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5 bonnes raisons de SOURIRE
par Stéphanie Fillion

Souriez! Les vents sont favorables. Après la déprime des années 1990 et la rechute de l'automne dernier, il n'y a plus de raison d'avoir le moral dans les talons.

Les chômeurs sont une espèce en voie de disparition. Une période de vigoureuse croissance économique se pointe au détour du printemps. Les baby-boomers partent massivement à la retraite et cèdent leur place aux plus jeunes. Même les patrons changent : une nouvelle génération de gens d'affaires ne voit plus en vous de citron à presser. Les entreprises deviennent plus responsables, et le Québec est sans contredit un endroit où il fait bon vivre. Sans parler, évidemment, de l'été qui est à nos portes et de la période des vacances qui s'en vient.

Cessez donc de vous morfondre : voici au moins cinq bonnes raisons de vous réjouir!


La main-d'œuvre se renouvelle
Chaises musicales

par Julie Fortier


Des centaines de milliers de travailleurs québécois prendront leur retraite d'ici à quelques années. Résultat : le marché du travail n'aura jamais été aussi accueillant pour les jeunes. Le temps des chômeurs instruits et des diplômés sans avenir serait-il enfin révolu?


Les nouvelles sont bonnes : les entreprises devront remplacer au moins la moitié de leur effectif au cours des 10 prochaines années! Ce phénomène démographique n'épargne pas le secteur public puisque d'ici à 2015, selon les prévisions de l'Institut de la statistique du Québec, la moitié des employés de la fonction publique québécoise auront accroché leurs patins.

À plus court terme, tous secteurs confondus, 325 000 employés tireront leur révérence d'ici à 2004, prévoit Bernard Matte, directeur de la planification et de l'information sur le marché du travail à Emploi-Québec. Le phénomène des départs à la retraite est enclenché depuis près de 10 ans, mais on commence tout juste à en sentir les effets, précise-t-il.

C'est à partir de 2006 que le nombre de départs à la retraite atteindra des sommets, explique Bernard Matte. La proportion de la population en âge de travailler commencera à diminuer et des milliers de jeunes seront appelés à pourvoir aux postes laissés vacants par leurs aînés. Et qui dit diminution de la population active dit aussi pénurie de main-d'œuvre. «Déjà, la création d'emplois chez les jeunes a été bonne, mais c'est vers 2010 que l'intégration va être la plus forte. Le marché du travail va alors basculer et les employeurs auront des besoins plus criants.»

Bien que ces projections aient des allures de conte de fées pour les futurs chercheurs d'emploi, il faudra plus qu'un coup de baguette pour dénicher le boulot de rêve. Peu importe le niveau de formation, les employeurs courtiseront les meilleurs candidats. «Pour se tailler une place sur le marché du travail, les jeunes doivent développer leurs compétences», affirme François Leduc, président de la Société de psychologie du travail et des organisations. D'autant plus que les entreprises continueront à se tourner vers les innovations technologiques pour augmenter leur productivité. «Elles rechercheront une main-d'œuvre spécialisée, dit Bernard Matte, et les gens qui ne développent pas leurs connaissances auront des problèmes à se placer.»

Le pouvoir aux jeunes
Selon François Leduc, le départ des plus âgés ouvrira non seulement la porte à toute une génération de futurs travailleurs, mais améliorera le sort de ceux qui sont déjà en place. «C'est le début foudroyant du jeu de la chaise musicale. Le départ des baby-boomers touchera autant les jeunes de 20-25 ans que leurs aînés de 40 ans parce que les employeurs rechercheront aussi l'expérience et l'expertise.»

Même les élèves de moins de 20 ans doivent se préparer à faire partie de la relève de la garde, ajoute-t-il, car la vague des départs à la retraite durera entre 8 et 10 ans. Optimiste, il prévoit même que les futurs travailleurs auront de meilleures conditions de travail! «Ce sera la fin du travail précaire et à temps partiel», avance-t-il.

Les générations sacrifiées pourront enfin prendre leur place au soleil, se réjouit le président de l'organisme Force jeunesse, Jean-François Roberge. «En ce moment, les jeunes sont absents des sphères du pouvoir. Dans 5 à 10 ans, ils seront majoritaires dans plusieurs milieux de travail.» Mais il n'est pas certain que les conditions de travail seront meilleures qu'aujourd'hui. «Il faut être optimiste mais vigilant. On a souvent dit aux jeunes : «Tu as un emploi, ne te plains pas.» On a trop tenu leur silence pour acquis.»

