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Argentine
Les métiers improvisés
par Betty Livak (Buenos Aires, Argentine)
Photo : Bertrand Mahé ©
Les nouveaux laissés-pour-compte de Buenos Aires improvisent leur boulot en ramassant du carton, en magasinant pour les touristes ou en vendant des plans de la ville. Depuis la crise économique de 2001, l'Argentine repense le travail.
De jour comme de nuit, ils poussent un chariot ou transportent une poche sur l'épaule dans les rues de Buenos Aires, parfois par familles entières. Ceux que l'on nomme les cartoneros écument les déchets de la capitale argentine à la recherche de cartons, bouteilles, journaux ou de toute autre matière recyclable et monnayable.
Vers 23 h, lorsque se termine leur journée de labeur, ils acheminent leur récolte vers les usines de recyclage de la périphérie. Ils grimpent à bord d'un camion ou prennent le fameux «train blanc», qui part du centre de la ville et les y emmène.
Plongée dans une profonde crise depuis la fin de 2001, l'Argentine peine à relever la tête. À la suite de la dévaluation de sa monnaie et de l'écroulement du PIB, pauvreté, chômage et travail au noir atteignent des taux records. Malgré de nombreux signes de reprise encourageants, les travailleurs argentins semblent avoir encore quelques années sombres en perspective, le temps nécessaire pour eux de repenser le travail.
Car aujourd'hui, on retrouve dans la rue la classe moyenne d'il y a peu. C'est le cas de plusieurs cartoneros, souvent des Argentins qui ont perdu leur emploi à la suite de la crise économique. Si ce métier a toujours existé, la situation actuelle a grandement contribué à son développement : le gouvernement estime le nombre des cartoneros à 40 000, soit 10 fois plus qu'avant la crise. À eux seuls, ils ramassent plus de 70 % des déchets de la capitale.
Plusieurs associations proposent des cours de recyclage pour les nouveaux fouilleurs. Des coopératives se mettent en place pour plus de sécurité et d'efficacité ainsi que pour sortir les cartoneros des griffes de la mafia, qui tente de se tailler une part de ce juteux marché estimé à plusieurs millions de dollars. Pour éviter toute altercation, dans chaque quartier, chaque rue est assignée à un cartonero. Et la vie de ces travailleurs improvisés se banalise peu à peu...
Nouveaux besoins, nouveaux gagne-pain
En Argentine, le travail au noir a pris des proportions alarmantes. Selon une étude publiée en août dernier dans le quotidien argentin Clarin, 47 % du travail s'y effectue clandestinement, presque deux fois plus qu'en 1990.
Pour joindre les deux bouts, les Argentins doivent faire preuve d'imagination, savoir vendre de tout, enchaîner les petits boulots. Ainsi, cela fait six mois que Mariana vend des plans de la ville à la sauvette dans la rue. Jusqu'en 2001, cette mère de famille de 38 ans était secrétaire dans un bureau du centre-ville. «Ça se vend bien, dit-elle. Je préfère faire ça que de fouiller dans les poubelles. Mon mari est ouvrier et ce que je gagne dans la journée permet à notre famille de boucler les fins de mois difficiles. Tous les matins, j'ai une boule à l'estomac en repensant à mon ancien métier. J'ai toujours peur qu'on me reconnaisse...»
De nouveaux métiers voient le jour. Plusieurs habitants de la capitale exploitent désormais une manne : l'augmentation du tourisme. En janvier 2004, 3,3 millions d'étrangers ont visité l'Argentine, une augmentation de 83 % par rapport à la même période l'année précédente.
«Tous nos séjours sont pris d'assaut, s'exclame Maria Berthet, attachée de direction à l'agence de voyages franco-argentine Equinoxe, de Buenos Aires. En 2001, nous étions prêts à mettre la clé sous la porte. Mais dès la dévaluation, les affaires ont repris très vite, jusqu'à atteindre un niveau record aujourd'hui.»
