l'ex-président de eworldmusic.com, a commencé à perdre le contrôle. «Puisque le téléchargement de fichiers MP3 ne nous faisait pas vivre, on a diversifié nos sources de revenus en débordant dans les services technologiques et de promotion pour l'industrie du divertissement», raconte-t-il. «Les services nous ont fait vivre pendant quatre ans, mais rapportaient juste assez pour payer le pain et le beurre. On s'est rendu compte que les projets de développement à long terme demandaient des investissements massifs.» Déçu par son expérience, Olivier Trudeau a cédé ses actifs à Disques RSB, propriété de Disc Americ, à la fin de 2003. Hany Khoury, directeur des Cercles d'emprunts de Montréal, ne jure que par l'accumulation d'une réserve financière. «Il est plus facile de demander des fonds lorsqu'on est encore en bonne santé financière, dit-il. L'entreprise doit prévoir de ne pas utiliser cette aide, la mettre en réserve pour la deuxième année d'exploitation.» Moins de 10 % des entreprises croissent, signale l'universitaire Pierre-André Julien. «En économie, on dit toujours que la mesure du succès d'une entreprise, c'est le profit. Ce n'est pas vrai : l'objectif d'une entreprise est de trouver un job à son propriétaire, rétorque le professeur. Le petit garage de votre quartier, s'il ne disparaît pas à cause d'un plus gros qui occupera tout le marché, subsistera avec un employé ou deux. Et ce sera quand même un succès.» Défi no 6 L'ÉQUILIBRE TRAVAIL-FAMILLE Dans le feu de l'action, adieu vie familiale et loisirs. Selon Statistique Canada, près de la moitié des propriétaires de petites entreprises disent travailler plus de 60 heures par semaine. Karine Paradis, qui a fondé une boutique de vélos en février 2000, affirme bosser 96 heures par semaine. «Je couche presque dans mon commerce! Je n'ai pas de salaire depuis quatre ans, seulement une subvention d'Emploi-Québec qui me permet de payer mon loyer, mon électricité, mon téléphone et ma nourriture, rien d'autre.» Pendant ses cinq années d'entrepreneuriat, Olivier Trudeau a vécu deux ruptures amoureuses. «Une compagnie, c'est l'amante la plus possessive qui existe, dit-il. Surtout quand on est au bout de la chaîne : si on ne fait pas le travail, personne ne va le faire à notre place.» Pour préserver sa santé mentale, le nouvel entrepreneur doit briser l'isolement en multipliant les liens d'affaires (dans les chambres de commerce, associations professionnelles, etc.), se faire parrainer par un mentor ou un coach, se pointer dans tous les événements publics, comme les concours d'entrepreneuriat, qui procurent une excellente visibilité. La Jeune Chambre de commerce de Montréal, par exemple, offre gratuitement un service de parrainage à ses membres. «Généralement, sur un horizon de cinq ans, une entreprise sur cinq survit. Quand l'entreprise est parrainée, ce pourcentage double», soutient Nicolas Savoie, président du conseil d'administration de la Jeune Chambre. Quel est le secret du succès à long terme? La gestion!Défi no 7 DURER... Enfin, la question à un million de dollars : quel est le secret du succès à long terme? Presque tous les spécialistes et entrepreneurs sondés ont répondu : «la gestion». C'est-à-dire maîtriser la comptabilité, l'administration des stocks, les relations avec les employés, le contrôle de la qualité, et tout le reste. Selon Michel Fortin, directeur général des Services d'aide aux jeunes entrepreneurs Montréal Métro, «environ 40 % des entrepreneurs débutants ont un diplôme universitaire, souvent en administration ou en comptabilité». C'est assurément un atout. «Pour les autres, il y a deux façons de développer leurs compétences : le faire soi-même ou s'entourer d'une équipe.» Pierre-André Julien ne croit pas à la gestion comme garantie absolue de réussite. Il clame plutôt que la pérennité d'une entreprise dépend de sa capacité d'innover. «S'il y a deux dépanneurs trop près l'un de l'autre dans votre coin, l'un d'eux va mourir. Celui qui va survivre, c'est celui