Il espère d'ailleurs que la nouvelle génération de travailleurs profitera de l'occasion pour améliorer les valeurs du monde du travail. «Ce sont des jeunes qui vont devenir cadres ou directeurs des ressources humaines. Les baby-boomers ont imposé leurs conditions dans les années 1970, il faut s'attendre à ce que la nouvelle génération en fasse autant.»

Quant aux entreprises, prêtes ou pas, elles sortiront gagnantes de ce renouvellement de la main-d'œuvre, ajoute François Leduc. «Elles récolteront l'engagement, l'implication et la loyauté de la part de leurs nouveaux employés.»


[Des entreprises aux aguets]

Peu d'entreprises publiques ou privées ont anticipé l'irrépressible raz-de-marée des départs, constatent les spécialistes. «Les organisations sont alertées mais elles ne sont pas prêtes», soutient François Leduc, président de la Société de psychologie du travail et des organisations. Il faut dire que c'est tout un chambardement! «Les employeurs bougent toujours quand ça fait mal, remarque Bernard Matte, directeur de la planification et de l'information sur le marché du travail à Emploi-Québec. Ils sont habitués à gérer dans un contexte de surplus de main-d'œuvre.»

La Banque Nationale du Canada est un de ces employeurs en état de veille. «Comme plusieurs, on a commencé à être frappé par les départs à la retraite, mais les effets devraient surtout se manifester vers 2004-2005», explique Hélène Letarte, directrice des événements organisationnels. Le défi est de retenir la relève, ajoute-t-elle. «C'est plutôt à contre-courant. Maintenant, les jeunes ont une carrière qui bouge. Ils restent environ deux ou trois ans au même endroit.»

Selon Guy Delisle, directeur de la gestion de la performance des cadres supérieurs chez Alcan, il faudra dérouler le tapis rouge pour recruter les meilleurs candidats vers 2005 et 2006. «Il faudra avoir une offre d'emploi attirante et de qualité. Ça veut notamment dire un environnement de travail excitant, des possibilités d'avancement et des salaires intéressants.» Mais le plus important, ajoute-t-il, c'est une philosophie de gestion qui mise sur la valeur du capital humain. «Les jeunes auront des attentes différentes de celles de leurs prédécesseurs. Et ce sont les organisations les plus généreuses en ce sens qui vont attirer les meilleurs talents.»


L'économie va beaucoup mieux
Sortie du bois

par Nicolas Bérubé


Après la folie boursière de 1999 et 2000, 2001 aura été une année déprimante. Et 2002? Elle est déjà plus joyeuse : les experts s'entendent pour dire que l'économie a pris du mieux et que ses bases sont solides.


Vous êtes parvenu à vous accrocher à votre emploi après les récentes vagues de mises à pied qui ont balayé le marché du travail? «Vous pouvez souffler un peu! lance Maurice Marchon, professeur titulaire à l'Institut d'économie appliquée de l'École des Hautes Études Commerciales (HEC). Le creux économique est bel et bien derrière nous.»

Selon M. Marchon, les licenciements massifs qui ont fait les manchettes au cours de la dernière année sont maintenant chose du passé. «L'économie recommence à créer de nouveaux emplois, ce qui est un signe très positif, dit-il. Nous sommes en reprise, et la situation économique va continuer de s'améliorer à mesure que l'année avancera.»

David Dodge, le gouverneur de la Banque du Canada, partage cet optimisme. En février dernier, alors qu'il était de passage à New York, il déclarait : «Avec l'amélioration de la situation géopolitique et de la confiance des ménages observée en Amérique du Nord et en Europe depuis l'automne, il paraît maintenant plus évident que l'économie mondiale s'est ressaisie, et que la croissance s'intensifiera au cours de l'année.»

«La reprise n'est plus lente et hésitante, mais désormais vigoureuse», écrivait en mars dernier Sherry Cooper, économiste en chef chez Nesbitt Burns (Banque de Montréal), dans un énoncé économique trimestriel, à l'intention des analystes financiers.

