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  [Mot de la rédaction]
Tabou
par Stéphanie Fillion
Un matin de février, dans le métro. Sachant que je dois écrire ce mot au cours de la journée, je porte une attention particulière aux occupants du wagon. Face à moi, un couple à la peau noire converse. Ils rigolent et ressortent parmi les autres passagers, taciturnes, encore endormis. Un peu plus loin, une jeune Asiatique lit un manuel sur l'art de développer nos capacités extrasensorielles. Tout à côté de moi, un homme d'origine arabe est lui aussi plongé dans sa lecture. Je suis fascinée par les pages de son livre, couvertes de caractères arabiques. Je pense à toutes ces langues que je ne maîtrise pas, à cette littérature qui m'échappe, à ces cultures que je n'aurai peut-être jamais le temps de découvrir.

Puis je m'imagine un instant face à chacune de ces personnes, hargneuse : «Voleurs de jobs, retournez dans votre pays!» Je souris tellement la scène me paraît invraisemblable.

Pourtant, en septembre dernier, le Tribunal des droits de la personne a condamné un ex-employé d'un supermarché montréalais ainsi que son employeur à verser plus de 35 000 $ à un ancien collègue d'origine palestinienne. Le commis avait pendant longtemps essuyé les menaces et les commentaires racistes de son collègue, qui l'enjoignait de retourner dans son pays.

En 2001, le Congrès du Travail du Canada a mené un sondage auprès des travailleurs de couleur du pays, leur demandant s'ils avaient fait l'objet de harcèlement ou de discrimination en raison de leur race au cours de la dernière année. Près du quart des personnes interrogées (23,5 %) ont répondu par l'affirmative.

La discrimination raciale sur le marché du travail ne se manifeste pas toujours de manière évidente. Elle se fait même très insidieuse lors des processus d'embauche. Mais ses résultats sont indéniables : si les travailleurs de couleur sont en moyenne plus instruits que les autres travailleurs canadiens, ils sont pourtant plus nombreux à occuper des postes à faible salaire. Ce n'est pas rien.

Et que dire de cette étude américaine révélant que les employeurs rejettent le plus souvent les CV des candidats portant un nom d'origine étrangère?

Le racisme existe encore chez nous, en 2003. N'ayons pas peur de l'affirmer. Ni d'essayer d'y remédier.


Julie Tremblay


 
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