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Les 40-49 ans
Les mutants

par Marie-Hélène Proulx

Certains larguent leur boulot et quittent le pays. D'autres retournent à l'école ou changent de compagnie. Remises en question professionnelles, réflexions, bouleversements... Quarante ans, c'est l'âge des bilans.

«La fameuse crise du mitan de la vie n'est pas un cliché. C'est un phénomène scientifiquement prouvé, au même titre que la crise d'adolescence», affirme Luc Brunet, professeur adjoint en psychologie industrielle à l'Université de Montréal et coauteur de l'ouvrage Le mitan de la vie et la vie professionnelle. «Entre 35 et 50 ans, tout le monde y passe, avec plus ou moins d'intensité.»

Suis-je là où je rêvais d'être à 20 ans? Mon travail actuel me permet-il de me réaliser pleinement, de laisser ma trace? Que puis-je faire pour m'approcher davantage de mon idéal?

Si une minorité de gens vivent cette étape de façon plutôt violente - certains vont jusqu'à sombrer dans la dépression ou la toxicomanie, selon Luc Brunet -, la plupart en sont quitte pour une bonne introspection. Et quelques changements de cap...

«À 40 ans, on réalise qu'on est mortel, alors qu'à 20 ou 30 ans, on croit qu'on a le temps dans sa poche», dit Catherine Morneau, conseillère d'orientation et en gestion de carrière à Québec, où elle a fondé sa propre société, Les Consultations Morneau. «Tout à coup, on ressent une urgence d'agir, de faire ce dont on a vraiment envie.»

Certains se paient la totale en quittant leur travail pour faire le tour du monde ou en changeant carrément de profession. «Mais peu peuvent se permettre ce luxe, remarque Catherine Morneau. La plupart optent pour un complément de formation en allant chercher, par exemple, un certificat qui permet de faire un travail connexe au métier qu'ils ont longtemps exercé.»

Et ils sont de plus en plus nombreux, ces travailleurs dans la quarantaine qui reprennent le chemin de l'école. «Notre clientèle a changé depuis quatre ou cinq ans. Je n'ai jamais vu autant de gens d'affaires dans la salle d'attente! soutient la conseillère d'orientation. Il faut dire que les trajectoires de carrière sont aujourd'hui plus mouvementées. La société nous sollicite tellement qu'il est difficile de ne pas être tenté par d'autres voies. En plus, il arrive souvent qu'au bout de quelques années, notre diplôme initial ne suffise plus : il faut déjà se perfectionner pour être à jour. Parfois, cette évolution rapide fait en sorte qu'un fossé se creuse entre ce qu'on aimait faire à l'origine et ce que notre métier est devenu. On doit alors se redéfinir afin que notre travail corresponde davantage à nos aspirations.»

La quarantaine
La crise du mitan de la vie est aussi significative que peut l'être la crise d'adolescence. On réalise qu'on est mortel, alors qu'on croyait jusque-là avoir le temps dans sa poche. On ressent une urgence d'agir.
Bien sûr, ces transitions ne se font pas sans grincement de dents. Parlez-en à Ève Méthot, 48 ans, ex-journaliste à la pige. Celle qui se qualifiait de «parfaite analphabète des ordinateurs» a décidé, il y a huit ans, de s'inscrire au Collège de Maisonneuve en techniques d'intégration multimédia! «J'aimais mon métier de journaliste, mais j'en avais assez de l'isolement qu'entraîne la pige. J'avais le goût d'être encadrée, de quitter la précarité d'emploi. J'étais attirée par la conception de sites Web et de cédéroms, alors je me suis lancée dans l'aventure... J'ai fini par avoir la piqûre, mais les premiers temps, je m'arrachais les cheveux!»

Aujourd'hui, à son grand bonheur, Ève enseigne le multimédia dans un cégep. «Mon besoin d'établir des contacts avec autrui est comblé, et en plus, je me sens utile! Ce métier me permet d'être un relais de transmission de connaissances vers les jeunes. Avec le temps, c'est devenu essentiel pour moi de mesurer les retombées de mon travail sur les autres. Comme si l'assurance que j'ai acquise me permettait désormais de me concentrer sur la portée sociale de mon travail.»

La confiance en ses moyens, voilà certainement l'un des grands avantages que procure la maturité, note Catherine Morneau. «Avant 40 ans, c'est la course à la réalisation. On cherche à être reconnu, on a beaucoup à se prouver. Puis l'expérience fait son oeuvre; on développe de l'assurance, de la solidité. On se connaît mieux, notre jugement est plus aiguisé.»

Louise, une gestionnaire dans la quarantaine travaillant pour un organisme fédéral, savoure pleinement la tranquillité d'esprit que lui apporte la maîtrise de sa profession, dans toutes ses subtilités. «Je n'en suis plus au niveau de la réalisation : je peux exercer de l'influence. C'est très valorisant de sentir qu'on devient une référence dans son domaine. Je suis aussi plus efficace. Comme j'abats autant de travail en moins d'heures, j'ai plus de temps pour moi.» Même bonheur pour Denise Leroux, 47 ans, ingénieure chez Hydro-Québec : «Au travail, on me fait me sentir indispensable. Mes pairs me consultent souvent et je donne de la formation à l'École Polytechnique. C'est très gratifiant.»




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