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Travailler à 20, 30, 40 ou 50 ans
La grande traversée

coordination : Martine Roux
photos : François Roy

À chaque âge sa réalité. En ce qui a trait au travail, ce dicton est encore plus vrai. Sur le marché de l'emploi comme dans une ville, jeunes et moins jeunes se côtoient, mais carburent à différents stimuli selon leurs besoins et motivations du moment. Le travail est une grande cité bigarrée où l'on se sent parfois bousculé, énergisé, étourdi, émerveillé ou carrément oublié.

L'amour n'a pas d'âge, mais le travail, oui.
Tranches de vie.


Les 20-29 ans
Les kangourous

par Mylène Tremblay

Si le marché du travail était une ville, ses habitants dans la vingtaine seraient... des kangourous! Mobiles, polyvalents, sautillant dans tous les coins en quête d'expériences diverses, ces jeunes marsupiaux sont équipés pour rebondir au moindre obstacle. Leurs élans sont soutenus par une conjoncture économique favorable qui leur ouvre un marché de l'emploi très différent de celui qu'ont connu leurs parents, les baby-boomers.

Pour la majorité des Québécois, avoir 20 ans rime avec beat étudiant : on étudie le jour et on trime comme on peut le reste du temps pour boucler le budget. Une fois les études terminées, les plus chanceux décrochent un emploi régulier correspondant à leur domaine de formation. Les autres se contentent de jobines ici et là, en attendant un «vrai» emploi. Quoi qu'il en soit, pour la majorité des jeunes dans la vingtaine, faire son entrée sur le marché de l'emploi signifie faire connaissance avec le chiche univers du travail atypique - autonome, sur appel, à forfait, à temps partiel, etc.

«La réalité se résume pour la plupart à un travail à forfait, commente d'emblée Éric Desjardins, 27 ans, conseiller en emploi au Club de recherche d'emploi Montréal Centre-ville (CREMCV). Il n'y a pratiquement plus d'emplois permanents à temps plein. Les jeunes doivent être très mobiles géographiquement et flexibles dans leurs disponibilités et leur capacité à passer d'un poste à l'autre. Ils sont amenés à avoir beaucoup de responsabilités et à faire preuve d'une grande autonomie.»

La vingtaine
Une période de chaos vocationnel, c'est-à-dire un parcours professionnel caractérisé par une succession de formations, d'emplois et de périodes de chômage.
Même les employeurs qui offraient les avantages de la sécurité d'emploi - enseignement, fonction publique, grandes entreprises, etc. - convertissent les bons vieux postes à temps plein en contrats à durée déterminée, de six mois ou d'un an, par exemple. La raison? «On vit dans une période de chaos vocationnel», avance Monique Saint-Amand, une conseillère d'orientation du CREMCV qui oeuvre en «employabilité» depuis une vingtaine d'années. Et ce chaos, selon elle, est là pour de bon. Les jeunes (et les moins jeunes) devront s'adapter!

L'expression chaos vocationnel, lancée pour la première fois en 1996 par Danielle Riverin-Simard, spécialiste en counselling de carrière et chercheuse au Centre de recherche interuniversitaire sur l'éducation et la vie au travail (CRIEVAT), a été reprise depuis par différents auteurs pour décrire les parcours professionnels faits d'une succession de formations, d'emplois ou de périodes de chômage.

Un jeune prévenu en vaut deux
Un avantage qui sert certes les jeunes fraîchement atterris sur le marché du travail : ils savent à quoi s'attendre! Plus pragmatiques que leurs aînés, les 20-29 ans caressent des projets réalistes et ils entretiennent moins d'illusions. Rien à voir avec l'amertume et le sentiment d'injustice profonde ressentis par les jeunes dans les années 1980 envers les baby-boomers qui se cramponnaient jalousement à leurs postes. «Les jeunes qui arrivent sur le marché du travail aujourd'hui sont prévenus et sont conscients que durant leur carrière, ils devront veiller à leur développement professionnel en maintenant à jour leurs compétences, fait remarquer Monique Saint-Amand. Ils bougent plus vite que les gens de 30 ans et prennent les commandes de leur destinée.»

Dégourdis, optimistes et individualistes, les jeunes sont bien préparés à entrer dans la danse. Pour couronner le tout, un élément important joue en leur faveur : le climat économique est aujourd'hui nettement plus clément que celui qui prévalait au début des années 1990 alors que le Québec s'enlisait dans une récession et qu'un fort taux de chômage donnait des cauchemars aux chercheurs d'emploi. Depuis quelques années, l'emploi au Québec connaît des sommets olympiques et les perspectives s'annoncent heureuses, notamment grâce aux départs à la retraite des baby-boomers. Des occasions d'emploi, il y en a et il y en aura.




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