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  [Le génie-conseil]
Les grands travaux
par Martine Boivin et Martine Roux

Au cours des derniers mois, une annonce gouvernementale n'attendait pas l'autre. Nouveau tronçon d'autoroute par-ci, réfection d'aqueducs par-là… Il pleut des investissements sur le Québec et ce ne sont pas les ingénieurs-conseils qui s'en plaindront : contrairement à la disette qui a marqué le début des années 1990, l'expérience de ces spécialistes est maintenant plus sollicitée que jamais.


Des systèmes de transport aux services de téléphonie, les ingénieurs-conseils conçoivent une multitude d'installations industrielles, routières, immobilières et environnementales. Dans leurs spécialités respectives, ils offrent des services de consultation à des clients des secteurs public et privé. Au Québec, l'industrie est née avec les grands chantiers hydroélectriques avant d'exporter son savoir-faire, aujourd'hui reconnu sur tous les continents.


Les années 1990 ont été difficiles pour les ingénieurs-conseils, particulièrement dans le secteur du génie civil. Le ralentissement économique a condamné des projets d'investissements dans les secteurs du bâtiment et de la construction industrielle et commerciale. Depuis deux ans, la reprise que connaît l'économie québécoise a cependant relancé plusieurs projets, dont la construction de la Cité Multimédia de Montréal et celle du Palais des congrès à Montréal. Résultat : la création de plusieurs milliers d'emplois. Les diplômés en génie civil, génie mécanique, génie industriel et génie électrique ont largement bénéficié de cette manne.

Les ingénieurs-conseils devraient continuer à profiter de nombreux projets d'investissements au cours des années à venir, estime Johanne Desrochers, présidente-directrice générale de l'Association des ingénieurs-conseils du Québec (AICQ). Selon elle, «il y aura des activités pour occuper bon nombre d'ingénieurs, notamment dans le secteur de l'énergie ainsi que dans le domaine agroalimentaire, qui devrait prendre de l'ampleur entre autres en raison des travaux menés sur les aliments génétiques».

Des chantiers, ici et ailleurs
C'est principalement le secteur de la construction qui retiendra les services des ingénieurs-conseils au cours des cinq prochaines années. Longtemps négligées, les infrastructures canadiennes sont aujourd'hui vieillottes. Mais, depuis deux ans, les décideurs fédéraux, québécois et municipaux ont annoncé une pluie de nouveaux investissements afin de refaire une beauté aux routes, aqueducs et égouts.

Ces travaux devraient entraîner la création de plusieurs emplois, tant au sein des entreprises privées que publiques, indique Jocelyn Michaud, directeur adjoint de la division Infrastructure du Groupe Teknika et président du comité d'intérêt municipal de l'AICQ. «D'ici à 2003, on s'attend même à une pénurie de main-d'œuvre en raison du manque de diplômés en génie civil et de l'ampleur des travaux.»

Malgré les sombres prédictions d'emploi qui ont suivi les événements du 11 septembre 2001, les ingénieurs des secteurs de l'aéronautique et du transport semblent avoir échappé aux mises à pied. «La plupart des ingénieurs-conseils ont gardé leur emploi, observe Johanne Desrochers. Comme plusieurs travaillent pour des cabinets privés et sont liés par contrat aux entreprises, ils n'ont pas été touchés par les mises à pied.»

En fait, les attentats auraient eu un effet plutôt positif sur l'emploi en génie-conseil, ajoute-t-elle. «S'il est normal de voir les entreprises rationaliser les ressources humaines en temps de crise, il n'en demeure pas moins qu'elles doivent assurer leur productivité pour demeurer concurrentielles sur le marché. Elles peuvent alors faire plus souvent appel à des ressources externes pour des besoins ponctuels et pourront donc difficilement se passer de l'expertise des ingénieurs-conseils.»

