accueil-jobboom accueil-jobboomecrivez-nous
à la uneextraitscarnet webarchivesressources
on sait ce que l'avenir vous réserve

présentation du magazine

 
tarifs publicitaires


emplois général
emplois comptabilité / finances
emplois génie
emplois soutien administratif
emplois technologies de l'information
emplois ventes / service à la clientèle
Votre carrière

retour au sommaire
  [Mentir dans son cv]
Les candidats Pinocchio
par Marie-Ève Cousineau

Faux diplômes, rudiments de langues étrangères qui deviennent bilinguisme, vacances transformées en voyages d'études, omission de la date d'obtention du diplôme : les CV tournent trop souvent les coins ronds. Mais les candidats baratineurs prennent-ils de si grands risques?

Un doctorat de la prestigieuse université américaine Columbia, c'est du solide dans un CV. Sauf lorsqu'il s'agit. d'un faux. Alain Jean-Bart, un ex-conseiller spécial du maire de Montréal Gérald Tremblay, l'a découvert à ses dépens. Quand les médias ont dévoilé, en avril 2002, que son doctorat en psychologie de Columbia était une falsification, le fonctionnaire a démissionné illico.

Les candidats baratineurs sont peut-être plus nombreux qu'on ne le pense. Infocheck, une firme torontoise qui se spécialise dans la vérification de références pour les entreprises, a mené en 2000 une étude révélatrice à ce sujet. Après avoir examiné les candidatures de 1000 postulants pour divers emplois, la firme a découvert que le tiers d'entre eux avaient falsifié leur CV! Certains accordaient, par exemple, une importance démesurée à leurs anciennes tâches ou allongeaient la liste de leurs diplômes.

Pour sa part, Lucien Provost croit peu à la multiplication des candidats Pinocchio. Directeur de la firme Conseil à la direction L. Provost, une compagnie de sélection de personnel ouvrant à Montréal et à Québec, il affirme avoir rencontré peu de menteurs ou de bluffeurs au cours de ses 25 ans de carrière. «Il y a peut-être 10 % des gens qui embellissent la réalité», estime-t-il.

Pourtant, des CV truqués, enjolivés ou carrément fallacieux passent souvent sous le nez des recherchistes d'Adecco Montréal, une agence de recrutement et de placement de personnel. Il y a quelques mois, l'agence a eu le mandat de trouver des candidats pour pourvoir à des postes de production dans une entreprise québécoise. Ces postes exigeaient au minimum un diplôme d'études secondaires.

«Plus de 60 % des candidats ont menti dans leur CV en affirmant posséder un tel diplôme», indique la directrice d'Adecco, Cynthia Guay. La plupart se sont rétractés lorsqu'ils ont été contactés par téléphone ou en entrevue. Mais dès qu'elle ne remplit pas les exigences du client, la candidature est rejetée. Selon la directrice, la majorité des chercheurs d'emploi qui passent par la firme maquillent aussi leur CV en transformant un congédiement en départ volontaire, par exemple.

Mensonges véniels?
Embellir la réalité, Martin (nom fictif) l'a déjà fait. Lorsqu'il a rédigé son premier CV, vierge de toute expérience professionnelle, il s'est inventé un job de gardien d'enfants qu'il aurait conservé pendant des années. Le Montréalais de 16 ans lorgnait alors un emploi dans la cuisine d'un hôpital. «En réalité, j'avais gardé deux fois. mes cousins!» Et il a décroché le poste. Devenu comptable, le jeune homme de 23 ans a récemment rédigé le CV d'un ami maintes fois congédié. «Je lui ai un peu arrangé ça. J'ai écrit qu'il avait fait des rénovations dans une maison pendant des années.» Le prétendu employeur? Martin! Ni l'un ni l'autre n'ont eu le malheur d'être démasqués.

N'empêche, aussi malheureuses que soient nos expériences professionnelles, mieux vaut demeurer franc, estime la conseillère d'orientation Ginette Gagné, qui assiste les chercheurs d'emploi au Centre Eurêka, de Montréal. Pas question de prétendre maîtriser le logiciel Word si on n'en a étudié que les rudiments. Mais le CV demeure un outil de promotion personnelle, nuance-t-elle. Lorsqu'elle enseigne l'art de faire un CV, elle compare les compétences aux ingrédients d'un canapé. «C'est sûr que si on met le saumon fumé en dessous du craquelin, ce n'est pas très alléchant. Il faut bien présenter nos qualités.»

Le postulant peut se permettre d'omettre certaines informations lorsqu'il est «surqualifié» pour un emploi, pense Jean-Luc Archambault, président de CVthèque Réseau, une firme en ressources humaines de Laval qui gère et sélectionne des CV pour les employeurs. «Nous conseillons de ne pas mentionner les diplômes qui pourraient faire peur à l'employeur. Si la personne possède un doctorat et que l'emploi nécessite un baccalauréat, sa candidature risque d'être mise de côté.»

