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Jean Martel
Des mentalités à changer
Cet esprit de communauté particulièrement développé fait des travailleurs dans la cinquantaine «une ressource bien précieuse pour une entreprise», comme le remarque Catherine Morneau. Mais encore faut-il donner la chance au coureur.

Louise Boucher, 53 ans, n'a pas réussi à se trouver un boulot satisfaisant après avoir terminé des études en communication, alors qu'elle était dans la quarantaine. «Je me cherchais un poste de secrétaire de direction qui offrait un salaire décent. J'ai une vaste expérience, je suis très qualifiée et j'ai de l'énergie à revendre. J'ai encore beaucoup à donner à une entreprise. Or, en entrevue, je me suis rendu compte que j'avais 50 ans dans le regard de l'autre. Je sentais les employeurs réticents dès le départ. J'ai fini par comprendre que je ne faisais pas le poids devant une candidate de 30 ans, souvent plus malléable et qui coûte moins cher.»

Car même si le discours social change peu à peu, bien des entreprises, et en particulier les PME, ne font pas d'efforts particuliers pour maintenir ou embaucher une main-d'oeuvre d'expérience dans leurs rangs. Alors que l'heure de la retraite sonnera bientôt pour des milliers de baby-boomers, les firmes ont pourtant intérêt à y penser, disent les experts interrogés. Car pour qu'une organisation soit équilibrée, tous les âges doivent être représentés. «Or, la gestion des ressources humaines demande réflexion et planification, explique Frédéric Lesemann. Hélas, bon nombre d'entreprises n'ont pas de temps à consacrer à cette question. Elles n'ont adopté aucune stratégie pour pallier les pénuries à prévoir et suivent une vision à courte vue.»

Selon les spécialistes consultés, le concept de retraite progressive est une solution intelligente pour répondre aux besoins des entreprises et des travailleurs d'expérience. La sociologue Martine D'Amours évoque également d'autres solutions envisageables dans les organisations, comme la mise en place des programmes de mentorat avec les jeunes, l'aménagement des équipements des chaînes de montage dans les usines pour faciliter certains mouvements ou déplacements, les vacances prolongées et les horaires à temps partiel pour les travailleurs qui cheminent vers la retraite.

Car à 50 ans, on veut respirer un peu. «Ils veulent contribuer, mais à leur rythme, explique Catherine Morneau. En matière d'encadrement rigide, ils ont déjà donné...»

Louise Durocher, du Cirque du Soleil, envisage sérieusement de travailler à temps partiel avant de partir pour la retraite. «J'ai envie de me consacrer à autre chose qu'au travail. Je ne croyais pas dire ça un jour, moi qui n'ai jamais compté mes heures! Pourtant, j'aime toujours mon travail. Mais avec le temps, un détachement s'est opéré dans mon esprit. Je veux marcher en forêt, m'occuper de mon terrain à la campagne... J'espère seulement que mes patrons seront réceptifs à mes besoins.»

Jean Martel, un «bosseur» invétéré, a vu aussi son rapport au travail changer au fil des années. «J'aspire maintenant à un meilleur équilibre. J'ai réduit mes heures et je m'accorde plus de vacances. Pour moi, prendre mes distances par rapport au travail est un acte de liberté. Je me suis libéré d'une forme d'esclavage. Avec le temps, j'ai appris à faire plus de place au plaisir, à la famille, à l'amour. Je réalise aussi qu'à 51 ans, il me reste moins de temps pour réaliser mes rêves. Faire le tour du monde, par exemple...»

En 2005, si le marché du travail était une ville, avoir 50 ans et l'habiter signifierait :

«Marcher sur de grands boulevards bordés d'arbres, ouverts sur le monde et offrant d'immenses possibilités, côtoyant de petites rues sinueuses au charme pittoresque, nous réservant de belles surprises.»
- Jean Martel, 51 ans

«Vouloir transformer les terrains vagues en jardins fleuris, se servir de son expérience pour transformer la cité et l'amener un peu plus loin.»
- Louise Durocher, 51 ans





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