Ce texte est le deuxième d'une série de trois portant
sur les carrières dans l'industrie des sciences de la vie. Le premier
volet, publié dans notre numéro d'août-septembre, était consacré au secteur
pharmaceutique et biopharmaceutique.
Le dernier volet paraîtra dans notre numéro de janvier 2004 et
traitera des carrières dans le secteur des matériels médicaux.
C'est une pluie de mauvaises nouvelles qui se déverse sur le secteur
des biotechnologies depuis quelques mois. Mais tout n'est pas si sombre,
selon les intervenants : le Québec compte sur une main-d'ouvre de
qualité et sur plusieurs centres de recherche qui en font un joueur majeur
reconnu mondialement dans ce domaine.
Juillet 2003. Le groupe pharmaceutique britannique Shire annonce la fermeture
de son centre de recherche à Laval (BioChem Pharma). Près de 120 employés,
des chercheurs hautement qualifiés pour la plupart, se retrouvent sans
emploi. Pour l'industrie et l'état de la recherche dans le domaine au
Québec, c'est un drame.
Quelques mois plus tôt, le gouvernement Charest annonçait des coupes de
12,5 % dans les crédits d'impôt accordés à la recherche dans le secteur
biotechnologique. Selon un rapport d'Ernst & Young, paru en juin dernier,
plus de la moitié des sociétés biotechnologiques pourraient s'effondrer
ou faire l'objet d'un rachat dans un avenir rapproché... «La conjoncture
est défavorable, mais à moyen terme le milieu connaîtra une croissance
de l'emploi», affirme pourtant Perry Niro, directeur général de
BIOQuébec, qui regroupe près de 200 entreprises du secteur.
C'est un fait, le secteur des biotechnologies traverse actuellement une
période difficile. Mais il ne faut pas être alarmiste. «Pour les
cinq prochaines années, même si le gouvernement a un peu réduit le montant
des crédits d'impôt accordés à la recherche, le Québec restera compétitif»,
soutient Frédéric Savard, économiste au Centre d'étude sur l'emploi et
la technologie (CETECH). Le Québec, à cause de la présence de main-d'ouvre
qualifiée, de plusieurs entreprises et de centres de recherche, est reconnu
mondialement dans le secteur des biotechnologies.
La plupart des entreprises de biotechnologies sont des PME qui se consacrent
à la recherche; 80 % d'entre elles se spécialisent dans les sciences
de la vie en développant des produits pour usage médical (médicaments,
nouveaux traitements). Un bon nombre de grandes entreprises pharmaceutiques
utilisent aussi les biotechnologies. «Le secteur va continuer de
croître, mais à un rythme plus modéré, estime Frédéric Savard. Pour les
5 à 10 prochaines années, il n'y aura pas un boum d'emploi incroyable,
mais il y aura toujours des postes à pourvoir.»
Selon les chiffres les plus récents de Statistique Canada (2001), on évalue
à environ 5 000 le nombre de personnes travaillant dans le secteur
des biotechnologies. L'organisme Montréal International, pour sa part,
estime que 14 400 personnes au Québec travaillent dans le secteur
biopharmaceutique. Qu'est-ce qui explique cette différence? «Montréal
International considère dans son calcul les entreprises qui fabriquent
des appareils et du matériel pour les entreprises biopharmaceutiques,
alors que Statistique Canada ne compte que les personnes qui travaillent
directement au développement d'un produit», explique Frédéric Savard.
Où est l'emploi?
«Présentement, il n'y a pas des tonnes d'offres d'emploi dans ce
secteur», dit Perry Niro, qui soutient qu'à cause du roulement de
personnel, ce sont surtout des gens à la commercialisation (des représentants,
par exemple) que l'on engage en ce moment.
Selon le CETECH, les personnes travaillant en administration, en gestion
et en marketing représentent environ 22 % des employés des entreprises
biotechnologiques. Ceux qui travaillent à la production comptent pour
14 % des employés. Le personnel à la direction scientifique et à
la recherche représente quant à lui 35 % de la main-d'ouvre, alors
que celui qui aide les chercheurs (techniciens, ingénieurs chimiques,
etc.) forme 30 % des employés. «On constate donc que 65 %
de la main-d'ouvre se consacre à la recherche et au développement»,
ajoute Frédéric Savard.
Or, il n'est pas simple de trouver des chercheurs hautement spécialisés
et les entreprises biotechnologiques font face à de lourdes difficultés
de recrutement. Selon Louise Langlois, la directrice de Pharmabio Développement,
qui est le Comité sectoriel de main-d'ouvre des industries des produits
pharmaceutiques et biotechnologiques du Québec, «57,1 % des
entreprises éprouvent des difficultés à pourvoir à certains postes, principalement
des emplois de chimistes et de chercheurs». Il est aussi difficile
de recruter des opérateurs de fabrication, des spécialistes en affaires
réglementaires, des cadres supérieurs et des représentants. Le manque
d'expérience des candidats potentiels est le principal obstacle au recrutement.
Cela peut prendre des années avant qu'un centre de recherche biotechnologique
réussisse à monter une équipe de chercheurs chevronnés. Et ceux-ci sont
la principale valeur de l'entreprise. On ne recrute pas un chercheur avec
une annonce dans les journaux! «C'est du bouche à oreille, et parfois,
ça ressemble presque à du maraudage!» soutient Sophie Banville,
coordonnatrice aux communications à l'Institut des nutraceutiques et des
aliments fonctionnels (INAF). Dans le club sélect des chercheurs, on sait
qui travaille où, et les chercheurs chevronnés sont souvent talonnés par
plusieurs employeurs potentiels. Ils ne restent pas longtemps sur le marché!
La bouffe qui soigne
Parmi les multiples visages des biotechnologies, l'univers des aliments
fonctionnels et des nutraceutiques est particulièrement grouillant et,
au Québec, on s'y intéresse de près. Les aliments fonctionnels sont des
aliments dont les propriétés vont au-delà de la fonction nutritive. Le
brocoli, par exemple, si on le consomme de façon régulière, contient des
composants qui peuvent avoir des effets préventifs contre le cancer. Les
nutraceutiques, quant à eux, représentent la forme concentrée et purifiée
des aliments fonctionnels, comme l'ail cryogénique (l'ail aurait notamment
des effets bénéfiques pour la prévention des maladies cardiovasculaires).
«Ce qui distingue les nutraceutiques, c'est qu'ils ont une forme
qui s'apparente aux véhicules de livraison médicaux (cachet, sirop, gélule,
etc.)», explique Sophie Banville, coordonnatrice aux communications
à l'Institut des nutraceutiques et des aliments fonctionnels (INAF). L'INAF,
associé à l'Université Laval, offre des formations aux étudiants des deuxième
et troisième cycles universitaires qui voudraient se diriger vers ce secteur.
Selon Sophie Banville, tout mène aux nutraceutiques : «Les
sciences qui peuvent mener à des emplois dans ce secteur sont nombreuses
(agronomie, sciences et technologies des aliments, nutrition, pharmacie,
médecine, etc.). Et comme le domaine est jeune et de pointe, le taux de
placement est très bon.»