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  [C'est la vie!]

Certains travailleurs doivent multiplier les efforts pour percer ou réintégrer le marché du travail. Handicap, maladie, passé difficile... La série C'est la vie! leur tend le micro.

Une issue à la rue
par Sylvie L. Rivard

Les sans-abri vivent en mode survie. Trouver du boulot quand on ne sait même pas où passer la nuit tient du miracle. Avec un peu d'aide, plusieurs d'entre eux parviennent pourtant à se sortir du gouffre. Leur plus grand défi : reprendre confiance en eux-mêmes.

À 30 ans, Caroline (un prénom d'emprunt) travaille pratiquement pour la première fois de sa vie. Vendeuse chez un détaillant d'appareils électroniques, elle mène une vie bien rangée. Pourtant, la jeune femme a longtemps «travaillé» dans la rue.

Comme beaucoup d'adolescents, elle a fait connaissance avec la dope à l'école secondaire. Au cégep, quelqu'un l'a initiée à l'héroïne. Son premier shoot a marqué le début d'une descente aux enfers. «J'avais toujours eu peur d'affronter le monde adulte. Je me suis réfugiée dans la drogue. Plus le temps passait, moins je croyais que j'allais pouvoir m'en sortir. Toutes les portes se refermaient derrière moi.» Décrochage scolaire, prostitution, vols, nuits à la belle étoile ou dans les piqueries, cures de désintoxication, rechutes ont fait partie de son quotidien pendant plusieurs années.

C'est à l'âge de 25 ans que Caroline a vu un médecin qui lui a prescrit de la méthadone. Elle a arrêté sa consommation de drogue et est retournée vivre chez ses parents. Pour se sortir définitivement du gouffre, elle a cogné à la porte d'un organisme de réinsertion en emploi s'adressant aux ex-itinérants.

«Lorsque j'ai mis les pieds là-bas, j'étais complètement perdue. Je ne savais même pas comment m'y prendre pour chercher un emploi.» On lui a notamment montré à rédiger un CV, à passer une entrevue d'embauche. et à gagner de la confiance en elle-même. Aujourd'hui, Caroline rêve d'un retour aux études pour devenir intervenante communautaire.

Pour bon nombre de personnes sans domicile fixe, travailler, c'est du chinois. «Bien souvent, les itinérants ont peu, voire aucune, expérience sur le marché du travail, constate René Charest, chercheur au sein du Collectif de recherche sur l'itinérance, la pauvreté et l'exclusion sociale (CRI). La rue accueille des personnes qui ont un CV vierge, d'autres qui ont déjà occupé des emplois très précaires et des gens dont le travail est illicite ou atypique (les squeegees, par exemple).»

Des stages formateurs
Faute d'expérience et de formation, les personnes sans domicile fixe ont toute une pente à remonter pour réintégrer le marché du travail. Le plus difficile n'est pas, par exemple, de leur enseigner à utiliser une caisse enregistreuse, expliquent les intervenants consultés : c'est de leur montrer à fonctionner dans un cadre rigide. Ils doivent notamment apprendre à gérer leurs émotions, à développer des habiletés sociales, à communiquer.

C'est justement la mission d'organismes de réinsertion en emploi comme le Groupe information travail (GIT), de Montréal. Méthodes de recherche d'emploi, ateliers de connaissance de soi et orientation font partie des outils fournis aux personnes sans domicile fixe. On leur propose aussi un stage en entreprise, souvent rémunéré. C'est ainsi que plusieurs d'entre eux passent du trottoir à un emploi de technicien de scène, d'ébéniste, de programmeur, de créateur de sites Web...

«En arrivant ici, les gens ont peur de travailler, de se casser la gueule, d'être ridiculisés et de se faire traiter de bons à rien, explique Martin Petrarca, directeur général du GIT. Le plus grand défi est de leur redonner confiance en eux et de leur transmettre le goût de trouver et de conserver un emploi.»

Autre défi : aider la personne à cibler ce qu'elle a vraiment envie de faire, renchérit son collègue Serge Grenier, conseiller en main-d'ouvre. «Le pire piège pour le jeune est de sauter sur sa première idée. Parfois, il choisit un métier qui ne correspond pas à ses goûts. Les stages permettent d'explorer d'autres avenues, de confirmer certains choix.» Une fois sur le marché du travail, le nerf de la guerre est le maintien en emploi, ajoute-t-il.

D'autres organismes misent sur l'encadrement par un mentor, un intervenant bénévole qui accompagne le sans-abri lors de ses premiers pas en milieu de travail. C'est l'idée derrière le projet pilote Dialogue vers l'emploi, une initiative de l'organisme montréalais YMCA Centre-Ville. «Le recours à un mentor n'est pas une pratique courante, dit Réjean Dragon, coordonnateur du projet. Dans un milieu de travail, le sans-abri ne peut pas fuir la situation comme il changeait autrefois de coin de rue. Le mentor est là pour l'appuyer.»

