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[Carrière]
100
jours pour faire
vos preuves
par
Martine Roux
Vous avez décroché le job du siècle. Mais gardez donc le champagne
au frais : au mieux, vous aurez 100 jours pour faire vos preuves.
Spécialiste en gestion de carrière, la coach Monique Soucy nous livre
les secrets d'une intégration réussie.
Gestionnaire des ressources humaines dans une grande entreprise montréalaise,
Nicole (nom fictif) s'est tout de suite sentie à l'aise au sein de sa
nouvelle équipe de travail. Trop à l'aise. Dès ses premiers jours de travail,
elle s'est liée d'amitié avec une collègue. Un lunch, deux lunchs :
les confidences viennent rapidement. Mais après deux semaines, elle a
découvert avec horreur que son «amie» avait rapporté au patron
des éléments personnels de leur conversation. Nicole s'est sentie piégée
et humiliée. Elle a tout fait pour recréer sa crédibilité, mais elle a
compris la leçon.
Auteure du livre J'ai mal à mon travail, la coach Monique Soucy
a maintes fois entendu des témoignages semblables à celui de Nicole. Les
confidences prématurées ne sont qu'un des nombreux pièges qui guettent
ceux qui commencent un nouvel emploi, explique-t-elle. Car s'il est souvent
excitant, le début d'un emploi relève aussi de la course à obstacles :
nos congénères nous jugent souvent au premier regard.
Vous aurez quelques jours pour vous imposer et faire bonne impression
auprès des patrons et collègues, et une centaine de jours pour vous intégrer
à l'entreprise et faire vos preuves... Voici comment vous y prendre.
Reportez les grands projets
«Un nouvel emploi demande beaucoup d'énergie pour s'adapter à l'environnement,
aux collègues et aux nouvelles fonctions, dit Monique Soucy. Ce n'est
pas le temps de repeindre la maison!» Veillez aussi à bien vous
alimenter et à faire de bonnes nuits, conseille-t-elle.
Dosez votre style
Pendant les trois premiers mois, votre tenue vestimentaire devrait s'harmoniser
à celle de vos collègues, tout en tenant compte de votre personnalité,
bien sûr. Si votre tenue est trop décontractée et que vos collègues sont
tirés à quatre épingles, ou l'inverse, vous susciterez des commentaires
malveillants, affirme la psychologue. «Les premières impressions
demeurent. Tenez-en compte.»
Des journées bien remplies
Évitez de faire ou de recevoir des appels personnels pendant les premiers
mois. Arrivez à l'heure. Sans multiplier les heures supplémentaires, il
serait aussi plus sage de ne pas quitter avant tout le monde.
«Tu viens luncher?»
Aller luncher ou pas? Ça dépend, répond Monique Soucy. «Si vos collègues
y vont, joignez-vous à eux, ne faites pas bande à part. Pendant le repas,
écoutez et évitez de vous épancher. Observez la dynamique du bureau :
si d'autres personnes restent à manger sur place, mangez aussi avec eux
un autre jour. L'important est de ne pas vous identifier à un seul collègue
ou à un groupe en particulier. Évitez de fréquenter toujours les mêmes
personnes.»
Restez neutre
Les jeux relationnels sont monnaie courante dans les entreprises. Certaines
personnes sont à couteaux tirés, d'autres échangent des confidences autour
d'une bière... ou sur l'oreiller. Durant les premiers mois, sachez rester
neutre! «Ne vous sentez pas trop vite à l'aise. Évitez les familiarités
et attendez de voir à qui vous avez affaire. Ça prend au moins trois mois
pour bien connaître une personne. Tout ne se dit pas, surtout en milieu
de travail. Le fait de partager avec spontanéité ce que vous pensez en
bien ou en mal d'une personne peut se retourner contre vous. Soyez plus
stratégique qu'authentique. Et fiez-vous à votre instinct et à vos perceptions.»