Selon elle, le pays manque encore terriblement d'infrastructures et ne peut faire face à ce brutal afflux de voyageurs. Les agences de voyages qui proposent des circuits en Argentine poussent comme des champignons et les étudiants se ruent sur les métiers du secteur. L'Argentine se prépare même à recevoir le double de touristes dans les années qui viennent! «Même si nous sommes satisfaits, nuance Maria Berthet, nous évitons de trop nous enthousiasmer. Depuis la crise de 2001, nous restons sur nos gardes.»
Ainsi, avec ses boutiques qui vendent à des prix plus que compétitifs, Buenos Aires attire une foule de consommateurs étrangers, venus essentiellement des pays avoisinants pour un week-end de shopping. Certains habitants ont créé un métier sur mesure pour les servir : personal shopper (acheteur personnel)! Le client fournit une liste de ses besoins et hop! on court les boutiques à sa place. À près de 20 $ l'heure en moyenne, l'activité se révèle rentable. Cette tendance commence à se développer, notamment dans les hôtels de luxe.
Les travailleurs argentins entrevoient encore difficilement la reprise. Mais au ministère du Travail, on sort les statistiques pour tenter de convaincre les pessimistes. «Le taux de chômage a crû jusqu'en août 2002, explique Marta Novik, secrétaire adjointe de la Direction des statistiques. Depuis, la reprise se fait sentir et les chiffres du chômage officiel, 14,3 %, rejoignent aujourd'hui ceux de décembre 2001. La croissance économique donne des signes encourageants dans de nombreux secteurs.» Au ministère, on admet néanmoins partager la même interrogation que les Argentins : cette croissance sera-t-elle stable ou éphémère?
CAMBODGE
Protégeons les beer girls
L'insignifiance des pubs de bières canadiennes vous navre. Consolez-vous : au Cambodge, le marketing de la bière est assuré par des femmes qui, fort légèrement habillées aux couleurs des fabricants, vont de table en table pour promouvoir une marque et la vendre directement aux clients des bars et restaurants. Les beer girls ont cependant des conditions de travail choquantes, a révélé un sondage mené par l'organisme humanitaire Care Cambodia avec le soutien des grands brasseurs asiatiques. Souvent maltraitées et harcelées, plus de la moitié d'entre elles ont été abusées sexuellement, tandis que 79 % ont été témoins d'abus sexuels subis par une consoeur. Quant aux clients, avance aussi l'étude, ils considèrent carrément ces ambassadrices comme des travailleuses du sexe! À la suite de la publication des résultats, les fabricants cambodgiens ont notamment proposé des uniformes plus discrets et des moyens de transport plus sûrs le soir. Des formations sont aussi désormais offertes aux beer girls par certains fabricants, dont le brasseur néerlandais Heineken.
(Source : Courrier international, 17 février 2004.)
AUSTRALIE
Quand la famille rend malade
En Australie comme ailleurs dans le monde industrialisé, les travailleurs ont du mal à concilier travail et famille. Heureusement qu'existent les congés de maladie : près de la moitié des Australiens ne sont pas vraiment malades lorsqu'ils y ont recours, dévoile un sondage sur l'absentéisme mené par la firme de ressources humaines australienne Hallis. Les parents d'enfants en bas âge sont les travailleurs qui prétextent le plus souvent une maladie fictive : d'ailleurs, les demandes de congés de maladie augmentent de 20 % durant les congés scolaires! Plus la convention collective ou le régime de l'employeur est généreux à l'égard des congés de maladie, plus les employés s'absentent sans motif valable, constatent aussi les auteurs de l'étude. Plusieurs répondants ont par ailleurs affirmé qu'ils prendraient moins souvent congé s'ils avaient la possibilité de toucher des indemnités - en argent ou en temps de vacances - pour les journées de maladie non utilisées.
(Source : Australian Associated Press, 18 février 2004.)

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