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Maroc : femmes et marché du travail
Réforme de papier

par Marie-Eve Cousineau

Finie l'époque où les Marocaines devaient obéir à leur mari : l'automne dernier, le roi du pays a reconnu le principe d'égalité des sexes dans un projet de réforme du Code de la famille. Mais il est encore loin le jour où les femmes pourront exercer le métier de pompier ou de policier dans leur pays.

Les femmes ont dorénavant le droit de demander le divorce au Maroc. Avec sa réforme de la Moudawana, le code qui régit les relations maritales depuis 1957, le roi Mohammed VI a reconnu que l'homme et la femme sont des êtres égaux, et a placé la famille sous la responsabilité commune des deux époux. La répudiation et la polygamie, quant à elles, deviennent beaucoup plus difficiles à obtenir pour les hommes.

Sur papier, il s'agit d'une véritable révolution dans ce pays d'Afrique du Nord encore fortement marqué par l'islamisme. Jusqu'à tout récemment, les femmes y vivaient sous la tutelle du père, d'un frère ou d'un oncle, avant de passer sous celle du mari. Aujourd'hui, elles peuvent même... choisir leur époux, puisque l'autorisation du père ou du tuteur n'est plus nécessaire pour se marier.

Maintenant affranchies de leur mari, les Marocaines envahiront-elles le marché du travail? En 2001, seul un quart des femmes occupaient un emploi, selon les statistiques officielles du pays, ce qui n'inclut toutefois pas les nombreuses travailleuses du secteur non officiel, comme les femmes de ménage et les ouvrières agricoles. Professeure au département de sciences économiques de l'université de Fès, Rajaa Mejjati Alami constate que les femmes sont de plus en plus nombreuses à prendre part à la population active depuis le début des années 1980. «Il s'agit d'une avancée sociologique certaine. Les femmes ont pu, dans une certaine mesure, accéder au marché du travail tant dans le secteur privé que dans l'administration publique.»

Malgré tout, les femmes demeurent principalement cantonnées dans les emplois précaires, remarquent les spécialistes du marché du travail. Si on en croise quelques-unes dans les tours à bureaux des villes, la grande majorité d'entre elles travaillent comme aides ménagères ou dans les usines de textile (en 2000, les femmes représentaient 87 % de la main-d'oeuvre de l'industrie de l'habillement et de la confection). En milieu rural, elles sont mises à contribution dans l'artisanat pour les travaux de la laine, de la poterie ou de la vannerie.

Bouchra Abdou, secrétaire nationale de la Ligue démocratique pour les droits de la femme, déplore que les ouvrières n'aient pas de pouvoir de négociation envers leurs employeurs. Beaucoup de patrons ne respectent pas le Code du travail à l'égard des repos obligatoires ou du salaire, par exemple, explique-t-elle. Une situation qui, selon elle, est rarement dénoncée par les inspecteurs gouvernementaux chargés de vérifier les conditions de travail dans les entreprises, qui auraient plutôt tendance à fermer les yeux.

Équité : pas demain la veille!
En juin 2003, le gouvernement marocain a néanmoins modifié des articles du Code du travail. On y a adopté des principes comme l'égalité des chances ainsi que la lutte contre la discrimination et le harcèlement sexuel. Les femmes ont désormais le droit... de travailler la nuit, relève Habiba Zahi, membre du bureau exécutif de la Confédération démocratique du travail, la plus grande centrale syndicale du pays, et présidente de l'Association marocaine pour les droits des femmes.

N'empêche, ce code et l'adoption de la nouvelle Moudawana, l'automne dernier, ne mettront pas fin à la discrimination à l'égard des travailleuses. Celles-ci feront encore face aux mentalités patriarcales marocaines, indique Habiba Zahi. «Dans notre culture, le salaire de la femme est perçu comme un revenu d'appoint, précise-t-elle. Lors de l'embauche, dans tous les secteurs d'activité, les employeurs ont tendance à préférer les hommes.»

Les Marocaines possèdent des diplômes universitaires dans nombre de disciplines, telles que le génie et l'éducation. Pourtant, jusqu'en 1995, elles n'avaient pas le droit de posséder un commerce sans demander l'accord de leur époux. Certains métiers, comme ceux de pompier, de monteur de ligne et de policier, sont d'ailleurs toujours interdits aux femmes. «Il y a environ quatre ans, les factrices n'existaient même pas», signale Habiba Zahi.

L'accès des femmes au marché du travail s'est accru, souligne Rajaa Mejjati Alami, mais il reste circonscrit dans les emplois n'exigeant ni formation, ni capital de départ, ni responsabilités. Et environ 60 % des femmes actives sont analphabètes. «Le Code de la famille comporte des percées intéressantes pour les femmes, mais les lois actuelles ne sont pas suffisantes. De véritables réformes doivent être mises en place, notamment au chapitre de l'accès à l'éducation et à la formation, où il subsiste encore beaucoup d'inégalités.» Surtout à l'extérieur des villes, précise-t-elle.

Lueur d'espoir à l'horizon pour les travailleuses marocaines : depuis octobre 2002, 10 % des députés siégeant au parlement marocain sont des femmes, une première dans ce pays (un nouveau code électoral imposait l'élection d'au moins 30 femmes). Sur papier, leurs avancées sont importantes. Mais dans les faits, les moeurs sociales emboîteront-elles le pas à la volonté politique?


Suisse

Un drink, une carte
À Genève, en Suisse, on ne sort plus dans les bars pour draguer mais pour faire du réseautage! Comme à Zurich, en Allemagne, où elles sont fort populaires, les soirées «6heures5» voient défiler de jeunes professionnels venus échanger des cartes professionnelles autour d'un martini ou d'un verre de champagne. Ces afterwork parties attirent surtout des trentenaires, en grande majorité des workaholics qui ont horreur de la faune parfois agressive des bars nocturnes et préfèrent s'éclater sagement pendant la soirée, explique l'organisateur d'un de ces événements. Ils se trémoussent en tailleur ou en complet-cravate au son d'une musique techno tout en tentant de repérer les talents ou les gens pouvant faire évoluer leur carrière. Mais à 22 heures, tout le monde rentre à la maison!

(Source : Le Temps, 19 mars 2004.)


Irlande

Les flics aux trousses des fumeurs
Depuis la fin de mars, une loi antitabac a banni la cigarette des espaces de travail irlandais, dont les bureaux, les camions... et les fameux pubs. Mais l'application de cette législation considérée comme l'une des plus restrictives de la planète - et assortie d'amendes salées pouvant aller jusqu'à 3 000 euros pour chaque contrevenant - s'annonce déjà difficile. Fortement opposés au smoking ban, plusieurs propriétaires des quelque 10 000 pubs n'ont pas l'intention de pourchasser les fumeurs jusque dans les toilettes. Invités à faire «tous les efforts raisonnables» pour empêcher leurs clients ou leur personnel de fumer, les tenanciers de bars doivent appeler les policiers lorsque les fumeurs persistent à ne pas éteindre. Une mesure qui irrite aussi les policiers, qui répliquent qu'ils n'ont déjà pas suffisamment de moyens pour voir à des problèmes autrement plus sérieux.

(Source : Associated Press, 27 mars 2004.)


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