qui vous donnera plus de satisfaction, des conseils, des produits différents, ou qui restera ouvert plus tard. Les PME ne peuvent pas exporter en grande quantité, dominer le marché ou acheter tous leurs concurrents. Elles ne peuvent pas faire payer leurs erreurs par les gouvernements comme le font les grandes entreprises. Donc, elles doivent innover.» Assam Michel Daoud Cofondateur, ARIUM vision, Saint-Basile-le-Grand Son parcours : Il y a deux ans, le jeune homme était salarié, propriétaire depuis peu d'une maison à Brossard et nouveau papa. C'est le moment qu'il a choisi pour lancer une boîte de design avec un associé! Leur CLD a refusé leur projet à deux reprises. En déménageant à Saint-Basile-le-Grand, ils ont pu s'adresser à un autre CLD, plus réceptif. Les deux associés, prestataires de l'assurance-emploi, ont bénéficié du programme Soutien au travail autonome. Ses écueils : Entre autres gaffes, Assam Michel Daoud regrette de s'être lancé trop vite. «On avait vu une occasion d'affaires, on s'est tout de suite mis à travailler à un contrat, mais on a omis de chercher de l'aide financière et technique. On a découvert par la suite qu'on y avait droit, mais puisqu'on avait déjà commencé le travail, on n'était plus admissibles!» Son conseil : Lors de la recherche de financement, mieux vaut transiger avec banques et prêteurs par écrit plutôt que par téléphone, selon lui. «Quand on demande des conseils à quelqu'un, on le demande par écrit et il faut recevoir une réponse par écrit.» On évite ainsi de mauvaises surprises. Ce qui l'aide à ramer : Le contact avec d'autres entrepreneurs. «Quand nous avions des difficultés avec notre projet d'entreprise au début, je devenais tellement frustré. À la Jeune Chambre de commerce, j'ai rencontré des entrepreneurs qui sont passés par là et qui m'ont donné des conseils.» Karine Paradis Fondatrice et propriétaire, Boutique V-Low, Montréal Son parcours : En 1999, cette fan de la bicyclette lowrider (siège «banane» et guidon à la Easy Rider) ne trouvait pas à Montréal de boutique où s'approvisionner. «J'ai décidé de combler mon propre besoin. Je sentais que j'étais la Jeanne d'Arc pour créer ce marché-là!» Elle a suivi une formation aux Cercles d'emprunts de Montréal, obtenu une bourse de la Fondation du maire de Montréal pour la jeunesse, du financement du programme Jeunes Promoteurs et elle a gagné un concours d'entrepreneuriat des Services d'aide aux jeunes entrepreneurs. Ses écueils : Elle a ouvert sa boutique en février 2000 avec deux associés. Ils ont quitté l'entreprise dans l'année qui a suivi. Depuis quatre ans, Karine Paradis bosse sans salaire ni employés. Ironie du sort, elle n'a pas le physique d'une patronne. «Je mesure cinq pieds trois pouces, j'ai 29 ans, mais je semble en avoir 18, et je travaille dans un domaine de gars. Souvent, des gens entrent dans la boutique et demandent de voir le patron.» Son conseil : Elle suggère aux entrepreneurs en puissance de soigner leur plan d'affaires. «Il faut s'informer de chaque détail et prendre son temps. J'avais bien structuré mon plan et aujourd'hui j'ai atteint mes objectifs, j'ai triplé mon chiffre d'affaires depuis la première année.» Ce qui l'aide à ramer : «Les bons commentaires de mes clients, souvent des jeunes de 12 à 15 ans. À la boutique, ils se confient beaucoup à moi. Souvent, ils n'ont plus d'espoir, ils sont vraiment mêlés, confus. Je vends des bicyclettes, mais je me sens comme la marraine de tous ces jeunes-là.» Catherine Dupuis et Éric Chagnon Cofondateurs, Laboratoires Mauves, Vaudreuil Leur parcours : Catherine Dupuis et son conjoint Éric Chagnon ont consacré six mois de leur vie, à raison de 60 heures par semaine et sans revenus, au plan d'affaires de leur entreprise, spécialisée dans les produits naturels. La recherche de financement a été couronnée de succès. Leurs premières ventes remontent à février 2003. Leurs écueils : «Comme toutes les entreprises qui débutent, on a eu des problèmes de fonds de