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  [C'est la vie!]

Certains travailleurs doivent multiplier les efforts pour percer ou réintégrer le marché du travail. Handicap, maladie, passé difficile. La série C'est la vie! leur tend le micro.

Sans limites
par Marthe Martel

Les uns ont de la difficulté à se tirer du lit à cause d'articulations douloureuses. Les autres courent après leur souffle. D'autres encore sont terrassés par la fatigue. À 25, 30 ou 35 ans, ils portent déjà le fardeau d'une maladie chronique et doivent jouer sérieusement du coude pour faire leur place sur un marché du travail obsédé par la performance.

C'est la fibromyalgie, une maladie causant des douleurs musculaires et une grande fatigue, qui a contraint Lucie Drouin à abandonner son emploi dans une entreprise de commerce électronique, il y a trois ans. Très souffrante, la jeune femme maintenant âgée de 34 ans est restée complètement inactive pendant un an. Elle a repris contact avec le boulot en donnant des cours de qi gong, une forme de gymnastique chinoise, quelques heures par semaine. Aujourd'hui, elle se sent prête à réintégrer le marché du travail à temps partiel et a récemment cogné à la porte d'un organisme offrant de l'assistance professionnelle aux personnes handicapées et aux malades chroniques.

«Je me sens maintenant mieux physiquement. Mais je dois faire attention à mon alimentation, faire des exercices et éliminer le stress. Les semaines de 40 heures, c'est fini pour moi. J'espère trouver un travail qui me conviendra, car j'ai besoin de stimulation intellectuelle.»

Comme Lucie, plusieurs jeunes travailleurs sont affligés de maladies chroniques qui leur compliquent l'existence : sclérose en plaques, arthrite, fibromyalgie, diabète, épilepsie, sida, fibrose kystique... Une journée de travail normale peut se transformer en véritable cauchemar, à cause des douleurs, des crises soudaines, de la fatigue. Dans le cas d'une maladie dégénérative, les malades doivent parfois cesser de travailler ou se réorienter. Et lorsqu'elles frappent dès la naissance, les maladies chroniques constituent un sérieux obstacle à l'emploi.

Certaines personnes souffrant de maladies chroniques, comme ceux aux prises avec la sclérose en plaques ou l'arthrite, peuvent même être considérés comme des personnes handicapées aux yeux de la loi (est considérée comme handicapée toute personne atteinte d'une déficience physique ou mentale et limitée dans l'accomplissement d'activités normales).

Aux quatre coins du Québec, des organismes aident ces personnes à trouver du travail. AIM-CROIT est un de ceux-là : entièrement subventionné par Emploi-Québec, l'organisme de Saint-Laurent accompagne les gens tout au long de leur recherche d'emploi. Pour le conseiller Philippe Lanoie, l'attitude du malade aux capacités limitées fera toute la différence lors du processus d'embauche. «Il doit prendre conscience de ses limites physiques et psychologiques pour être en mesure d'en parler avec aisance en rencontrant l'employeur. Il doit démontrer de l'enthousiasme face à l'emploi pour lequel il postule.»

Magali Plante, directrice des services et de l'action sociale à la Société canadienne de la sclérose en plaques, suggère aussi aux candidats de mettre l'accent sur les compétences, les qualités et l'expérience lors de l'entrevue. Rien ne sert de s'étendre sur la maladie et ce qu'elle peut impliquer, dit-elle. «Ce qui compte, ce n'est pas ce que la maladie enlève à la personne, mais ce qui lui reste.»

Question de compétences
Sandra Killerman, 25 ans, est atteinte d'arthrite rhumatoïde juvénile, une inflammation chronique touchant plusieurs articulations. Elle ne peut rester debout longtemps et doit s'absenter régulièrement du travail. Lors de sa recherche d'emploi, elle a justement misé sur ce qu'elle avait de meilleur à proposer. Bingo : embauchée en octobre dernier comme agente de collection chez RBC Banque Royale, elle a trouvé un employeur attentif à ses besoins. La Banque favorise l'embauche de personnes présentant un handicap — elle est d'ailleurs en lien avec l'organisme AIM-CROIT —, ce qui ne l'empêche pas de choisir des personnes qualifiées. «En entrevue, on ne regarde pas le handicap, mais les compétences du candidat, explique Marie-Jeanne Nahas, conseillère en programmes des ressources humaines et responsable du dossier de l'équité en emploi. S'il a les compétences nécessaires, on trouve les moyens pour l'intégrer et faire en sorte que ce soit un succès.»