À l'écoute
Parler de vos expériences de travail, de vos réalisations ou des prix
que vous avez gagnés, oubliez ça! «C'est normal de vouloir faire
bonne impression, mais à trop se mettre en valeur, on peut créer l'effet
contraire. Soyez plutôt à l'écoute des autres, réagissez positivement
quand ils parlent de leurs réalisations. Si vous sentez qu'un collègue
n'est pas intéressé à faire votre connaissance, il est fort possible que
ce soit parce qu'il vous perçoit comme une menace. Posez-lui plutôt des
questions en lien avec son expérience, sachez reconnaître son travail.
Cette attitude devrait le rassurer.»
Posez des questions
Les nouveaux venus ont souvent peur de poser des questions, remarque Monique
Soucy. Peur de déplaire, de déranger, d'avoir l'air de manquer d'initiative...
«Au contraire, vous semblerez soucieux de prendre votre intégration
en main! Bien sûr, il faut tout de même être débrouillard. Essayez d'éviter
de poser plusieurs fois les mêmes questions. Prenez des notes au besoin.»
Jaugez le patron
«Il n'y a pas de patron idéal!» dit la spécialiste. C'est
à vous de vous adapter à celui qui est en place et non l'inverse. Pendant
les trois premiers mois, demandez-vous à quel type de patron vous avez
affaire. Délègue-t-il, reconnaît-il aisément le travail des autres? Est-il
décontracté et à l'écoute de vos idées? S'exprime-t-il davantage au «je»
ou au «nous»? Est-il autoritaire? S'il protège jalousement
son territoire, vous devrez user de doigté et de diplomatie. «Pour
le rassurer, donnez-lui une partie du crédit de vos bons coups. Abondez
dans son sens en soulignant la bonne idée. Ça peut avoir l'air "téteux",
mais c'est une stratégie qui vous permettra d'arriver à vos fins et d'avancer
professionnellement sans heurter qui que ce soit.»
Il y a plusieurs types de patrons, ajoute Monique Soucy. «Exercez-vous
à jauger le style du vôtre, aiguisez votre sens de l'observation et découvrez
ses attitudes de gestionnaire. Quelle est sa vision du contrôle et du
leadership? Est-il débonnaire, autoritaire, démocratique, éparpillé? Enrichi
de ces informations, vous serez davantage en mesure de vous adapter à
son style. Vous pourrez pallier ses lacunes à la condition de le faire
avec tact et discrétion, pour ne pas menacer son statut.» Plusieurs
patrons ont accédé au pouvoir grâce à leurs compétences techniques...
et non leurs aptitudes en relations humaines et en gestion. D'où l'importance
de s'adapter à eux et de les seconder au mieux sans les menacer. Question
de stratégie!
Mettez votre travail en valeur
Donnez du crédit à vos supérieurs n'implique pas de vous effacer pour
autant, insiste Monique Soucy. «Sans être impertinent, voyez à mettre
en valeur votre travail auprès de votre patron. Informez-le de l'avancement
de vos tâches, de vos réalisations particulières et de vos résolutions
de problèmes. Tout est question de dosage. Vous n'aurez pas l'air de vanter
vos mérites si vous savez glisser habilement ces propos afin qu'il sache
qui vous êtes et comment vous travaillez. Votre patron n'est pas devin,
il connaîtra ainsi vos forces et votre style.»
Prenez des initiatives
Vaut-il mieux accepter les règles déjà en place ou faire valoir des idées
novatrices? «Écoutez votre intuition, répond Monique Soucy. Comme
vous venez de l'extérieur, vous avez d'autres expériences et un certain
recul par rapport à vos collègues. Il se pourrait que vous voyiez rapidement
une solution qui épargnerait du temps et simplifierait le travail. Mais
tâtez d'abord le terrain auprès du patron ou des collègues pour vérifier
si cette idée est susceptible d'être bien reçue.»
Respectez la culture d'entreprise
À chaque boîte ses moeurs. Certaines entreprises valorisent beaucoup les
anniversaires des employés, par exemple, et d'autres sollicitent les suggestions
du personnel. «Il faut graduellement s'intégrer à cette culture.
Par exemple, s'il est de coutume d'envoyer des fleurs à une collègue malade
ou de célébrer Noël, c'est important de participer.» Vous pourrez
apporter votre grain de sel si vous avez d'autres idées, mais sans vous
opposer dès le départ à ce qui était déjà en place avant votre arrivée.
