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[Les
offres d'emploi malhonnêtes]
Magouille
et cie
par
Jean-Sébastien Marsan
Ces offres d'emploi qui promettent des gains de 1 000 $ par semaine
avec un minimum d'effort sont vraiment trop belles pour être vraies. Nous
en avons testé deux pour vous. Résultat : loin de s'être enrichi, notre
collaborateur a dû payer pour travailler.
« Nous fabriquons de magnifiques bijoux de fantaisie et appliqué
[sic] de perles (.), que nous vendons, en gros et au détail, dans [sic]
l'Amérique du Nord et l'Europe. Vu le succès fantastique de notre entreprises
[sic], nous sommes à la recherche de main-d'ouvre (temps plein et à temps
partiel) qui nous permettra de répondre à la demande en hausse constante. »
Cette sollicitation alléchante, lue dans un site Internet de petites annonces,
est signée Staceycraft Ltd., une entreprise de Toronto. Je n'ai pu résister
à cet exemple typique d'offre d'emploi trop belle pour être vraie, dont
les auteurs vous promettent à peu près monts et merveilles en échange
d'un effort minimal.
Pour répondre à cette offre, il m'a fallu commander par la poste un kit
d'assemblage, au prix de 49,95 $ - un montant non remboursable. Staceycraft
s'engage à me payer pour le travail effectué selon ses spécifications
: 141 $ pour chaque boîte de 48 « somptueuses et excitantes
décorations de Noël » que j'aurai assemblées.
À la réception du kit, surprise : l'entreprise ne s'appelle plus Staceycraft,
mais A.D.T., et les documents ne comportent ni l'adresse ni le numéro
de téléphone de l'entreprise, ce qui est illégal au Québec. Les « somptueuses
» décorations sont composées de minuscules perles de plastique,
de fils de nylon, de bâtonnets de chenille et d'anneaux de métal, du matériel
qui ne vaut assurément pas les quelque 50 $ déboursés. On me demande maintenant
d'assembler une décoration, en fournissant moi-même la colle nécessaire,
et de l'expédier à l'entreprise - à mes frais, bien sûr - pour inspection.
Cette étape d'évaluation déterminerait mon admissibilité à l'emploi.
Il m'était inutile de pousser plus loin mon enquête pour en connaître
le résultat : ce n'est pas grâce à cet emploi que je pourrais mettre du
beurre sur mon pain! Les minuscules perles sont très difficiles à manipuler
avec des doigts d'adulte; pour que l'opération soit rentable, il m'aurait
fallu recruter ma fille de huit ans pour confectionner les décorations
- avec ses petits doigts, elle aurait été beaucoup plus efficace que moi.
D'une escroquerie à l'autre
Les offres d'emploi bidon pullulent dans Internet, dans les petites annonces
des journaux et dans les boîtes de courrier. Presque toujours, leurs promoteurs
font miroiter aux victimes potentielles un travail lucratif et facile
à exécuter, en ne lésinant pas sur les majuscules (« ARGENT!!!! »)
et les superlatifs.
Il existe différents types d'emplois bidon. D'abord, il y a le travail
à la pièce, qui consiste généralement à remplir des enveloppes, à assembler
des bibelots ou à effectuer de la promotion au téléphone. Parfois, il
s'agit carrément de stratagèmes frauduleux : l'entreprise est plus soucieuse
d'encaisser la mise de départ du candidat que de lui fournir un vrai emploi.
Par exemple, dans le cas décrit plus haut, l'objet assemblé par le candidat
ne serait vraisemblablement pas accepté par l'entreprise, qui prétexterait
que ses directives n'ont pas été respectées. Dans les cas extrêmes, la
compagnie à l'origine de l'offre peut fort bien ne pas exister du tout
et ne jamais répondre au candidat une fois son argent encaissé.
Il y a aussi la fausse agence de placement : elle promet, contre paiement,
un emploi qui ne se matérialisera jamais. Ou elle vend au candidat une
simple liste d'employeurs potentiels - un type d'information que l'on
peut généralement obtenir auprès des organismes d'aide à la recherche
d'emploi.
Les annonces promettant des gains d'argent rapides au sein d'une structure
pyramidale sont célèbres : une personne envoie une lettre à plusieurs
personnes qui doivent débourser un montant d'argent pour faire partie
de la pyramide. Son travail : recruter d'autres membres, qui lui verseront
un montant à leur tour. La rémunération est strictement liée au recrutement
de nouvelles victimes - jusqu'au moment où la pyramide s'écroule, faute
de nouvelles recrues. Dans ce cas, seuls les instigateurs de la pyramide
auront remporté le gros lot et les autres auront été floués. Bien que
les systèmes pyramidaux soient interdits au Canada, on en retrouve encore
à l'occasion.
D'autres annonces alléchantes cherchent en fait à recruter des représentants
pour une entreprise de vente à paliers multiples. Ce type d'opération,
semblable à la vente pyramidale, est légale. à certaines conditions. « C'est
un système de distribution commerciale où des représentants, en plus de
vendre un produit ou un service, reçoivent une prime lorsqu'ils recrutent
d'autres représentants », explique Jannick Desforges, responsable
du Service juridique d'Option consommateurs, un organisme sans but lucratif
de défense des consommateurs.