En janvier et février, selon Statistique Canada, 35 000 emplois ont été créés dans la région de Montréal, autant que dans tout le Québec en 2001!

Un redressement sans équivoque. «Les baisses des taux d'intérêt que l'on a connues portent fruit, lance Maurice Marchon. Les gens dépensent, les mises en chantier sont beaucoup plus nombreuses que prévu, la construction est très forte au Canada présentement. C'est le moteur de la relance.»

Bulle technologique éclatée
Stephen Jarislowski, président de la firme de gestion Jarislowski Fraser et l'un des gestionnaires les plus respectés du monde de la haute finance canadienne, attribue quant à lui la reprise à un marché boursier débarrassé des actions surévaluées. «La bulle spéculative des nouvelles technologies a éclaté, et l'économie recommence à carburer aux valeurs tangibles. Le marché est retombé sur ses pattes, et c'est une bonne nouvelle pour tout le monde.»

En effet, la nouvelle a été bonne pour Stephen Jarislowski. Depuis des décennies, il met en garde les investisseurs face à la tentation des risques de l'économie financière, dont le seul produit est la spéculation boursière, au détriment de l'économie véritable - celle qui produit des biens. De sorte que l'an dernier, les fonds gérés par sa firme ont été parmi les rares à ne pas subir de pertes.

De toute manière, il n'a jamais cru à la surenchère pour les entreprises de la nouvelle économie. En 1998, alors que Monsieur et Madame Tout-le-Monde s'arrachaient les actions de Yahoo et de Nortel, Stephen Jarislowsky répétait que les technologies étaient surévaluées. Ces petits actionnaires allaient se retrouver le cul sur la paille lorsque la bulle éclaterait, craignait-il : «Aussi bien jeter son argent par les fenêtres!» Depuis, non seulement les actionnaires, mais aussi des milliers de travailleurs des pointcoms, se sont retrouvés les mains - et les poches - vides…

Aujourd'hui, celui que tout le monde écoute prône encore la prudence : il constate qu'il y a bel et bien une reprise, mais se montre plus nuancé quand vient le temps d'en évaluer la viabilité à moyen ou à long terme. «Pour l'instant, je dis la même chose que disait la mère de Napoléon : Pourvu que ça dure!

»Les taux d'intérêt très bas favorisent l'achat de maisons et de voitures, ce qui, pour plusieurs, est le signe d'une relance solide de l'économie, ajoute-t-il. Mais les gens n'achèteront pas des maisons et des voitures toute leur vie! Ce sont de grosses dépenses qui soutiennent actuellement l'économie, et qui ne seront plus là dans un an.« Comme le taux d'endettement des ménages est extrêmement élevé, il suffit selon lui que les taux d'intérêt remontent un peu pour refroidir les ardeurs des consommateurs.

Mais qu'importe la conjoncture économique, les bases de l'économie canadienne demeurent solides, selon le groupe de recherche Economist Intelligence Unit de Londres (qui publie le prestigieux magazine d'actualités

The Economist). Dans leur rapport sur les endroits au monde où il fait bon brasser des affaires, publié l'an dernier, le Canada est arrivé en quatrième place parmi les 60 économies les plus développées, derrière les Pays-Bas (première place), les États-Unis et le Royaume-Uni, mais devant la France, la Suisse, la Suède et l'Allemagne. Le jury a évalué l'environnement économique général et analysé les cadres réglementaires, les lois commerciales, la disponibilité de la main-d'œuvre qualifiée, etc.

Décidément, l'optimisme revient à la mode en 2002. Pourvu que ça dure…



On retourne aux vraies valeurs
Vers l'essentiel

par Hélène Belzile et Martine Roux

Goodbye billard, gym et cappuccino au boulot. Les gadgets branchés cèdent peu à peu la place à des valeurs plus humaines. À la bonne heure : la santé mentale des travailleurs commence lentement à préoccuper les patrons obsédés de performance…


«Work hard, play hard.» Il y a quelques mois à peine, ce credo hérité de l'ère du multimédia guidait la philosophie des entreprises les plus cools en ville. Aujourd'hui, les spécialistes de la gestion des ressources humaines tiennent un autre discours : depuis l'effondrement des pointcoms à la Bourse et celui des tours du World Trade Center, les travailleurs se questionnent davantage sur la place du travail dans leur existence et redécouvrent les charmes de la vie familiale.