À moyen et à long terme, les efforts de reconstruction à l'étranger - notamment aux États-Unis et en Afghanistan - favoriseraient également le secteur du génie-conseil. Et ce, tant pour les firmes qui exportent leurs services à l'étranger que pour les ingénieurs qui se verraient chargés des travaux. Johanne Desrochers est tout aussi optimiste quant aux perspectives d'emploi dans les secteurs de l'aéronautique et du transport.

Télécommunications : la dégringolade
Bien que voué à un grand avenir, le secteur des télécommunications a récemment traversé une crise importante, tant au Québec qu'ailleurs dans le monde : des prévisions trop optimistes quant à l'achalandage des infrastructures de télécommunications ont entraîné des vagues de rationalisation au sein des entreprises, qui ont multiplié les mises à pied.

La situation se résorbe lentement. Aujourd'hui, les entreprises de télécommunications s'emploient à mettre au point des applications servant à l'amélioration des systèmes plutôt qu'à développer de nouvelles infrastructures. L'industrie du sans-fil, actuellement en pleine croissance, en est un exemple éloquent. Mais il n'est plus question de pénurie de main-d'œuvre dans le secteur des télécommunications.

«Il est certain que ce secteur demeure un domaine d'avenir pour les ingénieurs qui travaillent au développement des applications, signale André Desjardins, vice-président de Nouvelles Technologies CIMA et président du groupe d'intérêt Télécommunications et nouvelles technologies à l'AICQ. Les diplômés en génie électrique, génie informatique et génie des télécommunications peuvent encore trouver facilement un emploi, à l'exception de ceux qui souhaitent travailler à la conception et au développement des infrastructures. Cela dit, il est important de continuer à encourager la relève dans le secteur des télécommunications.»

En dépit des embûches, le génie-conseil tire plutôt bien son épingle du jeu. Selon Johanne Desrochers, les perspectives d'emploi s'annoncent bonnes pour les 10 prochaines années. «D'une part, on s'attend à une reprise économique et, d'autre part, les secteurs qui ont été fortement ébranlés au cours des derniers mois semblent prendre du mieux. Et c'est sans compter les projets d'investissements dans le secteur routier qui vont occuper les ingénieurs pour assez longtemps.»


[Pas si mal!]

En mars 2002, le taux de chômage en ingénierie était de seulement 3,4 %. C'est dans le secteur de l'aéronautique qu'il était le plus élevé (7,4 %), alors qu'on retrouvait les plus bas taux dans les domaines de la construction (2,6 %), de l'agroalimentaire (2,9 %) et du génie civil (2,2 %).

(Source : Association des ingénieurs-conseils du Québec, mars 2002.)


[La relance des travaux d'infrastructures]
Chantier-Québec

par Martine Boivin

Si les gouvernements vont de l'avant avec les projets de réfection d'infrastructures annoncés en cascade au cours des derniers mois, grues et marteaux-piqueurs envahiront le Québec comme jamais depuis la Révolution tranquille! Et les ingénieurs-conseils seront aux premières loges.


En l'an 2000, le gouvernement canadien lançait le Programme Travaux d'infrastructures Canada-Québec (PTICQ), estimé à 1,575 milliard de dollars. Mis sur pied conjointement avec les autres paliers gouvernementaux, il permettra d'améliorer les infrastructures des municipalités rurales et urbaines à l'échelle du pays.

Parallèlement à cette annonce, le Québec a approuvé une enveloppe supplémentaire de 88 millions de dollars pour un projet appelé Infrastructures Québec. Cette somme servira à la réalisation de travaux de réfection des infrastructures routières, d'aqueducs et d'égouts un peu partout dans la province.

Même les municipalités ont emboîté le pas en octroyant 350 millions de dollars supplémentaires pour permettre la réalisation de travaux importants, notamment à l'égard de l'approvisionnement en eau potable ainsi que de la collecte et du traitement des eaux usées dans les municipalités.

