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Certains travailleurs doivent multiplier les efforts pour percer ou réintégrer
le marché du travail. Handicap, maladie, passé difficile…
La série C'est la vie! leur tend le micro.
La clé de la liberté par Sylvie L. Rivard Obtenir une seconde chance, c’est le rêve des personnes judiciarisées. Prisonnières d’un lourd passé, elles doivent renouer avec la vie active. Les efforts sont justifiés : l’intégration au marché du travail est souvent une clé dans la réussite de leur réinsertion sociale. Et de la reconquête de leur liberté… S’il pouvait faire disparaître d’un coup de baguette magique les préjugés à l’égard des personnes judiciarisées, Michel Monette n’hésiterait pas une seconde. Président du Comité aviseur pour clientèle judiciarisée adulte (CAPJA) et directeur d’OPEX’82, un organisme dédié au développement de l’employabilité de ces personnes ainsi qu’à leur réinsertion sociale, il croit dur comme fer à la réhabilitation. «Des dénouements heureux, j’en ai vu plusieurs en 15 ans, évoque Michel Monette. Je me rappelle de gars qui ont écopé de sentences à vie, qui ont passé 20 ans en prison, s’en sont sortis et nous appellent encore aujourd’hui pour nous dire que tout va bien, qu’ils sont mariés… Dans les faits, il y a beaucoup de happy endings! Malheureusement, les succès ne font pas la une des journaux.» Les personnes judiciarisées sont des adultes qui ont été reconnus coupables d’un délit criminel en vertu des lois fédérales. Elles possèdent dès lors un casier judiciaire. Lorsqu’elles se cherchent un emploi, elles ne révèlent pas toutes leur passé, et n’y sont d’ailleurs pas tenues. Selon la Charte québécoise des droits et libertés, un casier judiciaire ne peut être un objet de discrimination, sauf si l’emploi est en lien direct avec l’infraction commise par le candidat, explique Jean-Claude Bernheim, président de l’Office des droits des détenu(e)s. Les employeurs mis au parfum du passé houleux des candidats sont souvent prêts à passer l’éponge, poursuit Michel Monette. L’ouverture d’esprit est selon lui la première caractéristique des employeurs qui acceptent d’embaucher ces personnes. Malgré tout, ils n’octroient pas de traitement de faveur. «Une fois sur le marché du travail, les personnes judiciarisées sont considérées comme des employés réguliers, dit-il. Lorsqu’un employeur décide d’embaucher un de nos clients, c’est d’abord pour ses compétences. Et c’est bien ainsi, car nous voulons faire valoir que ce sont de bons candidats.» Une affaire de confiance «Pour obtenir cet emploi, un organisme m’a aidée à développer ma confiance en moi. Ça m’a permis de réussir les entrevues sans difficulté.» La jeune femme estime que ce travail est un cadeau du ciel. «Je recommence ma vie à zéro. L’entreprise où je travaille est en croissance, mon poste est assez important pour que j’aie suffisamment d’autonomie. Je prévois même avoir la possibilité de voyager pour mon travail. Sincèrement, j’espère y travailler jusqu’à ma retraite!» Au Québec, les organismes membres de l’Association des services de réhabilitation sociale du Québec (ASRSQ) connaissent environ 1 000 entreprises embauchant des travailleurs qui ont un casier judiciaire. Promaxx, une entreprise de recyclage de pièces automobiles située près de Granby, est l’une de celles-là. «Quand ils mettent les pieds chez nous, certains de ces travailleurs n’en mènent pas large, soutient Alain Côté, un des administrateurs de l’entreprise. L’emploi leur permet de se valoriser. Comme ce sont des postes semi-spécialisés, nous leur offrons une formation et la possibilité de choisir le type d’emploi qu’ils préfèrent.» Il est conscient du coup de main qu’il donne mais affirme qu’au départ, la personne doit vraiment vouloir se sortir du pétrin. Un choix à faire Pour augmenter les chances de succès, certains organismes spécialisés misent sur la présélection des candidats, mais aussi sur le suivi de mesures d’insertion à l’emploi. Au besoin, un