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  [Salon - Charles Côté, sociologue, et le déclin des régions]
Les bleuets de la colère
par Éric Grenier

De jour en jour, le sociologue Charles Côté constate avec dépit le déclin de nos régions. De son poste de conseiller en développement au Conseil régional de la Santé et des Services sociaux du Saguenay-Lac-Saint-Jean, à Chicoutimi, il est à même d'observer à quel point des zones entières du Québec sont au bord de l'asphyxie. Les régions du nord et de l'est de la province, surtout, baignent dans un marasme économique qui menace leur existence même.

En 1991, il publiait un essai fort bien documenté, La désintégration des régions. Il y accusait les gouvernements de provoquer le déclin des régions éloignées au profit des grands centres. Dix ans plus tard, il estime que son analyse controversée demeure d'actualité. Explosif.


Selon vous, la situation économique de plusieurs régions frôle le désastre. La situation est-elle vraiment si grave?

Elle est catastrophique. Il s'est créé plus de 100 000 emplois dans la première moitié de l'année au Québec, mais ce sont les régions de Montréal et de Québec qui en ont surtout profité. Ailleurs, c'est l'inverse qui s'est produit : plus de 6 000 emplois perdus dans le Bas-Saint-Laurent, presque 4 000 ici, au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Depuis 30 ans, la Gaspésie, la Côte-Nord, le Bas-Saint-Laurent, le Saguenay-Lac-Saint-Jean, l'Abitibi, la Mauricie et l'Estrie restent les régions où ça va le plus mal, malgré les efforts prétendus des gouvernements pour leur venir en aide. Elles conservent leur rang peu enviable année après année. Depuis 30 ans, ces régions présentent constamment un taux d'emploi très inférieur au reste du Québec. De sorte que les Gaspésiens, par exemple, ont un revenu moyen de 30 % inférieur à la moyenne québécoise. Dans les autres provinces, comme en Alberta, il n'y a jamais plus de 3 % d'écart entre la région la plus pauvre et la moyenne provinciale.


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