Jean-Michel Ghoussoub, président d'Uranium Design - une entreprise spécialisée dans la conception de sites Web qu'il a cofondée en 2001 après avoir perdu son emploi chez Netgraphe - est de ceux qui ne croient plus aux prétendues vertus des salles de billard et autres joujoux pour adolescents attardés. «Cette époque est révolue, affirme-t-il. Je dirais qu'il faut maintenant miser sur des valeurs plus personnelles, établir des relations honnêtes entre patrons et employés. Chez nous, il n'y a pas de gadgets mais davantage de moyens pour que les employés se sentent bien : valorisation de leur participation au succès de l'entreprise, heures de travail flexibles, mobilier confortable.»

Aménagement modeste, équipe modeste : les relations patrons-employés sont d'autant plus agréables que le noyau dur d'Uranium n'est composé que de… quatre employés. Une forme de simplicité volontaire, souligne le jeune entrepreneur. «Nous ne visons pas trop haut, car nous voulons conserver les avantages qu'une entreprise de cette taille nous apporte.»

Signe des temps, la réduction des heures de travail arrive en tête des préoccupations des jeunes dirigeants, a constaté récemment la Jeune Chambre de commerce de Montréal (JCCM). «Selon les consultations menées auprès de nos membres, la réduction du temps de travail est la mesure qui ferait le plus grand bien à la famille, explique Marc Perron, président de la JCCM et directeur principal de la firme comptable Samson Bélair/ Deloitte & Touche. La plus grande source de stress actuellement chez les jeunes gens d'affaires est la conciliation du travail et de la famille.»

Dans le mémoire La famille : un devoir collectif, paru en janvier dernier, la JCCM demande aux entreprises et au gouvernement de permettre aux jeunes parents de travailler à temps partiel sans perte d'avantages sociaux, quitte à encadrer cette mesure dans une loi. Dans le cabinet qu'il dirige, certains parents salariés ne travaillent que quatre jours, souligne Marc Perron, tandis que d'autres bossent de la maison ou prennent deux mois de congé sans solde l'été.

Bien sûr, les entreprises ne sont pas toutes sensibles aux nouvelles préoccupations de leurs employés. «Il est évident que la culture de la performance et du rendement est encore bien présente», constate Alain Ishak, directeur pour le Québec du Groupe Hay, une firme internationale d'experts-conseils en gestion des ressources humaines. «Mais les gens qui évoluent dans l'entreprise privée parlent de plus en plus de la recherche d'un meilleur équilibre dans leur vie.»

Chez Alcan Aluminium, par exemple, la direction favorise l'embauche des conjoints des employés. «Cette initiative plaît aux employés et facilite la mobilité de nos ressources quand certains transferts deviennent nécessaires, explique Guy Delisle, directeur gestion de la performance des cadres supérieurs. Nous encourageons aussi l'horaire de quatre jours quand la nature du poste le permet. Enfin, nous proposons des congés différés. Par exemple, nos employés peuvent travailler durant quatre ans à 80 % de leur salaire pour bénéficier ensuite d'une année sabbatique payée.»

Tout n'est pas rose mais…
Il est encore loin le jour où les bureaux seront aussi zen qu'un spa des alpes suisses, nuance toutefois Alain Ishak. Car pour plusieurs travailleurs, ralentir le rythme de travail est aussi ardu que d'arrêter de fumer pour un accro de la cigarette qui sait que c'est mauvais pour la santé, mais qui est incapable d'écraser pour de bon!

L'employé a aussi son bout de chemin à faire pour éviter que son boulot n'envahisse sa vie privée, enchaîne le psychologue industriel Jean-Philippe Naud. «Il faut savoir investir ses énergies aux bons endroits. Parfois, miser sur de bonnes relations avec les collègues et les supérieurs a des répercussions sur notre satisfaction au travail et, par le fait même, sur notre vie à l'extérieur du travail.»

