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[Mot
de la rédaction]
La
calvitie du Québec
par
Stéphanie Fillion
Vu un soir de septembre, à la télé : l'animateur Michel Jasmin est en entrevue
avec le chroniqueur sportif Réjean Tremblay. De quoi parlent-ils? Des hauts
faits de la carrière du chroniqueur-auteur? Pas du tout. Pendant plusieurs
minutes, les deux hommes ont échangé sur une préoccupation commune :
la calvitie, jusque dans les moindres détails de leur greffe de cheveux.
Le Québec et les temps changent.
Le vieillissement de la population québécoise, surtout de la nombreuse cohorte
des baby-boomers, a déjà commencé. À l'autre bout, pas assez d'enfants ou
d'immigrants pour assurer la relève. De cinq travailleurs par retraité aujourd'hui,
il n'y en aura plus que deux vers 2050. Si pour chaque discussion sur la
calvitie à la télé, on trouvera toujours une Audrey de Montigny pour satisfaire
la case jeunesse du paysage médiatique, rien toutefois n'empêchera la transformation
progressive de toute la structure socio-économique du Québec. De quoi s'arracher
les cheveux? Pas forcément, mais de quoi se gratter le sommet du crâne,
sûrement.
Les conséquences de ce choc démographique sont très concrètes. Qui dit population
vieillissante dit départs à la retraite et moins de main-d'oeuvre active.
Dans une économie de concurrence mondiale, arriverons-nous à produire autant,
sinon plus, avec moins de travailleurs? Est-ce la fin de la retraite? Et
même à vouloir travailler et à pouvoir vivre plus longtemps, pourra-t-on
ou voudra-t-on le faire de la même manière passé 65 ans?
À quoi ressemblera la vie dans une société où une grande partie des infrastructures
devra être revue pour répondre aux besoins de la majorité vieillissante?
Les plus vieux deviendront-ils un fardeau insupportable pour les plus jeunes?
Ou est-ce au contraire le début d'un resserrement des liens intergénérationnels,
quand tout le monde devra se serrer les coudes pour mieux faire fonctionner
le système?
Jobboom a tendu le micro à Claude Béchard, ministre de l'Emploi, de la Solidarité
sociale et de la Famille, de même qu'à une brochette de spécialistes, dont
le démographe David K. Foot et l'économiste Diane Bellemare. L'avenir, si
on les en croit, ne sera ni si terrible, ni si facile non plus. Mais comme
devant tout vrai problème, qui oblige de surcroît à se projeter dans l'avenir,
les solutions sont nébuleuses.
Le danger, c'est qu'il y a de ces problèmes pour lesquels on n'est jamais
prêt.
Bonne lecture,
Patricia Richard
Directrice du groupe de recherche Ma Carrière
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