conseiller en emploi peut même servir de médiateur en cas de conflit entre l’employeur et l’employé. Mais la majeure partie du travail de ces organismes vise à donner des outils à la clientèle judiciarisée sur le plan personnel (counseling individuel) et professionnel (rédaction du CV, formation en méthodes de recherche d’emploi, techniques d’entrevue, etc.). «Nous regardons avec eux les choix de vie possibles, expose Caroline Lebel, conseillère en développement de main-d’œuvre à OPEX’82. D’un côté, ils peuvent voler, continuer de consommer des drogues ou retourner en prison, et de l’autre, travailler, avoir une vie tranquille et des projets.» Bien souvent, ils recherchent la stabilité, ajoute-t-elle. De façon générale, les personnes judiciarisées sont très débrouillardes, soutient pour sa part Nathalie Benoit, conseillère en développement de carrière du Centre d’intégration au travail du YMCA Centre-ville. «Il n’est pas toujours facile de composer avec cette clientèle. Malgré tout, chaque intervenant a plusieurs exemples de réussite à raconter…» Nous remercions l’organisme Carrefour Jeunesse-emploi — Centre-Sud/Plateau-Mont-Royal/Mile-End pour sa précieuse collaboration. La section C’est la vie! est réalisée avec la participation de Développement des ressources humaines Canada. Du courage et de l’ambition! Nicolas a vendu de la «dope» pendant deux ans et demi. En a consommé. Est allé en prison, a récidivé, est retourné en prison. Et est aujourd’hui technicien de scène, un boulot qu’il adore. «Mes relations avec mes parents étaient tendues, raconte-t-il. Ils m’ont foutu à la porte à 18 ans. J’avais un petit boulot, je l’ai quitté et je me suis retrouvé dans la rue. J’ai alors commencé à consommer de la drogue, à en vendre et je me suis fait prendre… J’étais complètement perdu!» Il a commencé à voir la lumière au bout du tunnel après avoir suivi une cure de désintoxication, il y a environ deux ans. Il juge que la rencontre d’une amie et l’aide reçue par des organismes s’adressant à la clientèle judiciarisée lui ont été salutaires. L’un de ces organismes offrait des cours de formation pour devenir éclairagiste. «J’avais toujours été attiré par la création : la musique, la chanson, le dessin et la peinture. Grâce aux stages pratiques, j’ai pu travailler comme concepteur d’éclairage et opérateur de console pour des groupes de musique.» La formation lui a ouvert des portes et les stages lui ont donné des ailes, explique-t-il. «ça m’a donné confiance en moi. J’avais déjà une expérience concrète à présenter aux employeurs. C’est un milieu où l’on doit bâtir son réseau de contacts.» Nicolas a proposé à l’un d’eux de recourir à ses services sans salaire pendant deux semaines pour voir ce qu’il avait dans le ventre. Marché conclu! Satisfaite de son travail, l’entreprise a déroulé le tapis rouge, lui offrant un emploi de technicien de scène. Il y travaille depuis un an. «J’aimerais un jour travailler à mon compte ou encore — il faut viser haut! — être pressenti par un artiste ou un groupe populaire qui m’emmènerait en tournée dans le monde. J’aurais voulu ne pas me laisser abattre par mes difficultés familiales, mais les épreuves que j’ai surmontées m’ont rendu plus courageux. À un certain moment, il faut prendre son courage à deux mains, ne pas lâcher et simplement foncer.» Ressources > Association canadienne de justice pénale (ACJP)
>Association des services de réhabilitation sociale du Québec
(ASRSQ)
>Centre de main-d’œuvre OPEX’82
> Centres de main-d’œuvre OPEX
>Comité aviseur pour clientèle judiciarisée
adulte (CAPJA)
>Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse
>Commission nationale des libérations conditionnelles (CNLC)
>Continuité-Famille auprès des détenues
>Office des droits des détenus
>Réhabilitation de Beauce
>Réseau des Carrefour Jeunesse-emploi du Québec
>Emploi-Québec — Mesures d’aide à l’emploi
>Service d’aide à l’emploi (S.A.E.) du YMCA
Centre-ville
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