Détail non négligeable, les entreprises québécoises peuvent d'ailleurs bénéficier de «contrats d'intégration au travail», des subventions gouvernementales provinciales, afin de favoriser l'embauche de certains malades chroniques reconnus comme étant handicapés. À Montréal, le Centre de documentation sur l'éducation des adultes et la condition féminine a obtenu une telle subvention pour garder un employé dans la trentaine atteint d'arthrite psoriasique. L'aide permet à l'employeur de compenser la baisse de productivité résultant des souffrances qui ralentissent le rythme de travail de cet employé. Le Centre a aussi pu adapter son poste de travail (chaise, clavier, téléphone) afin de lui faciliter la tâche. «Cette personne est très intelligente et nous apporte beaucoup, assure la directrice Rosalie Ndjuru. Nous trouvions aberrant de devoir nous priver de ses services parce qu'elle fournit un rendement inférieur en quantité.»

Les employeurs qui intègrent des malades chroniques peuvent aussi avoir besoin de soutien, souligne Philippe Lanoie. «Il n'est pas évident de savoir comment réagir lorsque l'employé fait une crise d'épilepsie, par exemple.» Sensibiliser et offrir du soutien aux patrons est notamment le boulot des organismes qui viennent en aide aux personnes limitées dans leur travail. Ils suivent aussi le malade chronique dans son nouvel emploi puisque ses besoins peuvent changer selon l'évolution de sa maladie.

Des moyens simples
Peu importe la maladie chronique, l'employeur dispose de mille et une façons d'agrémenter la vie du salarié. Réaménagement du poste de travail, tolérance à l'absentéisme, adoption d'un horaire de travail approprié, autorisation de travailler à la maison, fourniture d'équipements spécialisés, mutation à un autre poste sont quelques-unes des suggestions avancées par la Société canadienne de la sclérose en plaques. «Les personnes atteintes de cette maladie se fatiguent vite, explique Magali Plante. Certains employeurs sont ouverts à l'idée d'une sieste de 15 minutes, par exemple. Mais pas tous. Et c'est là le problème.»

De l'ajustement de la posture à l'adaptation de l'horaire, la Société d'arthrite prodigue elle aussi des conseils pratiques à l'intention des employeurs et des travailleurs. «Il y a des moyens simples que l'on peut prendre pour se faciliter la vie au travail et qui ne coûtent rien, comme les pauses ou les exercices au cours de la journée», affirme Line Vermette, directrice des communications.

Malades chroniques, osez demander des accommodements, conseille Micheline Larose, une ex-adjointe administrative chez Réno-Dépôt que la sclérose en plaques a forcée à cesser de travailler en janvier 2001. Elle a pu conserver son emploi 15 ans après l'annonce de son diagnostic, parce que son employeur a accepté d'adapter son poste de travail et de diminuer ses responsabilités, raconte-t-elle. Trop souvent, les employés atteints d'une maladie chronique attendent d'être rendus à bout de force pour dévoiler leur état, déplore-t-elle. Par crainte de perdre leur job. ou simplement par fierté.

Tous les conseillers en main-d'ouvre spécialisés dans le placement de personnes handicapées le disent : la communication entre l'employé et l'employeur demeure un important facteur de réussite dans l'intégration du travailleur aux capacités limitées.

La section Carrière est réalisée avec la participation de Développement des ressources humaines Canada.



Des compétences. et de la volonté

> Sandra Killerman, 25 ans
> Agente de collection de comptes


Affligée d'arthrite rhumatoïde juvénile, une douloureuse inflammation des articulations, Sandra Killerman s'est retrouvée en fauteuil roulant dès l'âge de deux ans. Elle a récupéré l'usage de ses jambes à 18 ans au terme de longues séances d'exercices et de physiothérapie.

Sept ans plus tard, elle vient d'être embauchée comme agente de collection de comptes à la Banque Royale. Mais son parcours n'a pas été facile. Un pied à l'école et l'autre à l'hôpital, la jeune femme a peiné pour réussir ses études primaires et secondaires. Une fois au cégep, elle a dû abandonner ses études en cinéma pour subir une intervention chirurgicale. Elle a finalement suivi une formation professionnelle de réceptionniste bilingue en hôtellerie. «Mais comme je ne pouvais rester de longues heures debout à la réception d'un hôtel, j'ai aussi dû laisser tomber ce domaine», raconte-t-elle.

Elle a souvent senti qu'on la percevait comme une extraterrestre lors d'entretiens d'embauche. Il faut dire que la maladie a affecté sa croissance et qu'elle a la stature d'une enfant de 13 ans. «On disait qu'on me rappellerait, mais je savais que le téléphone ne sonnerait pas.»

