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Éducation en anglais
Emprunts linguistiques

par Emmanuelle Gril

Au Québec, plusieurs francophones poursuivent leurs études postsecondaires dans un établissement anglophone. Leur cheminement n’est pas toujours facile, mais il leur donne une longueur d’avance une fois le diplôme reçu.

Annick Julien a été initiée à l’apprentissage intensif de l’anglais à la fin du secondaire, alors qu’elle participait à un programme d’échange étudiant d’une durée d’un an à Atlanta, aux États-Unis. De retour au Québec, elle s’est inscrite au Collège Jean-de-Brébeuf, un établissement francophone, mais s’est rapidement rendu compte que sa connaissance de l’anglais se détériorait. «Comme je souhaitais travailler dans le commerce où la maîtrise de l’anglais est essentielle, j’ai décidé de poursuivre mes études universitaires à l’Université McGill.»

La route n’a pas toujours été facile pour cette diplômée du baccalauréat en management, qui travaille aujourd’hui comme souscriptrice auprès de CHUBB du Canada, une compagnie d’assurances américaine située à Montréal. «Je me débrouillais bien dans le langage de tous les jours, mais je ne comprenais pas toujours le vocabulaire spécialisé utilisé dans les cours. Il m’a fallu environ un mois pour me mettre dans le bain.»

Selon l’Institut de la statistique du Québec, chaque année, 54 % des Montréalais qui obtiennent un baccalauréat le reçoivent d’une université anglophone. Les anglophones ne représentent pourtant que 20 % de la population de Montréal. Explication? La métropole a deux grandes universités anglophones : Concordia et McGill où beaucoup de francophones étudient.

«Il faut être persévérant pour devenir bilingue. Tout repose sur les efforts que l’étudiant francophone y consacre», confirme Wendy Brett, adjointe aux étudiants francophones de première année à l’Université McGill. Chaque année, environ 2 000 personnes s’inscrivent dans cet établissement. En septembre 2005, on dénombrait 175 francophones.

«Ils réussissent bien. En fait, les étudiants francophones éprouvent tout simplement les mêmes difficultés d’adaptation que les autres, celles que l’on connaît généralement durant sa première année d’université, soit l’exigence des cours à ce niveau d’enseignement.» Elle considère cependant que l’environnement universitaire favorise l’apprentissage de l’anglais. «Tout le monde est là pour apprendre et l’ambiance encourage la participation. Les travaux en petits groupes sont aussi très formateurs, car ils donnent à chacun la chance de s’exprimer.»

Efforts récompensés
Jean-François Parent, journaliste au magazine Affaires plus, est un ancien étudiant de l’Université McGill. Diplômé du baccalauréat en géographie, ce francophone avait également terminé ses études collégiales en anglais au Collège Dawson, à Montréal. «À la fin de mes études secondaires, j’ai passé un an à voyager dans plusieurs provinces canadiennes, dans le cadre d’un projet éducatif sur l’environnement. Au départ, je baragouinais à peine l’anglais. À mon retour, j’étais fonctionnel.» Cette expérience l’a motivé à profiter de ses études collégiales et universitaires pour perfectionner son apprentissage de la langue anglaise.

«Durant la première session universitaire, j’ai eu des difficultés avec les travaux en anglais. J’aurais pu les rédiger en français, mais je m’efforçais de ne pas le faire. Tant et si bien qu’un jour, un professeur m’a dit que si je continuais à remettre mes travaux en anglais, j’allais me casser la gueule! Je suis donc passé au français, mais j’ai trouvé d’autres moyens d’améliorer mon anglais écrit, notamment en participant au journal étudiant.» L’expérience a porté ses fruits, car aujourd’hui, il pousse plus loin sa connaissance de la langue de Shakespeare en suivant des cours de journalisme littéraire en anglais, dans le but d’écrire pour des magazines anglophones.