roulement, explique Catherine Dupuis. Pendant plus d'un an, l'entrée des ventes payait les salaires de la semaine suivante, on a vécu sans filet de sécurité.» En avril dernier, l'entreprise comptait une quinzaine d'employés. Leur conseil : «Ça prend une certaine expérience de travail pour devenir entrepreneur. Quelqu'un qui n'a jamais travaillé de sa vie sera confronté à des difficultés au quotidien qu'il ne pourra même pas concevoir. Et il faut gérer des trucs "plates" à mourir parce qu'on fait tout soi-même, on n'a pas toujours les moyens d'embaucher quelqu'un pour faire les choses qu'on n'aime pas.» Ce qui les aide à ramer : L'engagement social. «Quinze pour cent des bénéfices des Laboratoires Mauves sont placés dans un fonds dédié au financement de projets de développement durable. On a fondé une coopérative d'agriculture dans la jungle amazonienne au Pérou. Je suis aussi impliquée dans la prévention des toxicomanies. C'est la finalité de la compagnie.» Sébastien Provost et Dominique Bourgeois Coiffeurs et propriétaires, Organik beauté et mieux-être, Montréal Leur parcours : Au début de 2003, quatre coiffeurs et une électrolyste ont claqué la porte d'un salon de coiffure montréalais pour fonder le salon Organik. Installés dans une ancienne caisse populaire de la rue Laurier, les cinq associés ont réuni leurs économies et ont foncé tête baissée, sans expérience de l'entrepreneuriat ni plan d'affaires. Organik compte aujourd'hui 19 employés (incluant les associés-propriétaires). Pour transformer la caisse pop en salon, ils ont jeté des murs à terre, défoncé des planchers et des plafonds. «Quand j'y repense, c'était débile mental», déclare Sébastien Provost. Leurs écueils : «L'argent! lance Dominique Bourgeois. On a dû loader nos cartes et nos marges de crédit.» L'entreprise n'a demandé aucun financement. Au cours des premiers mois d'exploitation, «la moitié des salaires des associés servait à payer des factures, des dettes», précise Dominique. Un an après son ouverture, le salon n'était pas encore rentable. La clientèle ne manque pas, cependant. Organik bénéficie de l'achalandage de la station de métro Laurier (à côté) et des trois guichets automatiques du local voisin, qui ont survécu à la fermeture de la Caisse populaire. Leur conseil : «Si je pouvais retourner en arrière, je prendrais six mois pour me préparer, affirme Dominique Bourgeois. On s'est lancés très vite.» Les cinq partenaires se sont offert les services d'un coach pour préciser leur projet et les responsabilités de chacun. Ce qui les aide à ramer : «Le fait qu'on soit cinq associés et qu'on tienne beaucoup à rester ensemble», souligne Sébastien. Conseils de pros Selon Raymond Lafontaine et Dennis Wood, deux entrepreneurs à la feuille de route exemplaire*, le Québec constitue une terre d'accueil incomparable pour une nouvelle entreprise. Voici leurs conseils pour maximiser les chances de succès. par Martine Roux Épargner Une fois qu'il a dépisté un marché et bâti un plan d'affaires, c'est l'argent qui est le nerf de la guerre de l'entrepreneur débutant, estime Raymond Lafontaine. Le piège à éviter : l'emprunt de sommes de loin supérieures à la mise de fonds personnelle. «Le tout premier capital doit provenir des épargnes. Si tu as trop de dettes, les fins de mois reviennent vite... Il faut faire un exercice mathématique et supposer que tous les clients paieront dans trois mois. Dans les coffres, il doit donc toujours y avoir une marge équivalant au salaire des employés pendant ce délai.» Savoir s'entourer Vous ne connaissez rien du secteur dans lequel vous souhaitez vous lancer? Ce n'est pas un problème, pourvu que vous sachiez vous entourer de gestionnaires compétents, explique Dennis Wood, qui ne comprenait rien aux circuits électroniques en achetant C-Mac... et pas davantage quand il a vendu l'entreprise, lance-t-il à la blague. «Il faut s'entourer de gens qu'on estime meilleurs que nous dans le domaine. Pour le reste, tout s'apprend. C'est sûr qu'il faut être