Réalisant que l'équilibre entre le travail et la vie privée exige parfois de prendre ses distances face à la carrière, les dirigeants de l'agence Diesel Marketing n'hésitent pas à encourager leurs employés à s'ouvrir à d'autres univers que le travail. «Nous invitons nos employés à s'engager dans des œuvres de bénévolat, dit Geneviève Guité, chef des carrières et du mieux-être. Plusieurs employés ont trouvé là une excellente source de réalisation personnelle. Si une personne a besoin de se libérer pour organiser une activité bénévole pour une collecte de fonds, nous lui accorderons sans problème un congé.»

Le milieu du travail s'humaniserait-il enfin? Il est clair qu'un mouvement est en train de se mettre en branle. «C'est tant mieux, car un meilleur équilibre entraîne immanquablement des meilleures performances au travail. En fait, tout est une question d'équilibre dans la vie», conclut le psychologue Jean-Philippe Naud.


Les entreprises se responsabilisent
L'argent n'est pas tout!

par Martine Roux


Des entreprises qui traitent leurs employés aux petits oignons, ne polluent pas et investissent dans la communauté? Elles seront de plus en plus nombreuses. Question d'image… et aussi de profit!

Pénurie de personnel oblige, les entreprises n'auront dorénavant d'autre choix que d'être responsables envers leurs employés, estime Jacques Boies, vice-président-directeur général chez Drakkar Groupe conseil et chargé de cours en ressources humaines à l'UQAM. «Dans presque tous les secteurs d'activité, les employeurs ont du mal à attirer les bons candidats et à les garder», remarque-t-il. Or, si les entreprises agissent de façon cavalière lorsque vient le temps de faire des mises à pied, par exemple, cela va se savoir dans l'industrie. Les meilleures ressources n'auront tout simplement pas envie de travailler pour elles!»

Mais la responsabilité des entreprises s'étale bien au-delà de leur personnel. Elles sont aussi redevables à leurs employés, clients, fournisseurs et actionnaires, à la communauté où elles sont établies et même à la société en général, explique Diane Girard, responsable des services de consultation en éthique et intégrité au cabinet de services-conseils KPMG et professeure d'éthique des affaires à l'Université McGill. «Être un citoyen corporatif responsable, c'est tenir compte de l'impact de chacune de nos décisions sur tout ce monde-là.»

En 1996, cette experte-conseil était l'une des premières au Québec à cogner à la porte des entreprises pour chanter les vertus des bonnes manières. Et bien que la bataille contre le capitalisme sauvage soit loin d'être gagnée, la responsabilité sociale préoccupe aujourd'hui un nombre croissant d'entreprises, petites ou grandes, dit-elle.

C'est le cas chez Shell Canada. Vendre du pétrole ne constitue pas exactement une œuvre charitable; pourtant, en 2001, Shell Canada a consacré 2,2 millions à des projets éducatifs. Chaque année, elle verse aussi la moitié de ce montant à des projets de protection et d'amélioration de l'environnement. Une de ses sociétés sœurs à l'échelle mondiale, Shell International Renewables, a quant à elle investi 500 millions de dollars américains afin de financer l'industrie des énergies renouvelables.

Shell Canada dirige ses efforts vers ce qu'elle appelle les trois «E» : environnement, éducation, employés. «Nous souhaitons agir de la manière la plus respectueuse de l'environnement et la plus responsable possible, soutient la directrice des affaires publiques, Sonia Larin. C'est une question de principes.»

«Il y a beaucoup de pression publique sur les entreprises, ajoute Diane Girard. Est-ce que leur volonté réelle d'être responsables s'est vraiment modifiée? C'est plus discutable. Pour trop d'entreprises, la responsabilité sociale équivaut encore à faire le minimum pour protéger leur réputation. D'autres sont sincères, c'est un pas en avant.»

Responsable et profitable
Les jeunes gens d'affaires eux-mêmes font mousser le concept. L'an dernier, au cours des travaux de la Commission sur la démocratie canadienne et la responsabilisation des entreprises - coprésidée par l'ancien chef du NPD, Ed Broadbent (voir l'entrevue dans notre dernier numéro (vol. 3, n°2) ou www.jobboom.com/jobmag/09-02-extrait.html) -, la Jeune Chambre de commerce de Montréal (JCCM) a déposé un mémoire recommandant que toutes les entreprises produisent et diffusent un bilan social.