De toute façon, le CV ne devrait être qu'un point de départ pour le recruteur, estime Jean-Jacques Bernier, professeur spécialisé en ressources humaines à l'Université Laval. «L'employeur fait une erreur s'il le considère comme un élément ultime. Le taux de prédiction de la performance sur la base du CV ne dépasse pas 20 %.»

Bien pris qui croyait prendre
Omettre est une chose, mentir en est une autre. Prétendre posséder un diplôme qu'on n'a pas peut avoir de graves conséquences. Même une fois embauché, l'employé risque son poste si l'imposture est découverte, d'après Ginette Gagné. «Quand on signe un formulaire de demande d'emploi, on affirme que les renseignements divulgués sont exacts, précise-t-elle. Une fausseté peut être une source de renvoi.»

Le cas du faux infirmier Luc Saint-Laurent, qui a défrayé les manchettes à l'automne 2002, en constitue un exemple. Pendant près d'un an, il a pratiqué frauduleusement comme infirmier à la clinique médicale Pierre-Boucher, à Longueuil, alors qu'il n'avait pas les qualifications pour exercer ce métier. En novembre dernier, après que son employeur eut découvert le pot aux roses, il a été inculpé de fraude et de fabrication d'un faux diplôme.

Les employeurs vérifient-ils vraiment les références des candidats? «Comme plusieurs postes offerts sont précaires ou à temps partiel, les employeurs se donnent moins de peine que pour un poste à temps plein et permanent pour faire ces vérifications», estime Michel Grant, professeur au Département d'organisation et de ressources humaines de l'UQAM. De son côté, Lucien Provost analyse le contenu des CV et note les informations mensongères sur le document. «Mais je tiens aussi compte du fait que cette attitude est parfois passagère. Les gens peuvent être découragés de ne pas trouver d'emploi.»

Depuis 1998, les dirigeants d'American Biltrite, une usine de Sherbrooke qui fabrique des produits de caoutchouc, vérifient systématiquement les références et les diplômes. Cette année-là, une employée aux ressources humaines a découvert qu'un postulant avait falsifié un diplôme. Méfiante, l'entreprise a passé tous les dossiers du personnel au peigne fin. Surprise : 4 employés de production sur 250 n'avaient pas achevé leurs études secondaires, une exigence de l'entreprise.

«Comme il y a eu beaucoup de pressions de la part des médias, du public et des employés de l'usine, la compagnie a convenu qu'ils pourraient achever leur formation et revenir au travail après avoir passé leur examen du ministère de l'Éducation», explique Pierre Bélanger, vice-président aux ressources humaines. Aujourd'hui, deux de ces employés travaillent encore pour American Biltrite.

Devant le nombre important de CV trompeurs en France, le recruteur Patrick Chedeville a créé en 2000 une entreprise spécialisée dans la vérification de références et de diplômes, CERIV. Depuis avril 2002, la boîte offre également un service de certification aux candidats : moyennant un certain montant, leur CV est marqué d'un sceau et flanqué d'un numéro d'identification garantissant la véracité des informations inscrites. Des centaines de chercheurs d'emploi ont eu recours à ce service jusqu'ici.

«C'est un "plus" pour les candidats», soutient Patrick Chedeville. C'est d'autant plus vrai que les trois quarts des candidats français exagèrent les responsabilités exercées dans leurs postes précédents, d'après une étude publiée en 2001 par Florian Mantione Institut, un cabinet français de conseil en ressources humaines. Selon cette même étude, 75 % des candidats se prétendent polyglottes malgré d'évidentes lacunes dans la connaissance des langues qu'ils affirment maîtriser.

Pourrait-on assister à l'émergence d'une telle certification «ISO CV» au Québec? Lucien Provost n'en voit pas l'intérêt. «Les Québécois ne sont pas vantards. Généralement, ils ne se mettent pas assez en valeur!»


TOP 10 des mensonges courants selon les experts interviewés

- Les candidats bilingues sur papier qui baragouinent en entrevue que leur anglais est «fonctionnel».

- Ceux qui perdent la notion du temps et prétendent avoir été un an en poste. plutôt qu'un mois.

- Les «diplômés» qui viennent à peine d'entreprendre leurs études.

- Les «gestionnaires» qui ont dirigé une équipe de cinq personnes. lorsqu'ils ont simplement travaillé avec eux.

- Les candidats congédiés pour faute professionnelle qui prétextent avoir démissionné par conscience professionnelle.

- Ceux qui revendiquent la paternité d'un article paru dans une revue spécialisée. alors qu'un autre l'a écrit.

- Ceux qui fournissent les coordonnées d'amis ou de parents comme références professionnelles.

- Ceux qui prennent leurs expériences universitaires pour des stages de travail.

- Les candidats qui vont jusqu'à copier le CV d'un copain pour combler quelques «trous» professionnels.

- Ceux qui possèdent un diplôme d'une université des îles Clin-Clin. sans doute désertes.


carnet web
 
Accueil Jobboom
 

 


Commentaires: lemagazine@jobboom.com
Copyright 1996-2006 Canoë inc., Tous droits réservés
Jobboom est une division de Canoë inc.