«Il était temps que des mesures soient prises, affirme Johanne Desrochers, présidente-directrice générale de l'Association des ingénieurs-conseils du Québec (AICQ). Les réseaux routiers et d'aqueducs du Québec, qui ont plus de 50 ans, se sont dégradés au fil du temps. Par exemple, on perd 40 % de l'eau traitée à Montréal, sans compter l'état parfois lamentable de certaines routes. La décrépitude des aqueducs pourrait, à terme, avoir des conséquences néfastes sur la santé des citoyens.»

En mars 2002, le ministère des Transports du Québec annonçait des investissements de 1,4 milliard de dollars dans le Fonds de conservation et d'amélioration du réseau routier du Québec; 462 millions de dollars iront à la conservation des chaussées et des structures et 728 millions à l'amélioration et au développement du réseau routier. D'autres projets d'envergure annoncés récemment, tels le prolongement du métro vers Laval ou l'aménagement de la Cité des Arts du Cirque du Soleil, risquent aussi de retenir l'attention des ingénieurs.

Par ici la relève
«D'importants besoins de main-d'œuvre sont à prévoir en raison de l'ampleur des travaux, indique Jocelyn Michaud, directeur adjoint de la division Infrastructure du Groupe Teknika et président du comité d'intérêt municipal de l'AICQ. On s'attend même à une pénurie de main-d'œuvre en génie civil d'ici à 2003.»

Le secteur du génie civil bénéficiera particulièrement de la situation. «Ce sont les ingénieurs les mieux qualifiés pour travailler à la réfection des infrastructures, soutient Johanne Desrochers. Toutefois, on s'attend à des difficultés de recrutement, car le programme de génie civil a été fortement boudé par les étudiants au cours des années 1990. Résultat : on manque de diplômés!»

Parmi les travaux de réfection prévus, le ministère des Transports devrait procéder à la remise à neuf de l'autoroute Métropolitaine. Estimés à 760 millions de dollars, les travaux devraient débuter en 2004 et se poursuivre jusqu'en 2014. Ils visent à corriger les entrées et les sorties de l'autoroute dans l'est de Montréal en plus de la reconstruction du tronçon entre les autoroutes Décarie et des Laurentides.


[Le génie-conseil humanitaire]
Si la vie vous intéresse

par Éric Barbeau


La mondialisation de l'économie, la coopération internationale et les catastrophes humanitaires rendent l'expérience des ingénieurs canadiens à l'étranger plus importante que jamais.


Octobre 1998. L'Amérique centrale est sens dessus dessous. L'ouragan Mitch a tout dévasté sur son passage. Il faut vite rétablir les communications, enlever les débris, reconstruire les routes, refaire des canalisations pour éviter la propagation de maladies infectieuses. La crise n'a rien à voir avec les chantiers habituels et l'appel à des ingénieurs étrangers est incontournable. Le hic, c'est que les ingénieurs équipés pour faire face à de telles situations sont bien rares.

En 1979, deux ingénieurs britanniques de retour d'une mission humanitaire en Malaisie ont créé un registre des ingénieurs prêts à intervenir en temps de crise. Le groupe RED-R International (Registered Engineers for Disaster Relief) rassemble depuis ce temps près de 1 600 ingénieurs formés pour partir sur-le-champ en cas de catastrophe. L'Australie, l'Angleterre et la Nouvelle-Zélande se sont dotés d'une version nationale de ce registre afin d'intervenir plus rapidement et plus efficacement dans les régions sinistrées, comme en Amérique centrale en 1998.

Au Canada, l'Association canadienne des ingénieurs-conseils tente de mettre sur pied le pendant canadien du RED-R, en collaboration avec trois autres regroupements nationaux d'ingénieurs certifiés - le Conseil canadien des ingénieurs, l'Académie canadienne du génie et l'Institut canadien des ingénieurs. Pour l'instant, RED-R Canada en est à ses premiers balbutiements : l'Association structure le programme et amasse des fonds pour le projet. «Il nous faudrait environ 150 000 $ par année, explique Claude-Paul Boivin, président de l'Association. On en a récolté environ le cinquième jusqu'ici auprès des cabinets-conseils.» Si tout va bien, il prévoit que le registre sera pleinement opérationnel d'ici à deux ans.

