Après les sports extrêmes, voici le «slow sport»!
Muscles et facultés se travaillent désormais à la
carte par des méthodes aux noms aussi exotiques que prometteurs
: hatha yoga, power yoga, Pilates, Feldenkrais, qi gong… Comment
y trouver son compte?
Si l’on se fie au palmarès des cassettes vidéo vendues
dans le site américain Amazon.com, nos voisins du Sud carburent
aux techniques de remise en forme, particulièrement le yoga. Fin
juillet, quatre des six vidéos «meilleurs vendeurs»
du géant de la vente en ligne de livres, de disques et de films
vantaient les mérites des gymnastiques douces : Crunch–Fat
Burning Yoga, Living Yoga: A.M./P.M., Yoga for Beginners Set et Pilates
for Dummies. Quant à la vague power yoga, elle a frappé
le Québec de plein fouet, confirme Carole Morency, directrice des
communications pour les librairies Renaud-Bray (et accro de ses 20 minutes
de yoga matinal!). «En moins d’un an, 1 250 cassettes
vidéo de power yoga se sont vendues dans l’ensemble de nos
magasins du Québec, ce qui est excellent.»
Même chose pour le yoga traditionnel. Au Cepsum
de l’Université de Montréal, l’engouement est
tel que le nombre de cours a doublé en huit ans et des cours seront
ajoutés cet automne. «Les cours de yoga se remplissent en
une seule journée, indique Élaine Gingras, coordonnatrice
des activités en gymnase et en salles. Faute de locaux, nous limitons
le nombre de cours. C’est un secteur de conditionnement physique
particulièrement populaire auprès des filles.» Le
power yoga est au menu depuis l’an dernier, et dès cet automne,
le renforcement du tronc (aussi appelé méthode Pilates).
À Montréal comme ailleurs en Amérique du Nord, il
pleut des techniques de remise en forme! Même le yoga se décline
en plusieurs variantes. Le hatha yoga mise sur la respiration et les postures,
le power yoga met davantage l’accent sur les étirements,
le astanga yoga incorpore des techniques de concentration et de méditation,
le vini yoga inclut des rituels et des prières hindouistes.
D’autres méthodes gagnent en notoriété, comme
la méthode Pilates et ses mouvements exécutés au
sol ou sur des appareils spécialisés. Elle vise entre autres
à corriger ou à améliorer la posture en raffermissant
les muscles de l’abdomen, du fessier, du bassin et du dos. La méthode
Feldenkrais mise sur la maîtrise des mouvements en vue de mieux
utiliser son corps. Du côté des arts chinois de santé,
tels le taï chi, le qi gong et le lian gong, l’objectif est
d’améliorer l’être dans son ensemble, tant physique,
psychique que spirituel.
Laquelle choisir?
Ces gymnastiques douces promettent beaucoup. Mais peut-on s’y fier
pour se remettre en forme? «Autant dans les années 1970 et
1980 on a levé le nez sur les activités comme le yoga et
le taï chi, autant depuis quelque temps on trouve dans la littérature
scientifique des données éclairées qui nous incitent
à penser que l’on a sous-estimé la valeur de ces activités»,
soutient Guy Thibault, docteur en physiologie de l’exercice et conseiller
en recherche au Secrétariat au loisir et au sport du Québec.
Le minimum de travail musculaire demandé ainsi que les gains en
flexibilité et en équilibre — tous des facteurs de
la condition physique qui s’estompent en vieillissant — sont
au nombre des bienfaits reconnus à la plupart de ces méthodes,
dit-il.
Kinésiologue en entreprise, Odette Nadeau offre un programme d’activités
physiques aux employés d’Hydro-Québec où la
position du lotus a sa place depuis un peu plus d’un an, en plus
des cours d’étirements et de relaxation. «En fait,
l’ensemble des méthodes sur le marché permet de développer
une meilleure conscience du corps, explique-t-elle. L’approche diffère,
mais elles entraînent toutes une relaxation musculaire, une meilleure
souplesse, une détente et une meilleure gestion du stress.»
Les techniques de respiration et de méditation apaisent le corps
et l’esprit. Il reste que certains «gourous» promettent
parfois des vertus ou des guérisons improbables, avertissent Guy
Thibault et Odette Nadeau. «J’ai beau avoir une ouverture
d’esprit pour ces méthodes, dit la kinésiologue, il
ne faut pas tout gober quand on promet la lune en cinq minutes. Le danger,
c’est la pensée magique!»
Pour elle, l’important est de trouver une technique ainsi qu’un
intervenant avec lesquels on se sente à l’aise. Chacune des
philosophies et des approches ne convient pas à tous. Il faut donc
trouver celle qui s’harmonise avec nos besoins, opter pour une période
d’essai, vérifier les compétences des instructeurs,
rester critique et, surtout, se méfier des gens qui promettent
des miracles…
Qu’est devenue la technique Nadeau?
Il y a 20 ans, on ne jurait que par elle. Tante Georgette, le garagiste
et la voisine l’avaient tous adoptée. Le «fondateur»
de la technique, le Beauceron Henri Nadeau, s’était inspiré
des mouvements de danseuses du ventre et d’athlètes olympiques
pour accoucher de trois mouvements simples et répétitifs
aux vertus apparemment thérapeutiques. Il est décédé
en 1995 à l’âge de 82 ans.
Mais la technique est toujours vivante, affirme Colette Maher, du centre
montréalais du même nom, qui a popularisé la technique
Nadeau. Cinquante «professeurs» enseignent ses vertus aux
quatre coins du Québec, dit-elle.
Selon elle, la rotation du bassin permet de «faire circuler l’énergie
dans le corps et de masser le ventre et les organes internes (foie, estomac,
intestins, cœur)», luttant ainsi contre leur paresse. Pendant
ce temps, faute de preuves scientifiques, Luc Léger, professeur
de kinésiologie à l’Université de Montréal,
se dilate la rate. «Les mouvements ne sont pas mauvais en soi. Ce
sont les bienfaits mis de l’avant qui sont discutables.» Lorsqu’il
a entendu dire que la technique Nadeau permet de faire pousser les cheveux,
les siens se sont dressés sur sa tête…