La loi interdit aux participants et exploitants d'un système à paliers
multiples d'effectuer de la publicité trompeuse : les renseignements sur
les revenus gagnés et les efforts nécessaires pour y parvenir ne doivent
pas être exagérés. Les participants ne doivent pas avoir à verser de somme
d'argent ni à acheter de produits avant de pouvoir se joindre au système.
Celui-ci doit aussi offrir une garantie de retour des produits, comme
pour n'importe quel achat en magasin.
La MEILLEURE occasion.
Les membres du programme de travail à domicile baptisé « Osez
réussir! », un système de vente à paliers multiples, sont particulièrement
actifs dans la région de Montréal. Ce réseau est légal, mais son système
de recrutement demeure pour le moins opaque. Le processus commence par
une petite annonce dans les journaux - « $ TRAVAIL VALORISANT
ET LUCRATIF, idéal pour travailleur(se)s autonomes, mamans à la maison
et retraité(e)s » - assortie d'un numéro de téléphone sans
frais.
Dring, dring. Un message préenregistré demande de laisser ses coordonnées
postales et son numéro de téléphone dans la boîte vocale.
Quelques jours plus tard, réception d'une lettre signée par un « conseiller
personnel ». La lettre est accompagnée d'une brochure de 10
pages qui vante les mérites de l'offre d'emploi, sans en expliquer la
nature. Mais les témoignages de Monsieur et Madame Tout-le-Monde, qui
gagneraient jusqu'à 4 000 $ par mois en travaillant quelques heures par
semaine à domicile, ne manquent pas.
Les étapes suivantes, fastidieuses, se déroulent sur plusieurs semaines
: il faut commander un manuel, une cassette vidéo et une cassette audio,
au coût de 40 $ (plus frais d'envoi). Cette trousse est essentiellement
constituée de témoignages édifiants, encore une fois.
Il faut ensuite commander une deuxième trousse, celle-là gratuite, pour
enfin apprendre que le « boulot » consiste à distribuer
les produits de nutrition Herbalife International. Cette entreprise californienne,
qui existe depuis 20 ans, est implantée dans une cinquantaine de pays.
Ainsi, le travail consiste à acheter des produits Herbalife et à les revendre.
Autrement dit, devenir un distributeur indépendant, à ses risques et périls.
Ce travail autonome nécessite un permis, il faut se conformer aux règlements
municipaux, percevoir les taxes, etc. L'achat initial de produits est
de 725 $. Revendus, ils peuvent générer des profits s'élevant jusqu'à
200 $. si le vendeur se rend jusqu'au bout du processus, et ce, sans calculer
les dépenses qu'il aura engagées, comme les frais de transport, de permis,
de publicité, etc.
En perte de vitesse
Il y a 10 ans, le phénomène des offres d'emploi malhonnêtes avait l'ampleur
d'une épidémie. Mais la baisse substantielle du taux de chômage, depuis
1998, malmène les affaires des malfaiteurs : le nombre de victimes potentielles,
généralement des sans-emploi, a considérablement diminué.
Ainsi, le Service de police de la Ville de Montréal déclare ne pas avoir
enquêté sur ce type de fraude depuis plus de deux ans. À la Sûreté du
Québec, on n'a aucune information à ce sujet.
L'Office de la protection du consommateur (OPC) du Québec n'a reçu que
26 plaintes, demandes de renseignements ou dénonciations pendant l'année
2001-2002, contre près de 1 000 plaintes de 1991 à 1994. « Les
victimes n'ont pas de temps à perdre, elles doivent se trouver un boulot
au plus vite pour gagner leur vie », avance Georges-André Levac,
porte-parole de l'OPC, pour expliquer le faible nombre de plaintes reçues.
Le Bureau de la concurrence d'Industrie Canada, quant à lui, accueille
quelques centaines de plaintes par année provenant de tout le pays.
Que peuvent faire les victimes? D'abord, surmonter la honte d'avoir été
roulées dans la farine, puis alerter la police (section crimes économiques)
et les organismes de protection du consommateur.
La Cour des petites créances du Québec accueillera une demande d'annulation
d'un contrat ou de remboursement de sommes payées en vain, mais seulement
si l'entreprise accusée est basée dans la province. Malheureusement, il
est difficile d'effectuer une saisie d'entreprises qui n'ont pas pignon
sur rue. Et si le fraudeur agit à l'extérieur des frontières du Canada,
nos lois sont impuissantes.
Le Bureau de la concurrence du Canada préfère éviter les recours judiciaires,
coûteux et inefficaces. « On prend ce type d'affaires en main
en contactant les fraudeurs, en leur disant que ce qu'ils font est illégal
et qu'ils feraient mieux d'arrêter », déclare Dave Shoobert,
agent de commerce au Bureau de la concurrence. Et 95 % d'entre eux cessent
leurs activités... ou utilisent un nom différent.
La meilleure façon de lutter contre ce type d'abus demeure donc la sensibilisation
du public. À vous de savoir séparer le bon grain de l'ivraie!

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