Coopération internationale
Actuellement, au lendemain d'une catastrophe dans le tiers monde, c'est le gouvernement canadien qui reçoit le signal d'alarme du pays sinistré. La demande d'aide est alors transférée à l'Agence canadienne de coopération internationale (ACDI), qui relance à son tour les cabinets d'ingénieurs-conseils. Un long processus à recommencer lors de chaque catastrophe.

Dans d'autres situations, l'ACDI peut aussi s'adresser à des organismes de coopération internationale. Au Centre d'études sur la coopération internationale (CECI), à Montréal, sur les quelque 150 coopérants québécois envoyés chaque année aux quatre coins de la planète, on compte une bonne vingtaine d'ingénieurs. «Nous avons dû redéployer nos ingénieurs-coopérants à plusieurs reprises au cours des dernières années pour faire face à des crises humanitaires», dit Roch Harvey, directeur des communications au CECI.

L'organisme cherche parfois des ingénieurs-conseils expérimentés, parfois des jeunes. «Depuis quelques années, on recrute surtout des ingénieurs d'expérience pour diriger nos projets de coopération, de façon à favoriser le transfert technologique à très petite échelle, poursuit Roch Harvey. Mais nous recrutons aussi des jeunes, en soutien, pour qu'ils réalisent des stages sur ces mêmes projets. Ça leur permet d'acquérir leurs premières expériences.»

Génie prêt à partir
S'il faut reconstruire rapidement après une catastrophe, il faut aussi étudier les causes précises de l'effondrement de certaines structures... avant que les débris ne soient enlevés. Michel Bruneau est spécialisé dans ce type de recherche. Formé en génie civil à l'Université Laval ainsi qu'à l'Université Berkeley en Californie, il a enseigné à l'Université d'Ottawa et est devenu une véritable sommité mondiale des défaillances structurelles liées aux tremblements de terre. Il codirige depuis peu le centre de recherche national américain sur ce sujet, à l'Université de Buffalo. L'ingénieur a étudié les décombres d'à peu près tous les séismes importants des 10 dernières années en Turquie, au Japon, au Mexique, à Taiwan et en Californie.

L'automne dernier, les autorités américaines lui ont demandé de travailler avec des spécialistes militaires lors de l'analyse de l'effondrement des tours du World Trade Center, à New York. Une première qui risque de faire avancer les recherches en génie civil, estime-t-il. «Depuis le 11 septembre, les militaires s'intéressent à notre travail. Jusqu'ici, ils gardaient leurs travaux sur les explosions bien secrets. Mais la lutte contre le terrorisme, dans le futur, servira au moins à mettre nos recherches en commun.»

À Ground Zero, il n'est pas encore question de reconstruction. Mais plusieurs ingénieurs ont hâte de s'atteler à la tâche! Le président de Canam-Manac, Marcel Dutil, a d'ailleurs eu vite fait de rassurer les autorités américaines à ce sujet l'automne dernier. «Le temps venu, nous serons prêts à livrer toutes les poutrelles d'acier dont vous aurez besoin», avait lancé le président.

Son entreprise emploie une centaine d'ingénieurs. Et mondialisation oblige, plusieurs d'entre eux sont appelés à travailler à l'étranger - Canam-Manac exploite 18 usines réparties au Canada, aux États-Unis, en France et au Mexique. «L'intérêt pour les langues et les cultures étrangères fait de plus en plus partie de nos critères d'embauche, dit Richard Vincent, vice-président Ingénierie. Les ingénieurs doivent aussi être prêts à s'expatrier pour obtenir de l'avancement dans l'entreprise.» L'essentiel des projets internationaux de Canam-Manac est réalisé aux États-Unis, mais les pays encore plus au sud sont aussi dans la mire du géant de l'acier fabriqué.


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