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[Carrière]
Vaut mieux prévenir
Si le présentéisme s'explique parfois par l'entêtement du travailleur vis-à-vis de son boulot au détriment de sa santé, il naît souvent d'un problème organisationnel. La surcharge de travail, les conflits entre collègues ou avec les supérieurs, l'ambiguïté des rôles, le degré de participation des individus dans le processus de décision et le manque de reconnaissance des patrons sont des facteurs de risque, d'après Jean-Pierre Brun.
La prévention du problème relève donc en grande partie des entreprises, disent les experts consultés. La majorité d'entre elles n'ont toutefois pas mis en oeuvre des stratégies pour contrer le présentéisme. «Dans le privé, on en est encore à appliquer les bases de la santé et de la sécurité au travail afin de prévenir les accidents. Il faut aussi s'occuper de la santé psychologique des gens», dit Jean-Pierre Brun. Selon Suzanne Dubois, les entreprises commencent néanmoins à prendre conscience du phénomène. La FMM a d'ailleurs lancé en 2003 Ça me travaille, un programme destiné aux entreprises qui vise à prévenir et à dépister la maladie mentale en milieu de travail. Une quarantaine d'organisations y ont participé jusqu'à présent.
Grâce à une politique de gestion de présence au travail, la Banque Nationale du Canada (BNC) est parvenue à réduire la durée moyenne des absences de son personnel entre 1999 et 2002, ainsi que les coûts qui y sont liés. Depuis 2003, l'institution tente plus précisément de faire fléchir le nombre d'absences en invitant ses gestionnaires à être vigilants au moindre symptôme de présentéisme chez leurs subordonnés. Ainsi, près de 30 % des gestionnaires de la BNC
ont reçu une formation pour détecter les signes de ce comportement, comme la fatigue, l'irritabilité, des relations d'équipe difficiles, la démotivation et la répétition d'erreurs.
«Nous invitons le gestionnaire à rencontrer l'employé qui présente ces symptômes et à déterminer un plan d'action avec lui», précise Suzanne Paiement, directrice au service des avantages sociaux et du secteur des ressources humaines de la BNC. Par exemple, la banque pourrait adapter l'horaire du travailleur ou lui fournir du soutien psychologique en vertu du programme d'aide aux employés. Et ces aménagements fonctionnent-ils? «Nous n'avons pas de données à ce sujet, dit-elle. Mais dans les dernières années, nous avons pu constater une amélioration de la satisfaction de notre clientèle, notamment grâce à notre programme. Nos employés sont aussi plus motivés.»
Pour prévenir le burn-in, les entreprises doivent mettre en place une structure de travail qui favorise les congés de maladie, estime Suzanne Dubois. «Le présentéisme est la conséquence des valeurs et des règles organisationnelles, ajoute-t-elle. Les employés ont beau disposer de huit ou neuf jours de congé de maladie par année, ils hésitent à en prendre un ou deux quand c'est nécessaire! Ils sentent une pression de la part de l'entreprise.» Florent Francoeur fait valoir que grâce à une politique de conciliation travail-famille, les parents n'auraient pas à puiser dans leur banque de congés de maladie lorsque leurs enfants sont malades.
Bref, les organisations doivent tenter de s'adapter aux individus et à leur réalité. Et pourquoi pas leur témoigner de la reconnaissance, dit Serge Marquis.
«Le travail est un espace où l'on peut se réaliser, créer un réseau social, un endroit où on peut donner un sens à notre vie et contribuer socialement, précise-t-il. Si aucune de ces raisons ne nous pousse à aller travailler, il reste seulement la paye.» Le danger de faire un burn-in est alors présent...
Michel Vézina souligne que le présentéisme est «lourd de conséquences». Il cite une étude finlandaise publiée en janvier 2005 dans l'American Journal of Public Health : elle montre que l'incidence d'événements coronariens sérieux est deux fois plus élevée chez les employés malades qui se présentent tous les jours au travail, comparativement à ceux qui prennent modérément des congés de maladie. Ce qui fait dire à Michel Vézina que les organisations doivent prendre leurs responsabilités. Comme une papetière qui déverse ses résidus dans un cours d'eau devrait assumer les frais de dépollution, les organisations ne devraient-elles pas assumer les coûts sociaux liés au travail? «C'est de la pollution sociétale!» dit-il.
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Les grands brûlés
Signaux d'alarme

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