Une transition nécessaire
Convaincre une entreprise d'embaucher un jeune de la rue n'est pas toujours du gâteau. «Les employeurs ont des craintes et ils n'ont pas tort», estime Sylvain Flamand, coordonnateur des intervenants pour l'organisme montréalais Le Bon Dieu dans la rue. «Ça ne sert à rien de parachuter un jeune dans un emploi de 40 heures par semaine sans qu'il y soit préparé, explique-t-il. Il doit d'abord régler ses problèmes de consommation et faire un bout de chemin sur le plan personnel.»

Chaque nuit, les bénévoles du Bon Dieu dans la rue sillonnent les artères montréalaises pour apporter nourriture et réconfort aux jeunes sans-abri. Pour pousser plus loin son intervention, l'organisme fondé par le père Emmett Johns (Pops) a ouvert en décembre dernier la friperie Frip à Froc. Ce magasin de vêtements d'occasion servira de tremplin entre la rue et le monde du travail pour certains jeunes. Les employés, tous issus de la rue, sont rémunérés pour leur travail et embauchés sur une base temporaire. «Ils ont beaucoup à apprendre, mais c'est toujours surprenant de voir à quel point ces jeunes sont brillants et capables de réussir», souligne Sylvain Flamand.

Chose certaine, plusieurs s'en sortent haut la main. De belles histoires, Jeanne Doré, directrice générale de Le Boulot vers..., en aurait des tonnes à raconter. L'organisme montréalais offre des stages rémunérés en ébénisterie aux jeunes de 16 à 25 ans en difficulté, dont les sans-abri. De la première à la dernière journée, le plus fascinant est de voir leur visage se transformer, dit-elle. «Au début, on remarque leur fermeture et leur méfiance, puis au bout de deux mois, ils commencent à s'ouvrir, à sourire. Ils pensaient que bummer, c'était la liberté. Ils réalisent que la liberté est ailleurs, même si c'est parfois difficile de se lever le matin...»

La section C'est la vie est réalisée avec la participation de Développement des ressources humaines Canada.



Construire son avenir

> Olivier Paquin, 30 ans
> Estimateur dans le domaine de la construction


À 18 ans, la vie d'Olivier a pris une drôle de tournure : il a goûté à la cocaïne et en est devenu accro. Début vingtaine, il laissait tomber son colocataire pour errer à Montréal et à Québec. Sans domicile fixe, il squattait là où des amis charitables voulaient bien l'accueillir.

Pour s'en sortir, à 21 ans, il a suivi une cure de désintoxication et a séjourné dans un centre d'hébergement pour jeunes en difficulté. Mais c'est grâce au Groupe information travail (GIT), un organisme d'insertion en emploi s'adressant aux ex-itinérants, qu'il a pu envisager une vraie carrière. «J'ai commencé à travailler à 12 ans, mais je ne gardais jamais longtemps mes emplois. J'ai tout fait : caddy, cueilleur de légumes, commis de dépanneur, poseur de tapis, serveur, etc. Grâce au GIT, j'ai commencé à croire en moi et à prendre conscience de mes capacités. J'ai arrêté de faire des jobines...»

Après son passage au GIT, Olivier a travaillé pendant un an en animation dans un YMCA auprès de jeunes enfants et d'adolescents. En 1998, il est retourné sur les bancs d'école pour suivre un cours en menuiserie à l'École des métiers de la construction de Montréal. Fin 1999, son diplôme d'études professionnelles en poche, un nouveau monde s'ouvrait à lui. Il a d'abord travaillé comme apprenti menuisier et menuisier pendant 18 mois avant de se lancer à son compte comme entrepreneur de rénovation.

Mais son travail ne le stimulait pas assez à son goût sur le plan intellectuel. Septembre 2001, il décroche un boulot d'estimateur pour un entrepreneur de construction. «Je n'avais pourtant qu'un quatrième secondaire et aucune expérience comme estimateur», raconte-t-il. Son patron lui a fait confiance. Olivier a mis les bouchées doubles en étudiant à temps plein le soir pour obtenir une attestation d'études collégiales en mécanique du bâtiment. Son emploi consiste à préparer les soumissions lors d'appels d'offres et à gérer les projets.

«Je suis heureux de mon parcours. J'ai fait des efforts et j'en récolte les fruits. J'ai beaucoup de responsabilités : si je me trompe de 50 000 $ dans une soumission, je peux mettre mon boss à la rue. Je m'amuse souvent en disant que je me promène avec son fonds de pension dans les poches...»