Elle a effectué ici et là des remplacements comme secrétaire, réceptionniste et commis à la comptabilité avant de trouver un emploi stable. qu'elle a perdu à la suite d'une hospitalisation. C'est ce qui l'a poussée à se tourner vers AIM-CROIT, un organisme qui aide les personnes handicapées à trouver un emploi. «Là, on m'a vraiment écoutée.»

Elle est traitée avec autant de bienveillance par son actuel employeur, RBC Banque Royale. Ainsi, la Banque accepte que Sandra s'absente plus souvent qu'un autre employé sans pour autant réduire son salaire. Elle lui paie aussi un espace de stationnement intérieur. «Pour moi, c'est très important. Je ne peux pas prendre les transports en commun. Et si je tombe sur la glace en déblayant ma voiture, c'est certain que je me retrouve à l'hôpital.» Son poste, Sandra le doit à ses compétences et, surtout, à sa grande volonté : «Je ne peux pas m'écouter et rester à la maison chaque fois que j'ai mal. Il faut que je fasse ma vie malgré ma maladie.»


Ressources

>AIM-CROIT
Organisme d'aide aux malades chroniques (épilepsie, sclérose en plaques, séquelles d'acv, etc.) en recherche d'emploi ou désireuses de réintégrer le milieu du travail. Financé par Emploi-Québec, il propose un accompagnement personnalisé pour chaque candidat.

  • Téléphone : (514) 744-2944
  • ATS : (514) 744-2613
  • Courriel : emploi@aimcroitqc.org
  • Site : www. aimcroitqc.org

    >Association de la fibromyalgie, région Île-de-Montréal
    Sensibilisation et promotion des intérêts des personnes atteintes de fibromyalgie.
  • Téléphone : (514) 259-7306
  • Courriel : afim@qc.aira.com
  • Site : www.ifrance.com/afim

    >Association diabète Québec (ADQ)
    L'ADQ multiplie les démarches auprès du gouvernement et des employeurs pour assouplir les restrictions d'embauche émises contre les personnes diabétiques. Des métiers tels que ceux de pilote de ligne, d'ambulancier ou de pompier leur sont en effet interdits. Dans certains cas de discrimination, l'association met des conseillers juridiques à la disposition des plaignants.
  • Téléphone : (514) 259-3422 ou 1 800 361-3504
  • Courriel : info@diabete.qc.ca
  • Site : www.diabete.qc.ca

    >Association québécoise de la fibrose kystique
    L'organisme recueille des fonds afin de financer la recherche médicale et défend les droits et les intérêts des personnes atteintes de la maladie.
  • Téléphone : (514) 877-6161 ou 1 800 363-7711
  • Courriel : cbourque.aqfk@videotron.net
  • Site : aqfk.qc.ca

    >Coalition des organismes communautaires québécois de lutte contre le sida
    La Coalition regroupe 35 organismes et fait la promotion du programme Sida en milieu de travail. Ce programme informe patrons et employeurs quant à leurs droits et responsabilités.
  • Téléphone : (514) 844-2477, poste 23
  • Courriel: info@cocqsida.com
  • Site : www.cocqsida.com

    >Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST)
    Si un travailleur atteint d'une maladie chronique subit une lésion professionnelle, il a droit à un réaménagement de son poste de travail et à un programme de réadaptation pour une durée déterminée.
  • Téléphone : (514) 906-3000
  • Site : www.csst.qc.ca

    >Épilepsie Montréal métropolitain
    L'organisme offre du soutien aux personnes épileptiques, notamment un programme d'intégration au travail.
  • Téléphone : (514) 252-0859
  • Courriel : epimtl@cam.org

    >Office des personnes handicapées du Québec (OPHQ)
    L'OPHQ met à la disposition des malades chroniques des conseillers facilitant leurs démarches en matière d'emploi.
  • Téléphone : (819) 475-8618 ou 1 800 567-1477
  • Courriel : communications@ophq.gouv.qc.ca
  • Site : www.ophq.gouv.qc.ca

    >Société canadienne de la sclérose en plaques, division du Québec
    L'organisme finance la recherche sur la sclérose en plaques et soutient les personnes aux prises avec cette maladie. Des documents d'information pour les personnes atteintes et pour les employeurs sont disponibles dans le site.
  • Téléphone : (514) 849-7591, poste 222
  • Courriel : info.qc@scleroseenplaques.ca
  • Site : scleroseenplaques.ca/qc/default.htm

    >Société Parkinson du Québec, Montréal
    L'organisme offre aux personnes atteintes, à leur famille, aux professionnels de la santé ainsi qu'au public en général des informations sur la maladie.
  • Téléphone : (514) 861-4422 ou 1 800 720-1307
  • Courriel : information@parkinson.ca
  • Site : www.infoparkinson.org



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