«Le marché devient très négatif envers les entreprises socialement irresponsables, avance Marc Perron, président de la JCCM et directeur principal de la firme comptable Samson Bélair/Deloitte & Touche. Lorsqu'il est étalé au grand jour, un comportement semblable est très mal vu et produit un effet négatif sur le profit. Même les actionnaires s'en plaignent.»

François Rebello en sait quelque chose. L'ancien président de la Fédération des étudiants universitaires du Québec (FEUQ) et de l'organisme Force jeunesse dirige aujourd'hui le Groupe d'investissement responsable à la maison de courtage Demers Conseil. Son but : permettre aux investisseurs de choisir les entreprises qui tiennent compte de préoccupations sociales et environnementales. C'est ce qu'on appelle les placements éthiques, un mode d'investissement qui a le vent dans les voiles au Canada.

Pour lui, le profit est loin d'être incompatible avec la responsabilité sociale. «La croissance économique est liée à la façon dont sont effectués les investissements. L'argent, c'est bien beau, mais il est aussi important pour une entreprise d'établir des règles pour favoriser une stabilité et une croissance à long terme. Et ce n'est pas vrai que pour faire de l'argent, il faut exploiter le monde!»

Les investisseurs s'éveillent à cette réalité, dit-il, et c'est du côté du public que tout se jouera. «Il faut sensibiliser Monsieur et Madame Tout-le-Monde. Les compagnies n'auront plus le choix d'être socialement responsables. Elles ne veulent pas être prises en défaut et elles s'ajustent.»

Mais que penser de McDonald's, qui se targue d'être responsable socialement du fait de son engagement communautaire… tout en s'opposant à la syndicalisation, un droit enchâssé dans la Charte universelle des droits de l'Homme? Et comment croire un fabricant de tabac qui prétend aussi à la responsabilité sociale?

«Il n'y a pas d'entreprise parfaite, tranche Diane Girard. Mais il y a une conscientisation de la population, qui ne tolère plus certaines choses, comme l'exploitation des enfants. On a permis beaucoup aux entreprises et il y a eu des abus. Aujourd'hui, c'est le retour du pendule.»


Il y a de l'avenir au Québec
Si bien chez nous

par Éric Grenier


Qui aime bien châtie bien. Les Québécois demeurent critiques à l'endroit de leur coin de pays. Pourtant, en y regardant de près, il n'y a pas lieu de douter : le Québec est une sacrée bonne place pour vivre, travailler et prospérer. Point de vue d'un anglo.


Travailler et vivre au Québec? Le goulag! Les salaires bas, la fiscalité débordante, le clivage linguistique, la neige, la séparation… Et il y a pire : «Nos Doritos sont introuvables à Montréal, nous devons aller jusqu'à Plattsburgh pour en chercher une fois par semaine», avait amèrement dénoncé le lanceur des Expos Bryn Smith, à la fin des années 1980.

Cette façon de faire passer le Québec pour un État plus près de l'Albanie que de la Californie, typique de la presse anglo-canadienne, déplaît souverainement à Dermod Travis. Voilà 12 ans que cet Albertain pur pétrole a quitté son riche coin de l'Ouest pour le pauvre petit Québec. «Si c'était si pire que ça, le Québec, je ne serais pas resté. La politique est passionnante, les gens sont chaleureux et accueillants et, culturellement, c'est plus motivant que n'importe où ailleurs au Canada.»

Le secret semble pourtant bien gardé. C'est pour cette raison que sa petite entreprise, PIRA Communications, publie chaque année depuis 1998 un guide destiné aux travailleurs et aux investisseurs appelés à venir bosser à Montréal.

«C'est Bombardier qui m'a donné l'idée d'écrire ce guide. Un spécialiste de haut niveau qu'elle essayait de recruter se faisait tirer l'oreille, parce qu'à la lumière de ce qu'il lisait dans les journaux anglophones, le Québec ne lui semblait pas un endroit très invitant. J'ai compris qu'il nous fallait changer l'image du Québec qu'ont les étrangers.»

Dans les pages du guide Bienvenue à Montréal, le lecteur apprend notamment ce que sont un CLSC et un dépanneur! La publication explique que la vie à Montréal se déroule dans les deux langues et fait la promotion de la vie culturelle et des attraits de la région.