Ressources

>Accueil Bonneau
Hébergement à Montréal pour sans-abri et soutien à la réinsertion sociale.

  • Téléphone : (514) 845-6009 ou 845-3906
  • Courriel : info@accueil-bonneau.qc.ca
  • Site : accueil-bonneau.qc.ca

    >Collectif de recherche sur l'itinérance, la pauvreté et l'exclusion sociale (CRI)
    Le CRI favorise le développement de partenariats entre les milieux de recherche et les milieux d'intervention spécialisés sur la question de l'itinérance. Le site propose plusieurs publications et recherches.
  • Téléphone : (514) 987-3000, poste 0295
  • Courriel : cri@uqam.ca
  • Site : www.unites.uqam.ca/CRI

    >Corporation régionale en santé mentale et travail de Laval
    Cet organisme sans but lucratif offre aux 16-24 ans susceptibles de sombrer dans l'itinérance un programme de réinsertion sociale et professionnelle à travers les arts.
  • Téléphone : (450) 688-7463
  • Courriel : crsmtl@crsmtl.com
  • Site : www.crsmtl.com

    >Groupe information travail (GIT)
    Un organisme montréalais qui offre aux sans-abri un programme de développement en employabilité. Les candidats participent à des ateliers d'orientation et de connaissance de soi, puis à des stages en entreprise.
  • Téléphone : (514) 526-1651
  • Courriel : git@infotravail.net

    >La Maison du Père
    À Montréal, La Maison du Père offre un refuge de nuit et un programme de réhabilitation, lequel comporte un volet de recherche d'emploi.
  • Téléphone : (514) 845-0168
  • Courriel: info@maisondupere.org
  • Site : www.maisondupere.org

    >Le Bon Dieu dans la rue
    Organisme montréalais qui vole au secours des jeunes de la rue de plusieurs façons : distribution de nourriture, centres de jour et d'hébergement temporaire, apprentissage scolaire et fonds d'études, emplois et réinsertion socio-économique.
  • Téléphone : (514) 526-7677 ou 1 888 520-7677
  • Site : www.danslarue.com

    >Le boulot vers...
    Cette entreprise montréalaise aide à l'intégration au marché du travail ou aux études de jeunes âgés de 16 à 25 ans qui sont en difficulté. Stages rémunérés en ébénisterie, programmes de formation sociale, civique et économique et de recherche d'emploi sont offerts.
  • Téléphone : (514) 259-2312
  • Courriel : boulotvers@videotron.net

    >Le Gîte Ami, Hull
    Un refuge pour sans-abri offrant des ressources pour trouver un endroit où loger, notamment par l'accès au travail. L'organisme assure le minimum vital pour les itinérants au cours de la recherche d'emploi.
  • Téléphone : (819) 776-0134

    >Le Groupe communautaire L'Itinéraire
    Ce groupe d'entraide pour personnes sans-abri ou toxicomanes de Montréal fournit une expérience de travail aux gens de la rue, notamment par le biais du journal L'Itinéraire, du Café sur la rue et du Café Internet.
  • Téléphone : (514) 597-0238
  • Courriel : itineraire@videotron.ca

    >Le Refuge des jeunes
    Ce centre d'accueil de nuit de Montréal vise la réinsertion et l'intégration des jeunes hommes en difficulté. Outre le gîte, le Refuge offre un suivi individualisé et toute l'aide nécessaire pour sortir de la rue.
  • Téléphone : (514) 849-4221
  • Site : www.sbem.org/reseausbe/lerefuge.htm#L'organisme


    >Mission Old Brewery
    Cet organisme montréalais offre lits, repas et vêtements dans différents immeubles réservés aux hommes ou aux femmes. Des programmes de réinsertion au travail sont aussi offerts à certains habitués de la Mission.
  • Téléphone : (514) 866-6591
  • Courriel: obmission@netwerx.net
  • Site : www.netwerx.net/obmission

    >Regroupement des Auberges du cour du Québec
    Le Regroupement rassemble 25 maisons d'hébergement dans 11 régions du Québec. On y reçoit des jeunes de 12 à 30 ans afin de les soutenir dans leurs démarches de réinsertion sociale.
  • Téléphone : (514) 523-8559
  • Courriel: racq@cam.org

    >Regroupement pour l'aide aux itinérants et itinérantes de Québec
    Service général de soutien pour les sans-abri de Québec.
  • Téléphone : (418) 522-6184
  • Courriel: tabliti@globetrotter.net

    >YMCA Centre-Ville
    L'organisme montréalais a créé un programme d'aide à l'emploi s'adressant particulièrement aux itinérants ou aux ex-itinérants.
  • Téléphone : (514) 849-8393




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