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Au primaire et au secondaire
Note de passage

par Geneviève Dubé

Les commissions scolaires s’apprêtent à engager 1 200 enseignants qui se consacreront à l’aide aux élèves en difficulté dans les écoles primaires et secondaires du Québec. On embauchera également d’autres professionnels et des employés de soutien. Est-ce suffisant?

Lors du renouvellement des conventions collectives en décembre dernier, le gouvernement du Québec, la Fédération des syndicats de l’enseignement et la Fédération des commissions scolaires du Québec ont conclu une entente se traduisant par l’injection de 100 millions de dollars destinés à l’aide aux élèves en difficulté.

Ce pactole sera dépensé sur une période de 3 ans par les 70 commissions scolaires québécoises. Cela se traduira par des besoins de main-d’œuvre accrus, et pas seulement des enseignants.

Dès l’automne 2006, un montant de 30 millions de dollars sera consacré à l’embauche de 600 enseignants orthopédagogues dans les écoles primaires, 30 millions serviront à recruter 600 enseignants-ressources au secondaire, tandis que 30 autres millions seront destinés à l’ajout de professionnels et d’employés de soutien dans les réseaux primaire et secondaire.

Du côté des professionnels et des employés de soutien, leur nombre et leurs titres n’ont pas été déterminés. L’argent servira à l’embauche de personnel spécialisé auprès des jeunes ayant des difficultés de toutes sortes. Psychologues, travailleurs sociaux, orthophonistes, psychologues, psychoéducateurs, techniciens en éducation spécialisée et autres spécialistes s’ajouteront dans les 2 434 écoles primaires et secondaires de la province. «Nous avons voulu laisser l’entente flexible afin que chaque commission scolaire embauche le personnel répondant le plus à ses besoins spécifiques», explique Bernard Tremblay, directeur des relations de travail à la Fédération des commissions scolaires du Québec. Les 10 millions restants iront dans un budget consacré à la formation continue.

«C’est comme si on remplaçait un chirurgien de l’œil par quatre infirmières!»
— Égide Royer, Université Laval
La Fédération des comités de parents du Québec (FCPQ) est pour sa part préoccupée par le fait qu’on ne consacre pas davantage d’argent à l’embauche de personnel spécialement dédié à l’aide aux élèves en difficulté : «Lorsqu’un enfant traverse une période difficile, comme le divorce de ses parents, il est normal qu’il ait besoin de soutien pendant une certaine période, mais ce soutien doit être celui d’un spécialiste, et non d’un enseignant», explique Lynda Gosselin, agente de recherche à la FCPQ. En somme, la Fédération s’inquiète d’un empiètement dans le champ de compétence des professionnels de l’éducation, qui voient toujours leurs postes touchés en premier lors de coupes.

La Fédération des professionnelles et professionnels de l’éducation du Québec (FPPE) abonde dans ce sens. Elle revendique un ratio de 5,2 professionnels pour 1 000 élèves. Or, le ratio actuel s’établit à 4,1 pour 1 000. «Si on suppose que la moitié des 30 millions réservés aux professionnels et aux employés de soutien sera consacrée à l’embauche de professionnels, il y aura environ 260 postes créés ou maintenus en 3 ans, ce qui porterait le ratio entre 4,2 et 4,3 professionnels pour 1 000 élèves», dit Pierre Bouchard, président de la FPPE. Ces postes représentent donc un professionnel pour environ 10 écoles.

Pour Égide Royer, psychologue, chercheur et professeur titulaire en adaptation scolaire à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval, cette entente demeure largement insuffisante pour les besoins criants des élèves éprouvant des difficultés. Selon lui, la première lacune de cette annonce est qu’il n’y a pas de ressources pour les centres de la petite enfance. «Un enfant de trois ans ayant un problème de comportement demeure beaucoup plus facilement récupérable que s’il traîne ce même problème jusqu’au préscolaire, où il aura peut-être accès à un spécialiste, précise M. Royer. Pour un dollar de prévention, nous en épargnons six en intervention.» De plus, selon lui, les 100 millions auraient dû être investis pour des postes de professionnels spécialisés pour les élèves en difficulté, et non pour des postes d’enseignants : «C’est comme si on remplaçait un chirurgien de l’œil par quatre infirmières!» illustre le chercheur.

En attendant, on constate toujours les besoins de spécialistes dans les écoles : il suffit de consulter les listes d’attente qui ne disparaissent pas en raison de la fréquence et de la durée insuffisantes des visites de ces professionnels. «Quand un orthopédagogue passe 20 minutes par période de 6 jours avec un enfant ayant des problèmes de lecture, il est bien évident que les progrès ne seront pas suffisants, et l’ajout de ressources annoncé n’aura pas d’impact significatif», conclut M. Royer.


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