Après un mois : bref bilan
Si vos supérieurs ne vous évaluent pas d'emblée, sollicitez une rencontre
avec eux après le premier mois, conseille Monique Soucy. «Il ne
s'agit pas de faire une évaluation complète, mais d'avoir du feed-back.
Demandez à votre patron si votre travail correspond à ses attentes, s'il
perçoit des faiblesses que vous devriez améliorer, quelles forces voit-il
en vous. Vous saurez à quoi vous en tenir.»
Après trois mois : bilan complet
Passée l'effervescence de la période d'adaptation, c'est le temps d'évaluer
plus profondément votre performance. «Faites le point avec vos supérieurs :
quelle est votre place dans l'entreprise? Quels devraient être vos objectifs
et vos priorités? Qu'attendent-ils de vous au cours des prochains mois?»
À l'inverse, c'est aussi le moment d'évaluer si votre travail vous satisfait
vraiment. «Profitez-en pour regarder si vos talents sont exploités,
poursuit la consultante. Quelles sont les forces que vous utilisez et
celles que vous laissez de côté? Pouvez-vous faire des suggestions de
changements d'ores et déjà? Cette étape servira votre carrière, compte
tenu de vos objectifs personnels. Vous pourriez songer, par exemple, à
suivre des cours en formation continue.»
«Et si je m'étais trompé?»
Votre nouveau boulot vous désespère? Ne baissez pas les bras trop vite,
suggère la spécialiste. «Il ne faut pas conclure trop vite à l'erreur.
Peut-être que ce poste représente pour vous un défi difficile à relever,
mais qu'il se révélera judicieux dans votre parcours professionnel. Le
problème qu'il fait émerger risque de revenir dans un autre emploi s'il
exprime une limite que vous avez à dépasser. Par contre, si vous voyez
clairement que vous n'êtes pas au bon endroit, il est inutile de vous
acharner. Si le fait de démissionner risque de compromettre votre réputation,
vous pouvez choisir de vous retirer en prétextant avoir reçu une autre
offre, par exemple. Si vous n'êtes réellement pas à votre place, partir
après trois semaines est moins pire que de partir après trois mois.»
Jour 1 : guide de survie
- Arrivez à l'heure.
- Éteignez votre cellulaire.
- Évitez de faire ou de recevoir des appels personnels.
- Posez des questions.
- Prenez des notes.
- Retenez le nom de vos collègues.
- Malgré une certaine nervosité normale, souriez!
Cinq comportements casse-gueule à éviter
- Dévoiler trop d'informations personnelles ou des informations inappropriées.
- Oublier le nom des personnes qui vous ont interviewé ou, pire, ne
pas vous souvenir d'elles.
- Décrocher le téléphone en utilisant le nom... de votre ancien employeur.
- Transpirer abondamment.
- Vous perdre dans l'édifice.
(Sources : www.quintcareers.com; «New Job? How to Avoid Those First
Day Clangers», sondage mené par la firme de recrutement britannique
Office Angels, avril 2002.)
Avez-vous la bonne attitude?
Vous avez répondu non à moins de 4 reprises
Vous avez adopté une bonne attitude et vous êtes conscient que le savoir-être
est aussi important que le savoir-faire au cours des premières semaines
d'un emploi.
Vous avez répondu non à 4 reprises ou plus
Suivez ces quelques conseils pour faciliter votre intégration à votre nouveau
milieu de travail :
- Créez des liens avec vos collègues; ils seront plus disposés à vous aider
et à vous intégrer.
- Vous ne devez pas créer une ambiance de compétitivité ou d'exclusion;
faites usage de modestie.
- Misez sur vos compétences particulières, prenez le temps de situer vos
avantages concurrentiels.
- Souriez, faites preuve d'empathie et d'écoute.
- Traitez tous les employés avec respect. Les jeux relationnels sont parfois
subtils.
- Soyez déterminé à apprendre et demeurez ouvert aux autres points de vue,
vous venez d'arriver...
Source : Brisson, Legris et Associés (www.brissonlegris.qc.ca)

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