impliqué à tous les niveaux de l'entreprise. Mais connaître les grandes lignes suffit.» Bien choisir ses associés Les associés sont absolument nécessaires au succès, selon les deux hommes d'affaires. «Quand deux associés voient les choses sous des angles différents, ils se complètent, constate Raymond Lafontaine. Dans mon entreprise, j'étais davantage orienté vers la stratégie et le marketing tandis que mon associé était fort en finance. C'est important d'avoir des forces complémentaires.» Croître en douceur L'expansion d'une entreprise est une étape cruciale mais difficile, assurent les deux entrepreneurs. «Small is beautiful, affirme Dennis Wood. Il ne faut pas faire de l'expansion uniquement dans le but de devenir gros, mais savoir attendre le moment idéal pour investir de nouveaux capitaux. Pendant ce temps, mettez votre argent à la banque et attendez.» Écouter les employés Les employés constituent aussi une précieuse source d'information. Ce sont eux qui traitent avec les clients, prennent le pouls quotidien de l'entreprise, pataugent dans les problèmes. «Ils nous renseignent sur la façon dont ils perçoivent tel projet, nous donnant ainsi des clés pour savoir comment orienter la croissance de l'entreprise, dit Dennis Wood. C'est toute une habileté que de savoir obtenir leur confiance. Il suffit souvent de les écouter, ce que peu de gestionnaires font.» Savoir vendre à temps Les sentiments et les affaires ne font pas bon ménage. «Un conseil : ne devenez pas amoureux de votre entreprise! clame Dennis Wood. Sachez vendre quand c'est le temps.» Ainsi, pendant que valsaient les millions chez C-Mac et que le carnet de commandes débordait, son président a senti la fin approcher. «On avait de grosses ventes, mais 49 % d'entre elles étaient liées à une seule entreprise, Nortel, et 80 % à une seule industrie, les circuits électroniques. Et l'industrie s'est écrasée... Je l'ai senti venir. J'ai vendu beaucoup plus cher avant l'éclatement que si je l'avais fait six mois plus tard.» * Groupe LGS, l'entreprise que Raymond Lafontaine a fondée en 1979, est devenue l'une des plus importantes firmes-conseils en technologies de l'information au Canada. Son chiffre d'affaires atteignait 275 M$ lorsque l'homme d'affaires l'a cédée à IBM Corporation en avril 2000. Dennis Wood a débuté dans les pâtes et papiers avant de fonder sa propre cartonnerie, puis une usine de papier peint. À partir de 1985, il a hissé C-Mac, un concepteur et manufacturier de composants électroniques, au septième rang mondial de sa catégorie avant de céder l'entreprise à des intérêts américains il y a deux ans. Les meilleures et les pires raisons de se lancer dans les affaires Rehausser ses revenus : excellent motif... mais difficile à atteindre pendant les premières années. Le salariat ne permet pas, sauf exception, de s'enrichir. De leur côté, les entrepreneurs peuvent valoriser un capital, vendre leur entreprise à profit et bénéficier d'une fiscalité avantageuse. «Aujourd'hui, les gens se disent que la seule façon d'être riche, c'est de se lancer en business, dit Yvon Gasse. Ils n'ont pas tort!» Exploiter ses talents : effectivement, vous pourrez mettre davantage toute la palette de vos talents à profit pour vous-même que pour votre employeur. Bénéficier d'horaires flexibles, concilier travail et vie privée : à oublier! «Être son propre employeur, c'est plus une responsabilité que des avantages, assure Olivier Trudeau. Il faut être prêt à faire beaucoup de sacrifices.» Influencer son milieu : absolument. Quasi inexistant avant la révolution tranquille, l'entrepreneuriat a profondément modifié la société québécoise. Les PME créent la majorité des emplois et stimulent le développement local. Vivre un trip de pouvoir, devenir une star du Québec inc. : pourquoi pas, quand on brasse des millions (réels ou sur papier). Mais attention, le quotidien de l'entrepreneur moyen n'a rien à voir avec celui de Donald Trump. |
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