Pour sa part, Véronique Proulx a obtenu un diplôme d’études collégiales (DEC) au Collège John Abbott, un des sept établissements d’enseignement offrant de la formation en anglais au Québec. «J’ai choisi ce collège pour améliorer mon anglais – langue que je parlais déjà un peu parce que j’avais plusieurs amis anglophones –, mais aussi parce qu’il se situait près de chez moi, explique-t-elle.

«Les francophones représentent de 30 à 35 % de notre population étudiante annuelle et ils réussissent en général aussi bien que les autres.»
— Sylvie Boucher, responsable du centre d’emploi, collège John Abbott
Je possédais seulement une connaissance de base de l’anglais et dans certains cours, j’avais du mal à suivre. L’écriture a également posé problème. Mais au bout de deux ans, je m’étais beaucoup améliorée.» Une fois son DEC en poche, elle a cependant décidé de poursuivre ses études en français au baccalauréat en psychologie à l’Université du Québec à Montréal et à la maîtrise en administration à l’École nationale d’administration publique. «Je savais que les cours allaient être difficiles, je voulais mettre toutes les chances de mon côté.»

Wendy Brett précise que l’Université McGill offre de nombreuses ressources aux étudiants francophones de première année. Par exemple, des cours d’anglais langue seconde, des ateliers de techniques de lecture, d’écriture et de composition, des cours particuliers, etc.

À l’Université Bishop’s, David McBride, chargé des relations publiques, souligne que près de 45 % des classes comportent moins de 14 étudiants, ce qui rend les professeurs plus accessibles et donc le cheminement des francophones plus aisé. «Environ 20 % de nos étudiants sont francophones, soit environ 400 sur 2 000, annuellement. Nous offrons divers services, notamment des cours d’anglais langue seconde et un centre de rédaction anglaise où les étudiants francophones peuvent faire relire leurs travaux s’ils les rédigent en anglais. Ils peuvent toutefois remettre leurs travaux en français s’ils le souhaitent.»

Les ressources sont également nombreuses au Collège John Abbott, où un centre d’apprentissage propose différents outils d’aide à l’intégration aux élèves de langue française (cours particuliers, ateliers d’écriture, etc.). «Les francophones représentent de 30 à 35 % de notre population étudiante annuelle et ils réussissent en général aussi bien que les autres», indique Sylvie Boucher, la responsable du centre d’emploi du collège. Elle admet toutefois qu’ils doivent travailler très dur, mais qu’en général après la première session, ils sont sur la bonne voie.

Au Collège Vanier, chaque semestre, les élèves francophones représentent environ 15 % des 5 600 inscriptions. Pour aider à leur intégration, ils peuvent suivre des cours d’anglais (débutant, intermédiaire, avancé), obtenir le soutien d’un tuteur ou les services d’un conseiller lors de la rédaction des travaux.

Atouts professionnels
Une fois sur le marché du travail, ces candidats bilingues tirent bien leur épingle du jeu. «Je n’aurais jamais décroché mon emploi actuel sans ma connaissance de l’anglais, affirme Annick Julien. Je travaille au moins la moitié du temps dans cette langue.» Véronique Proulx soutient de son côté que son expérience lui a donné une plus grande confiance en elle, en plus de développer sa capacité d’adaptation. Quant à Jean-François Parent, même s’il rédige la grande majorité de ses articles en français, il estime que son bilinguisme l’avantage. «Dans le milieu de l’économie et des affaires, beaucoup de choses se brassent à Toronto et à New York. Parce que je parle bien anglais, je n’hésite pas à appeler mes contacts là-bas.»

«Quand on ne maîtrise pas l’anglais, on passe à côté d’occasions professionnelles, renchérit Annick Julien. Il ne faut pas avoir peur de l’inconnu, ni craindre de faire rire de soi!» «Ne soyez pas intimidés, conseille enfin Jean-François Parent. Dès qu’on s’y met un peu, on fait des progrès. Mais attention, apprendre l’anglais ne devrait pas être une excuse pour négliger sa propre langue!»


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