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[Hors
piste]
La
vie est une loterie
par
Annick Poitras
Nom : Marie-Claudel Lalonde
Âge : 23 ans
Emploi : Chef de produits pour les loteries instantanées, Loto-Québec
Formation : Baccalauréat en marketing
Tout un numéro : Chaque année, Loto-Québec lance de 55 à 60 nouvelles
loteries instantanées. Je suis l'une des trois personnes derrière leur
conception. Une fois qu'un concept est développé, je le teste auprès de
consommateurs réunis dans des groupes de discussion. Nous vérifions entre
autres l'appréciation des visuels et la compréhension de la mécanique
de jeu. Si le concept est populaire, je le développe jusqu'à sa mise en
marché.
Avec extra : Il y a deux catégories de consommateurs : ceux
qui aiment les jeux longs à gratter et ceux qui préfèrent les jeux simples.
Moi, ma spécialité, ce sont les divertissements à 3 $, les plus complexes.
J'ai récemment élaboré plusieurs concepts, dont une loterie baptisée «Destination
Europe», inspirée du jeu de tic-tac-toe. Le concept est à l'étape
des tests présentement.
Loto-Planète : Pour m'inspirer, je visite beaucoup de sites dans
Internet. J'assiste chaque année à la Table ronde des instantanés, une
sorte de congrès où on échange des concepts avec nos homologues canadiens.
Nous avons aussi accès à une quantité phénoménale de billets de loterie
des quatre coins du monde; ça peut nous donner des idées.
Combinaison gagnante : Un concept naît toujours de la même façon :
sur une feuille blanche, je dessine au crayon à mine le billet tel que
je l'imagine. Je remets ensuite mon dessin à des graphistes chargés d'accoucher
d'un visuel original et efficace. Quand je ne crée pas, je teste les jeux,
j'en retravaille certains et je prépare la mise en marché.
Le gros lot : Une fois qu'un concept est accepté, je me base sur
des chiffriers pour élaborer sa structure de lots, c'est-à-dire le nombre
de lots qui seront remis aux consommateurs. Ce n'est pas une question
de probabilités, comme dans les jeux télévisés, où le gros lot peut être
gagné trois semaines d'affilée! Dans les loteries instantanées, le nombre
de lots à gagner est coulé dans le béton. Ensuite, une analyste vérifie
ma structure pour s'assurer qu'il n'y a pas de mauvais calculs.
Double défi : Il peut s'écouler de huit à douze mois entre la conception
d'un jeu et sa mise en vente. Bien que j'occupe mon poste depuis un peu
plus d'un an, un seul des concepts que j'ai élaborés de A à Z a été mis
en marché jusqu'à présent. Il s'appelle «Double défi». C'est
un jeu qui repose sur des icônes de dés et des flèches menant à des cases
additionnelles à gratter.
Jeu de patience : Certaines périodes de l'année sont plus particulièrement
consacrées à la création de concepts. Pendant un mois ou deux, je passe
des journées entières devant mon ordinateur à fouiller un peu partout
pour m'inspirer. Certains jours, à 17 h, je n'ai toujours rien dessiné
sur ma feuille et j'ai l'impression d'avoir perdu mon temps. Plus tard,
je réalise qu'en mettant ensemble tous les éléments dénichés ici et là,
je peux arriver à créer un jeu. Je suis souvent persuadée de ne plus jamais
être capable de pondre des idées. Étonnamment, j'y arrive toujours!
Casse-tête : Les concepts ne passent pas toujours la rampe la première
fois. Par exemple, j'ai déjà créé un jeu dans lequel on gratte des pièces
de casse-tête et on cherche à reconstituer l'ensemble dans le but de gagner
un lot. En groupe de discussion, on a constaté que les pièces étaient
trop petites et difficiles à déchiffrer. Il nous a fallu retourner à la
table à dessin.
Manque de pot : Les employés de Loto-Québec achètent des billets
comme tout le monde! Il est tout à fait impossible pour nous de savoir
quels sont les billets gagnants. Je me procure aussi les jeux auxquels
j'ai travaillé pour voir s'ils sont intéressants. Et j'encourage mes collègues
en achetant leurs jeux. Le plus drôle, c'est que je gagne souvent! Toujours
des petits lots, jamais de gros encore...
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