Le guide aurait pu aussi faire valoir qu'au Québec, il n'y a pas de tremblements de terre comme sur la côte ouest ni d'ouragans dévastateurs comme en Floride. Qu'il y a de deux à trois fois moins d'alertes au smog à Montréal - et presque jamais à Québec - qu'à Toronto ou Chicago.

«La qualité de vie, tant au travail qu'en société, est supérieure ici, poursuit Dermod Travis. Ce n'est pas un rat race comme à Toronto, il n'y a pas la densité étouffante de New York, et le Québec n'est pas isolé du reste du continent comme l'Alberta.»

L'esprit des affaires
Contrairement à une autre idée reçue, le Québec offrirait un climat propice aux affaires, croit Dermod Travis. «Il y a un esprit d'entrepreneurship qui n'existe nulle part ailleurs au Canada. Non plus qu'il n'existe des institutions comme la Caisse de dépôt, ou la Société générale de financement, pour soutenir cet esprit. C'est incroyable le progrès qu'a fait le Québec depuis 1994 sur le plan économique. En Alberta, le chômage est très bas, les salaires élevés, mais lorsque l'industrie pétrolière va chuter, toute la province va chuter aussi. Alors qu'au Québec, quand ça va mal dans un secteur, un autre prend la relève.»

Le Conference Board place d'ailleurs le niveau de diversification économique de Montréal à 0,9 sur une échelle de zéro à un. Par comparaison, Ottawa-Hull est coté à 0,5 et Toronto, à 0,8.

Certes, au jeu des statistiques économiques, le Québec perd souvent contre ses voisins : chômage, niveau d'imposition, revenu disponible… Quoique ceci ait tendance à changer : au cours des trois dernières années, l'emploi au Québec a crû plus rapidement que n'importe où au Canada. Après trois ans, on ne parle plus d'un accident statistique, mais d'une tendance lourde.

Et les impôts élevés? «C'est un problème, mais de perception, poursuit Dermod Travis. Il n'en coûte presque rien pour se loger au Québec, l'énergie est parmi les moins chères au monde, les frais de scolarité aussi, bref, overall, ça s'équivaut.»

C'est sans compter les économies réalisées par le contribuable lorsque l'État assume une partie des coûts des services, comme les garderies à 5 $ ou le régime d'assurance-médicaments. Les travailleurs bénéficient aussi d'un salaire minimum plus élevé qu'ailleurs au Canada et qu'aux États-Unis, ainsi que d'un code et de normes du travail qui leur sont plus favorables (en Ontario, un employé peut être obligé de travailler 60 heures par semaine, et ce, avant de pouvoir toucher des primes pour heures supplémentaires). De plus, selon l'Union des Banques suisses, qui publie chaque année des comparaisons économiques entre les grandes villes du monde, les Québécois profitent d'un pouvoir d'achat supérieur à celui des Ontariens, des Japonais, des Français et des Britanniques!

Enfin, note Dermod Travis, la position de force des centrales syndicales québécoises - un trait particulier de la société distincte - avantage tout le monde, travailleurs comme entreprises. «Avec un taux de syndicalisation élevé (40 %, contre 30 % ailleurs au Canada et 15 % aux États-Unis), les travailleurs sont mieux protégés. En même temps, les entreprises n'ont pas à craindre cette force, parce que les syndicats sont très lucides et coopératifs.»

Répandez la bonne nouvelle!


[D'autres raisons de sourire…]

Le Canadien a enfin fait les séries. • Les Parfait ne reviennent pas à l'écran la saison prochaine. • Jean Charest promet de régler les problèmes du réseau de la santé. Bernard Landry promet de s'attaquer aux problèmes du réseau de la santé. Mario Dumont se croit capable de régler les problèmes du réseau de la santé. Ça va se régler, non? • Vous n'avez pas d'actions d'Enron, de Cinar ni de Nortel. • Justement, John Roth, de Nortel, a perdu son job. • Vous êtes propriétaire d'une toile de Riopelle. • Le Québec ne fait pas partie de la liste des pays de l'Empire du Mal de George W. Bush. • Les travaux sur le pont Jacques-Cartier ont repris… et vous prenez l'autobus. • Cette année, vous avez remis votre déclaration d'impôts à temps; il vous reste 10 sous de plus que l'an dernier! • L'été est presque là!


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