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[Où
sont les filles?]
Bienvenue
aux dames
par
Sylvie L. Rivard
En 2003, les femmes dans les garages sont encore plus nombreuses sur
les calendriers que dans l'atelier. Pourtant, la touche féminine est plus
que bienvenue dans cet univers qui carbure au perfectionnisme et au souci
du détail.
Au Québec, les femmes représentent 0,7 % des mécaniciens, techniciens
et réparateurs de véhicules automobiles et 0,4 % des débosseleurs
et réparateurs de carrosseries, selon la Direction Analyse socio-économique
et évaluation du ministère du Développement des ressources humaines Canada,
région du Québec. De son côté, la Corporation des concessionnaires d'automobiles
du Québec (CCAQ) estime que seulement 17 % de l'ensemble des employés
des 915 concessions québécoises sont des femmes.
En fait, les femmes sont si peu nombreuses dans l'industrie que certains
employeurs n'en ont jamais côtoyé! «C'est parce que je lis des magazines
spécialisés où je vois des mécaniciennes ou des débosseleuses que je sais
qu'il en existe au Québec», explique Sylvain Guay, propriétaire
de l'entreprise montréalaise Les Carrossiers Guay Automobiles inc. À sa
connaissance, depuis la création de l'entreprise par son grand-père en
1948, aucune débosseleuse n'a montré le bout de son nez pour demander
un emploi! Pourtant, si une femme «faisait la job», il l'engagerait,
dit-il. Pas nécessaire d'être fort comme Hulk ou King Kong pour faire
carrière en carrosserie. À son avis, les meilleurs débosseleurs sont d'abord
méticuleux et perfectionnistes, des qualités souvent propres aux femmes.
Les filles ne se bousculent pas davantage aux portes des écoles de formation.
À l'École des métiers de l'équipement motorisé de Montréal (EMEMM), les
taux d'inscription chez les femmes pour les programmes de mécanique automobile,
carrosserie et service-conseil à la clientèle en équipement motorisé ne
dépassent pas... 5 %. Les entreprises ne demandent pas mieux que
d'embaucher des femmes, soutient Carolle Larose, directrice générale du
Comité sectoriel de main-d'ouvre des services automobiles, mais les écoles
les recrutent et les forment au compte-gouttes.
Embrasser la tôle
Plusieurs raisons expliquent cette défection féminine. Comme les métiers
de l'automobile furent longtemps l'apanage des hommes, les femmes n'osent
toujours pas s'y aventurer, estiment les experts consultés. Lorsqu'une
fille opte pour les métiers de l'automobile, parents et amis la préviennent
souvent qu'elle va en baver. De plus, la formation professionnelle souffre
encore d'un problème d'image, croient les intervenants.
Par ailleurs, les voitures fascinent davantage les gars que les filles,
concède Carolle Larose. «Il y a un travail à faire pour rendre plus
attrayants les programmes de formation professionnelle et donner l'heure
juste sur les métiers de l'automobile. Les humoristes québécois nous présentent
seulement l'image du mécanicien masculin, maculé de graisse et spécialiste
de la clé anglaise. Cette image est dépassée et peu attirante pour les
femmes.» Si elles sont informées que certains métiers tels que mécanicien
ou débosseleur ne requièrent pas des muscles d'acier, la représentativité
des femmes fera un pas en avant, espère la directrice.
Le débarquement féminin dans l'industrie, Ddamali Mirembe Kalibbala, 29
ans, apprentie mécanicienne automobile, y croit. «Quand une fille
achète une cuisinière, elle veut connaître son fonctionnement. Quand elle
achète un char, c'est la moindre des choses qu'elle ait une base en mécanique
ou en entretien préventif.» Si les femmes s'y mettent toutes, du
lot en sortiront quelques-unes qui voudront en savoir plus et choisiront
d'ouvrer dans le domaine, croit-elle.
Pour l'instant, les femmes qui se lancent dans l'industrie optent surtout
pour la vente. Au Centre de formation Compétences-2000, à Laval, le programme
en vente de pièces mécaniques et d'accessoires attire une majorité de
femmes, soit sept élèves sur dix. Les femmes sont plus prêtes à parler
d'automobiles qu'à se mettre les deux mains sous le capot...
Minutieuses et fonceuses
«Les femmes achètent de plus en plus d'automobiles, souligne Jean
Cadoret, relationniste à la CCAQ. Pour un concessionnaire, c'est un atout
d'avoir des femmes au sein de l'équipe, car une complicité naturelle s'installe
entre la vendeuse, plus en mesure de connaître les besoins de l'acheteuse,
et cette dernière.» Les clientes sont moins méfiantes si c'est une
femme qui les accueille, renchérit François Bergeron, directeur de l'EMEMM.
«Quand un homme les sert, elles ont souvent peur de se faire prendre
pour des poires.»
Employeurs, formateurs et associations de l'industrie louangent les vertus
féminines. Les filles sont minutieuses, perfectionnistes, diplomates,
adroites avec la clientèle, disent-ils. Comme elles ont dû bûcher fort
pour surmonter nombre d'obstacles, elles sont aussi de bonnes guerrières
à la personnalité appréciée. Selon Carolle Larose, «les femmes qui
réussissent, les plus fonceuses et déterminées, sont celles qui savent
asseoir leur crédibilité».
Par chance, l'intégration est plus facile pour la nouvelle génération
de femmes. L'apprentie débosseleuse Jennifer Laplante, 21 ans, et la conseillère
en vente Nancy Gauthier, 33 ans, peuvent en témoigner. «Lorsqu'il
cherchait un nouveau débosseleur, mon patron tenait à engager une fille»,
souligne Jennifer. Pour sa part, Nancy affirme que son intégration s'est
faite sans heurts puisque «l'équipe était jeune, dynamique et ouverte
aux femmes».
Un conseil des intervenants aux jeunes diplômées : magasiner son
employeur comme on magasine une voiture, c'est-à-dire en posant des questions,
en comparant les options. Et en évitant les patrons dinosaures aux idées
arrêtées...
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